Le marché pétrolier reste sensible à la crise sanitaire de la Covid-19. En raison de la politique de «zéro Covid» pratiquée en Chine et la décision de ses autorités de confiner la mégapole de Shanghai, cœur économique et financier du pays, le prix du baril a débuté, hier lundi, à la baisse, passant sous la barre des 100 dollars.

Par Kahina Sidhoum
A la mi-journée, le baril de Brent de la mer du Nord pour livraison en juin prochain perdait 4,30% pour être cédé à 98,36 dollars. Le baril de West Texas Intermediate (WTI) américain pour livraison en mai prochain cédait, quant à lui, 4,67% à 93,67 dollars.
La mégapole chinoise Shanghai, qui compte 25 millions d’habitants, entre dans sa troisième semaine de confinement en raison d’une importante flambée de cas de Covid-19 et de la crainte de voir apparaître de nouveaux variants d’Omicron. En Chine entière, quelque 23 villes sont actuellement en confinement total ou partiel, concernant près de 200 millions d’habitants. Les autorités de Shanghai ont commencé à assouplir les mesures de confinement dans certaines zones de la mégapole, après des jours de difficulté à trouver de la nourriture et des médicaments, mais cet allègement en plusieurs temps n’a pas rassuré le marché pétrolier.
«Actuellement, ce sont surtout les mauvaises nouvelles en provenance de Chine qui pèsent sur les prix», commente pour l’AFP Barbara Lambrecht, analyste chez Commerzbank. «Les blocages qui ralentissent la demande de pétrole dans le deuxième pays consommateur au monde risquent de durer encore longtemps», ajoute l’experte.
Cette baisse des cours peut ne pas se poursuivre, mais les facteurs d’incertitude demeurent importants. Ils sont surtout nourris par les développements géopolitiques et géoéconomiques en relation avec la guerre en Ukraine et par l’issue du bras de fer actuel entre le camp occidental et la Russie. L’Union européenne, qui réfléchit au scénario d’un embargo sur le pétrole et le gaz russes, un engagement difficilement manœuvrable en raison de sa dépendance, cherche en même temps à faire pression sur les pays producteurs de l’Opep pour qu’ils augmentent leur offre qui s’ajouterait aux réserves stratégiques promises par l’Agence internationale de l’énergie (AIE) et les Etats-Unis.
En Ukraine, l’issue de la guerre demeure incertaine et de «nouveaux assauts soutenus» de l’armée russe ne sont pas exclus, fait observer Susannah Streeter, analyste pour Hargreaves Lansdown. «Le prix du pétrole devrait donc rester volatil», assure-t-elle. Au Luxembourg, les ministres des Affaires étrangères de l’UE étudiaient, hier, un sixième paquet de sanctions contre Moscou sans toucher les achats de pétrole et de gaz. Le chef de la diplomatie de l’UE, Josep Borrell, avait annoncé son intention de lancer la discussion sur un embargo pétrolier, «mais une proposition formelle n’est pas sur la table», avait reconnu vendredi un haut fonctionnaire européen.
Il reste à savoir si l’Union européenne parviendra, dans sa volonté de multiplier les sanctions contre la Russie, à convaincre les pays de l’Opep d’augmenter leur production. Hier, des fonctionnaires de l’UE ont rencontré à Vienne, en Autriche, des représentants de l’Organisation des pays exportateurs de pétrole. L’Opep résiste aux appels des Etats-Unis et de l’AIE à pomper davantage de brut pour refroidir les prix. L’Opep+, qui se compose de l’Organisation des pays exportateurs de pétrole et d’autres producteurs, dont la Russie, augmentera sa production d’environ 432 000 barils par jour en mai. <