Les prix du pétrole poursuivent leur chute provoquée par le Coronavirus, épidémie qui a sensiblement réduit la demande chinoise de brut et mis en alerte les pays producteurs.

Hier, la semaine s’ouvrait avec des cours ayant atteint leur plus bas depuis plus d’une année, avec un baril de Brent de la mer du Nord tombé à 54,20 dollars en fin de matinée, perdant 0,50% par rapport à la clôture de vendredi. Un peu plus tôt dans la journée, le même type de pétrole avait même touché 53,63 dollars, un niveau que le marché londonien n’avait pas vu depuis le début du mois de janvier 2019. A New York, le West Texas Intermediate (WTI) perdait 0,58%, à 50,03 dollars.
Le Coronavirus poursuit donc son avancée en Chine, et la demande du premier consommateur mondial de pétrole recule devant cette épidémie qui y a déjà fait plus de 40 000 contaminés et près de 900 morts.
Représentant plus d’un tiers de la croissance de la demande mondiale en pétrole, la Chine a vu sa demande baisser de 11 millions barils par jour à moins de 8 mbj entre le début et la fin janvier passée. Une chute qui a fait dégât surtout au sein de l’Organisation des pays exportateurs de pétrole (Opep), connue pour être l’un des plus importants pourvoyeurs en brut de l’empire industrielle chinois.
Autrement dit, l’équilibre de l’Opep et de ses partenaires (dont la Russie qui est second fournisseur de ce pays après l’Arabie saoudite) reste largement dépendant de la situation économique chinoise et de sa croissance. C’est pourquoi l’Opep+ s’est retrouvé une nouvelle fois à Vienne, pour essayer de juguler cette baisse inquiétante des cours de l’or noir qui a fait perdre au baril jusqu’à 20% en quelques semaines.
En ce sens, en plus du prolongement de la réduction en cours (1,7 mbj) jusqu’à la fin de 2020, le comité technique conjoint (JTC) de l’Opep+ a recommandé de procéder à une réduction additionnelle jusqu’à la fin du deuxième trimestre, a affirmé samedi le ministre algérien de l’Energie. Celle-ci serait de 600 000 barils par jour, selon certains médias, ce qui donnerait des coupes de 2,3 mbj.
Toutefois, l’Opep attend la réponse de la Russie, son principal partenaire non membre dans l’accord de réduction. A ce propos, le ministre russe de l’Energie, Alexandre
Novak, a indiqué, vendredi dernier, que son pays attendait de voir l’évolution du marché pétrolier pour faire connaître sa position sur une éventuelle réduction supplémentaire de production de pétrole. « Je pense que la question (sera réglée) dans les prochains jours. Nous verrons comment la situation évoluera dans les prochains jours », a déclaré M. Novak aux agences russes.
Les prochains jours évoqués par le ministre russe sont déjà là, et la situation évolue dans un sens qui privilégie de plus en plus l’option de la réduction supplémentaire recommandée par l’Opep et ses partenaires dans la capitale autrichienne. Elle risque même d’être encore plus alarmante pour les pays producteurs, avec des prix qui évolueront entre 50 et 45 dollars dans les mois à venir, prévoit l’expert en énergie et ancien P-DG de Sonatrach, Abdelamadjid Attar.
Partant de la logique que même une solution médicale rapide à l’épidémie de Coronavirus « ne permettra un rétablissement du marché qu’après plusieurs mois », M. Attar déduit que « nous sommes donc en face d’une situation qui peut probablement faire reculer la demande mondiale de pétrole en 2020, et dans le meilleur des cas, le stabiliser au même niveau que 2019, ce qui signifie, dans les deux cas, un prix du baril très fragile qui évoluera, a-t-il chiffré « entre 50 et 45 dollars ». D’où « une réduction additive qu’il faudra envisager sérieusement d’ici le mois de mars », recommande l’expert en énergie.