Après l’échec des réunions de l’Opep et de ses partenaires non Opep, tenues jeudi et vendredi à Vienne (Autriche), l’hypothèse de voir les cours du brut chuter à moins de 40 dollars, voire 30 dollars, n’est plus à écarter, avertissent les analystes.

Les membres de l’Opep et leurs partenaires non Opep, la Russie essentiellement, se sont quittés sur une mésentente, voire un différend ; le ministre russe de l’Energie Alexandre Novak, considérant qu’«à partir du 1er avril, compte tenu de la décision prise aujourd’hui, personne – ni pays de l’Opep ni pays de l’Opep+ – n’a d’obligation de baisser la production ». Répliquant à l’attitude russe, les Saoudiens ont décidé de pousser les prix vers le bas, en réduisant les prix de vente officiels pour le mois d’avril de toutes ses qualités de brut vers toutes les destinations. L’Arabie saoudite évoque comme raison la baisse de la demande de pétrole sur fond de propagation du coronavirus. Le groupe pétrolier saoudien Saudi Aramco a fixé son prix de vente officiel pour le baril de brut léger à destination de l’Asie pour le mois d’avril à 3,10 dollars de moins que la moyenne d’Oman/Dubaï, soit une baisse de 6 dollars le baril par rapport au mois de mars. Vers les Etats-Unis, les prix ont été réduits de 3,75 dollars par rapport à l’ASCI, en baisse de 7 dollars le baril par rapport à mars, tandis que le prix de vente à destination de l’Europe du Nord et de l’Ouest a été fixé à 10,25 dollars de moins que la référence de l’Ice Brent, en baisse de 8 dollars le baril sur un mois. Le premier exportateur mondial de pétrole, l’Arabie saoudite, souffre depuis des semaines, comme les autres pays producteurs, de l’impact de l’épidémie de coronavirus.
L’échec des réunions de jeudi et vendredi, destinées essentiellement à trouver une solution consensuelle face à la rechute des cours sous l’effet du coronavirus, pousse désormais les membres de l’Opep et leurs alliés non Opep à agir en rangs dispersés, ce qui est de nature à aggraver la déprime du marché et accélérer la chute des cours. Les prix ont fortement chuté, vendredi, à l’issue d’une journée mouvementée sur le marché ; le cours du pétrole côté à New York a plongé de 10,1%, à 41,28 dollars, un niveau plus vu depuis avril 2016, tandis que le Brent de la mer du Nord pour livraison en mai a, lui, dégringolé de 9,4% à 45,27 dollars à Londres, soit son prix de clôture le plus bas depuis près de quatre ans. Selon les spécialistes interrogés par Reuters, la chute des prix se poursuivra sur fond de guerre des prix que se livrent Saoudiens et Russes. Ces deux gros poids lourds du marché pétrolier et qui étaient à la tête de l’Opep+ ont l’avantage d’avoir une production flexible leur permettant d’augmenter l’offre pour compenser la chute des cours, ce dont les autres membres ne peuvent se permettre.
L’Algérie produit en moyenne 1 million de barils par jour et ne pourrait dépasser ce niveau même sans les quotas fixés par l’Opep. Le pays n’aura de choix que de calculer les pertes, alors que la résilience de l’économie a été fortement réduite par le contrechoc pétrolier de 2014. L’Algérie n’est plus en mesure de faire face à un deuxième contrechoc pétrolier de la même ampleur que celui de la mi-2014, étant donné que ses capacités financières se sont beaucoup détériorées, ne comptant plus que 60 milliards de dollars en stock en devises, alors que les avoirs en dinars se sont complètement évaporés depuis février 2017.
Le pays ne dispose plus d’aucun parechoc financier en interne, tandis que la rechute des cours du brut aggraverait les déficits et accélérerait, par là même, la fonte des réserves de change. L’absence de réformes budgétaires et économiques durant les années ayant suivi la dégringolade des prix, amorcée depuis la mi-2014, n’a fait qu’affaiblir davantage les positions financières internes et externes du pays.