Les cours du pétrole se sont redressés, hier mardi, après la validation dimanche soir par le président Donald Trump du plan de relance de l’économie américaine de 900 milliards de dollars, alors que les perspectives de la demande demeurent encore peu encourageantes.

A Londres, le baril de Brent de la mer du Nord pour livraison en février gagnait 1,08%, à 51,50 dollars. A New York, le baril américain de WTI pour le mois de février prenait de son côté 1,26% à 48,26 dollars. Cette reprise des cours fait dire aux analystes que le marché du pétrole semble profiter du passage du plan américain, qui accorde des aides aux ménages et aux petites entreprises du premier pays consommateur de brut au monde.
Qu’en est-il pour les pays producteurs dont l’Algérie ? «Les prix du brut sont désormais à un niveau à peu près acceptable pour l’Opep+. Les prix sont trop bas pour atteindre des budgets nationaux à l’équilibre, mais autour de 50 dollars le baril, la production pourrait repartir à la hausse, répondent ces analystes dont ceux du cabinet JBC Energy.
Début décembre, les pays de l’Opep+ avaient décidé d’augmenter leur production, qu’ils limitent volontairement de seulement 500 000 barils/jour, pour éviter d’inonder le marché avec les 2 millions de barils quotidiens initialement prévus. Ils doivent se réunir lundi 4 janvier pour leur réunion mensuelle après un bilan 2020 plutôt positif pour ce qui concerne la lutte contre l’effondrement des prix et en dépit des conséquences de la crise sanitaire.
C’est en tout cas le constat établi hier par l’expert algérien Mourad Preure qui, dans un entretien avec l’APS, a rappelé que l’Algérie a joué depuis 2016 et en 2020, à la faveur de sa présidence de l’Opep, un rôle pivot dans le rapprochement des visions au sein de l’Opep et ses alliés (Opep+) pour le maintien des équilibres du marché pétrolier durant l’année qui s’achève. Pour M. Preure, 2020 a été pourtant une année «cataclysmique» pour le marché pétrolier qui a subi trois chocs à la fois, celui d’une offre excédentaire portée par les pétroles de schistes américains essentiellement et aggravée par la guerre des prix déclenchée le 6 mars dernier, celui de la demande qui a baissé de 20% à cause de la pandémie et, enfin, celui du choc économique déclenché par la pandémie de la Covid-19.
2021, une année d’incertitudes aussi
En ce qui concerne 2021, l’expert pétrolier algérien considère qu’elle sera marquée par une incertitude à «son maximum» et qu’«une orientation haussière des prix pétroliers, souhaitée et encouragée par les producteurs, n’est pas à l’œuvre dans un horizon proche». Selon lui, la pandémie n’a été que le déclencheur de cette crise économique qui déséquilibre gravement le marché pétrolier, mais elle en est désormais «le moteur», concentrant toutes les inconnues quant à la sortie de crise. Il a, dans ce contexte, ajouté que les perspectives ouvertes par le vaccin anti-Covid-19 tendent à faire sur-réagir les marchés, portant les prix à un niveau inconnu depuis mars 2020. Mais malgré le niveau atteint de 50 dollars le baril, il y a toujours des doutes sur les perspectives de la demande.
Pour Mourad Preure, «les prix ne repartiront d’une manière robuste et durable qu’avec un retour de la croissance, ce qui n’est pas envisageable dans l’immédiat, voire même pour 2021». A cela, s’ajoutent les incertitudes sur l’offre, lesquelles portent notamment sur le fait qu’une remontée des prix va faire revenir les pétroles de schiste américains sur le marché, explique M. Preure. Elles concernent aussi la montée de la production libyenne et le retour très probable de la production iranienne. «Si on prend en compte une remontée de la production libyenne à 1,4 Mbj au premier semestre et un retour d’au moins 1 Mbj iranien au second semestre, du fait de la levée de l’embargo par la nouvelle administration américaine, l’équilibre du marché pétrolier restera difficile à approcher en 2021 avec des prix qui fluctueront autour d’un pivot de 40 dollars, au mieux 45 dollars le baril», a-t-il avancé. En cas d’efficacité du vaccin contre la Covid-19 et sa généralisation pour contenir la pandémie, il serait raisonnable, selon M. Preure, d’anticiper des effets positifs sur l’économie mondiale à partir du second semestre 2021.

Quid des marges de manœuvre de l’Algérie ?
Pour l’expert, l’Algérie dispose de moyens humains et financiers pour passer le cap de la crise du marché pétrolier mondial, à condition d’opérer des réformes économiques portant notamment sur le développement de la Sonatrach et l’investissement dans les énergies renouvelables. «L’Algérie a les moyens humains, mais aussi financiers, pour passer le cap de la crise. Cela, pour peu qu’elle adopte une attitude offensive et visionnaire, qu’elle opère les réformes économiques nécessaires avec rigueur, méthode et toute la volonté requise, et qu’elle les place au centre de son projet économique et politique», a-t-il précisé. Du fait que la situation du marché pétrolier connaît des évolutions «atypiques» depuis une année, il a souligné la nécessité d’anticiper les évolutions probables, leur impact sur l’Algérie et d’adopter une stratégie face à la crise mondiale. Cette stratégie se base essentiellement, selon lui, sur le développement de Sonatrach sur les plans managérial et technologique. La compagnie nationale des hydrocarbures doit être également soutenue pour «augmenter sa base de réserves en Algérie (…), et construire des partenariats stratégiques internationaux pour faire des acquisitions d’actifs en profitant de la dépréciation de ceux-ci du fait de la crise économique mondiale». Elle doit aussi, à l’instar des compagnies pétrolières dans le monde, poursuit-il, «opérer sa mue et évoluer vers une compagnie énergétique fournisseur au client final. Il s’agit aussi, selon M. Preure, de s’engager «résolument» dans la transition énergétique avec comme facteur clé le gisement solaire important que possède l’Algérie et qui lui ouvre des perspectives «stratégiques inédites».