L’annonce, vendredi dernier, de la découverte d’un nouveau variant qui pourrait résister aux vaccins actuels et se propager plus rapidement que le variant Delta, a provoqué un mouvement de panique en Bourse.

Par Hakim Ould Mohamed
Cette découverte a entraîné aussitôt une forte baisse de la valeur du Brent, la référence européenne s’est effondrée de 12% sur le marché à terme de Londres à 72,7 dollars/baril. Aux Etats-Unis, la tendance a été la même, avec une baisse de tous les indices boursiers de plus de 2%, tandis que le pétrole WTI s’effondrait de 13% à 68,1 dollars/baril. En moyenne hebdomadaire, le Brent sur le marché à terme de Londres est en baisse de 1,4% à 79,8 dollars/baril et le WTI à New York est en baisse de 4,5% à 75,5 dollars/baril.
Le consensus des économistes interrogés par Bloomberg, au 24 novembre, sur le prix du Brent est stable à 71,6 dollars/baril en 2021 (en début d’année, le consensus 2021 était de 55 dollars/baril) et 72,3 dollars/baril en 2022. Cependant, le nouveau variant de la Covid-19 est venu bousculer les analystes et le marché et risque de compromettre sérieusement l’optimisme ambiant. «La volatilité a atteint son plus haut niveau depuis plus d’un an. L’indice OVX (indice de volatilité du Chicago Board Options Exchange pour le pétrole brut) qui a tendance à augmenter lorsque les marchés s’affolent, a bondi de 31 points, son plus gros gain quotidien depuis la panique du marché en mars 2020», lit-on dans un rapport diffusé, hier par l’Institut français du pétrole. Ce dernier, sur sa lancée, tente de calmer les ardeurs, soulignant que compte tenu du peu d’informations actuellement disponibles sur ce variant, la chute des prix du pétrole de la semaine dernière «est probablement très exagérée». Cependant, nuancent les experts de l’IFP, dans un contexte où le nombre de cas de Covid-19 re-augmente dans de nombreux pays, «l’incertitude sur les effets du nouveau variant laisse présager un retour des restrictions de déplacement avec un impact négatif sur la croissance de la demande de pétrole». De l’avis des experts de l’IFP, cette incertitude pourrait remettre en cause la politique de l’Opep+ d’augmenter sa production et aussi la décision des Etats-Unis de recourir aux stocks stratégiques pour faire baisser les prix du brut. Ce pourquoi, selon certaines informations rapportées par Reuters, il est probable que l’Opep+ pourrait faire une pause dans sa politique de levée progressive des restrictions de la production, en attendant de voir plus clair sur les conséquences du nouveau variant sur l’économie et la demande mondiale de pétrole.
Bien avant la découverte du nouveau variant, Reuters a rapporté la semaine dernière que l’Arabie Saoudite et la Russie envisageaient de suspendre l’augmentation prévue de leurs productions de pétrole compte tenu de l’excédent du marché pétrolier au 1er trimestre 2022. Afin de se donner plus de temps pour analyser la situation actuelle, l’Opep a annoncé, dimanche, qu’elle repoussait de quelques jours les réunions techniques qui doivent se tenir aujourd’hui. En attendant, en plus de la dégringolade actuelle des cours du brut, une remise en cause de la politique de levée progressive des restrictions de la production ne sera pas sans conséquences sur la production algérienne qui, le mois dernier, rebondissait à près de 1 million de barils par jour, dans la foulée de la hausse de l’offre et de son quota décidés dans le cadre des accords de l’Opep+.
L’Exécutif tablait dans ses projections au titre de l’affectation du budget de 2022 sur une hausse des prix du pétrole pour pouvoir financer les dépenses en hausse du prochain exercice ainsi que du déficit budgétaire. Une baisse des recettes dans le sillage d’une dégringolade des prix du pétrole pourrait lézarder les prévisions de l’Exécutif, à moins que les scientifiques viennent confirmer que la nouvelle souche du Covid n’est plus menaçante que le Delta.
Encore une fois, le marché vient de confirmer qu’il est plutôt improbable de parier sur une quelconque hausse des cours du brut pour résorber les déficits, compte tenu de la forte volatilité des cours et des incertitudes qui y prévalent. n