Pour 2021, l’Algérie a besoin d’un baril de pétrole se situant entre 45 et 55 dollars, a estimé le ministre de l’Energie Abdelmadjid Attar. C’est, en effet, «la fourchette acceptable pour l’Algérie» a-t-il précisé dans un entretien accordé à l’agence de presse et magazine international Bloomberg. Un objectif qui relève de 5 dollars minimum le prix référentiel qui a servi à élaborer la loi de Finances (LF) 2021, à savoir 40 dollars le baril. Le prix de 45 dollars était néanmoins prévu par certaines projections du marché avant l’adoption de cette LF, mais les pouvoirs publics avaient opté pour une période de sécurité pour texte finalisé, alors que le marché de l’or noir traversait une étape de forte turbulence, à des prix bien en dessous des 40 dollars et des perspectives rendues encore plus sombres avec la seconde vague de la Covid-19.

Mais depuis début novembre dernier, le marché s’est remis à évoluer vers la hausse sous l’impact revigorant d’une série d’annonces par les laboratoires mondiaux sur un vaccin anti-coronavirus aux tests prometteurs, puis par les premières campagnes de vaccination massives qui ont fait accélérer cette tendance. Depuis, le baril a regagné près de 15 dollars, s’affichant même au-dessus des 52 dollars lors des dernières séances avant la clôture de vendredi, porté par l’optimisme des investisseurs quant à une relance de la demande mondiale durant l’année qui arrive. Un optimisme sur lequel se base M. Attar pour espérer, avec plus de confiance, une fourchette entre 45 et 50 dollars qui permet de répondre aux exigences d’une économie qui continuera fatalement à dépendre des seules ressources pétrolières du pays pour s’assumer. Les 5 milliards de dollars d’exportations hors-hydrocarbures «exigées» par Abdelmadjid Tebboune dès 2021 devront encore attendre que leur heure sonne. Exigences économiques dans le cas de l’Algérie signifient prise en charge d’un exercice budgétaire appelé à stopper ce qui reste de l’érosion des réserves de changes à travers un déficit moins lourd pour la balance commerciale du pays.
L’année 2020 ayant été très pénible en matière de recettes d’hydrocarbures pour l’Algérie, avec au moins 10 milliards de dollars de pertes par rapport à 2019, le prochain exercice pourrait bien l’être nettement moins au cas où le regain d’espoir suscité par le vaccin venait à se maintenir et à être conforté sur le marché via une demande relancée. En tous les cas, les prévisions du premier responsable du secteur vont dans ce sens, puisque ce dernier prévoit une hausse de 12% des exportations d’hydrocarbures en 2021, avec un volume total atteignant les 92 millions de tonnes équivalent pétrole (TEP).
«Pour l’année 2021, une production primaire d’hydrocarbures attendue de près de 188 millions de TEP et un niveau d’export de 92 millions de TEP, en hausse de 12% par rapport à 2020», a-t-il souligné dans le même entretien. Pour le pétrole brut, il a avancé qu’en fonction de l’application du quota Opep+, soit environ 912 000 barils/ jour, ce qui amènera à exporter, après satisfaction du marché national, autour de 30 millions de tonnes en 2021, soit le tiers (1/3) des exportations totales des hydrocarbures. Pour le gaz naturel, le niveau d’exportation pour l’année 2021 s’élèvera à 51 milliards de m3, dont 37 milliards de m3 par gazoducs et 14 milliards de m3 sous forme de GNL, a-t-il indiqué.
Pour rappel, la production nationale des hydrocarbures a enregistré une baisse de 10% entre janvier et septembre 2020 par rapport à la même période en 2019, atteignant ainsi les 103 millions TEP, tandis que le volume des exportations a enregistré une baisse de 14%.
M. Attar est également revenu sur les priorités du secteur pour 2021, expliquant qu’en tenant compte d’une reprise progressive de la demande mondiale, les priorités de Sonatrach se résument autour de la mise en production des projets gaziers en cours de réalisation, permettant d’augmenter les volumes de gaz à l’export d’environ 10 milliards de mètres cubes pour cette année.
Pour le pétrole brut, Sonatrach poursuit l’application des accords de l’Opep+ afin de stabiliser les prix sur le marché mondial. Il sera aussi question , selon lui, de lancer des travaux de nouveaux projets dans l’amont et dans le raffinage, qui permettront à moyen terme des apports additionnels en production (plus de 30 millions TEP) et une capacité supplémentaire de raffinage qui proviendra essentiellement de la nouvelle raffinerie de pétrole de Hassi Messaoud, d’une capacité annuelle de 5 millions de tonnes, et de l’unité de craquage de fuel de 5 millions de tonnes par an pour la production du gasoil au niveau de la raffinerie de Skikda.
La compagnie nationale procédera aussi à l’adaptation de l’outil de raffinage actuel, notamment pour produire des volumes supplémentaires d’essence à partir de 2021, à travers l’ajustement de la qualité d’essence produite par nos raffineries et la suppression définitive du plomb. «Cette adaptation permettra de satisfaire totalement les besoins du marché national en essence et d’en exporter le surplus», a-t-il soutenu. <