Les prix du pétrole continuaient hier à s’enfoncer en réaction aux ravages de la pandémie de coronavirus, le Brent touchant un nouveau plus bas depuis fin 2002 et le WTI retombant plusieurs fois sous le seuil symbolique de 20 dollars.

Plus rien ne semble en mesure d’arrêter la chute sans trêve des cours du pétrole. Face à une demande mondiale. Face à une offre dont l’excédent s’est transformé en surabondance, par la force d’un coronavirus ayant réduit considérablement la demande mondiale en la matière, les marchés de l’or noir sont en train de vivre l’une des périodes les plus sombres de leur histoire, avec des prix qui ont été divisés pratiquement par trois depuis le début de l’année, période où ils évoluaient à près des 70 dollars.
Hier, pour le premier jour d’une nouvelle semaine, la descente vers l’inconnu se poursuivait sur les marchés londoniens et newyorkais et le baril de Brent de la mer du Nord, pour livraison en mai, est même descendu jusqu’à son plus bas depuis la fin de la matinée, lorsqu’il s’est affiché à 22,58 dollars sur l’Inter Continental Exchange, avant de regagner quelques petits cents pour atteindre 22,89 dollars, en forte baisse de 8,18% par rapport à la clôture de vendredi.
A New York, le baril américain West Texas Intermediate (WTI) pour mai perdait 4,88%, à 20,46 dollars, après avoir fait une incursion sous la barre des 20 dollars.
Face à la situation, les analystes continuent eux aussi à émettre le même diagnostic, mettant en avant la cause principale de l’effondrement des cours, à savoir le Covid-19 et ses dommages collatéraux sur de nombreux secteurs, gros consommateurs de pétrole. «Cela reflète simplement la prise de conscience croissante que la demande de pétrole est en train de s’effondrer, probablement de beaucoup plus que les 20% que nous avions prévu pour avril et mai», ont, en effet, estimé les analystes de JBC Energy.
La chute de la demande est notamment perceptible dans les transports à travers les mesures drastiques mises en place par les Etats pour enrayer la propagation du virus, limitant très fortement les déplacements des marchandises et des personnes.
Ainsi plus de 3,38 milliards de personnes sont appelées ou astreintes par leurs autorités à rester confinées chez elles, soit environ 43% de la population mondiale, selon un décompte réalisé à partir d’une base de données de l’AFP.

Opep+ : la fin d’une époque
La dégringolade des prix se poursuit alors que l’accord de réduction de la production de l’Opep et ses partenaires, dont la Russie (Opep+) expire aujourd’hui 31 mars, ouvrant la voie aux pays impliqués de pomper à leur guise sans devoir se conformer à un quelconque engagement de coopération.
Or, si cet accord, en cours depuis janvier 2019, a montré son efficacité à se dresser contre la volatilité des marchés et à stabiliser les prix après la chute de 2014, ses derniers jours ont été vécus dans la tourmente dans les marchés après l’échec de la réunion de l’Opep+ tenue le 6 mars et qui avait vu la Russie refuser les recommandations de l’Opep relatives à des coupes supplémentaires et une prolongation de l’accord en vigueur jusqu’à la fin de l’année. En riposte à la position russe, l’Arabie saoudite a décidé d’annoncer une production record pour ce mois d’avril avec des prix nettement revus à la baisse.
Il ne suffisait pas plus pour déclencher une guerre des prix entre les deux pays, faisant voler en éclat l’accord avant le jour J et précipitant une descente des cours à une vitesse préalablement insoupçonnée.
La coopération entre la Russie et l’Arabie saoudite, respectivement second et troisième producteurs de brut dans le monde, a vite pris le chemin inverse, ajoutant à la détresse de l’or noir provoquée par le coronavirus.
Toutefois, la Russie a tenté de remettre à l’ordre du jour cette coopération, vendredi, en n’écartant pas un nouvel accord dans le cadre de l’Opep+ pour tenter d’équilibrer le marché pétrolier. Le directeur du Fonds souverain russe d’investissement, Kirill Dmitriev, a, en effet, souligné que pareille démarche serait possible si d’autres pays rejoignaient l’initiative qui regroupe les pays de l’Opep et des partenaires non membres. M. Dmitriev n’a toutefois pas précisé à quels pays il pensait.
«Des actions communes des pays sont nécessaires pour rétablir l’économie… Elles sont également possibles dans le cadre de l’accord Opep+», a-t-il déclaré. «Nous sommes en contact avec l’Arabie saoudite et un certain nombre de pays tiers. Sur la base de ces contacts, nous observons que si le nombre de pays membres de l’Opep+ augmente et que d’autres pays s’y joignent, il y aura la possibilité d’un accord commun pour équilibrer les marchés pétroliers», a ajouté M. Dmitriev, l’un des deux principaux négociateurs de l’accord avec le ministre russe de l’Energie, Alexandre Novak.
Une porte légèrement entrouverte que Ryad donne cependant l’impression de ne pas vouloir pousser un peu plus. Le Royaume semble même bien décidé à aller jusqu’au bout de sa détermination à «punir» Moscou en n’accordant aucune suite à «l’appel» de Moscou. Une détermination confirmée hier par un responsable de son ministère de l’Energie, ce dernier ayant indiqué que «le royaume a l’intention d’augmenter ses exportations pétrolières de 600 000 barils par jour à partir de mai, ce qui portera ses exportations (totales) à 10,6 m/j».
Manœuvrant lui aussi de son côté, le Président américain a annoncé, hier également, qu’il parlerait ce même jour du cours du pétrole avec son homologue russe Vladimir Poutine, qui lui demandera «probablement» un allègement des sanctions contre la Russie. «La Russie et l’Arabie saoudite se battent et ils ont fait chuter le prix du pétrole», «et juste après cette conversation je vais parler à un Monsieur nommé Vladimir Poutine», a dit Donald Trump à la chaîne américaine Fox News.