Même si le projet d’embargo européen sur le pétrole russe n’a pas été actionné, le marché de l’or noir est en train de traverser de fortes perturbations qui privent l’offre de gros volumes.

Par Feriel Nourine
La série de sanctions décidées par les pays occidentaux contre Moscou, depuis le déclenchement de la guerre en Ukraine, a rapidement eu pour effet de créer un déséquilibre de l’offre par rapport à une demande en plein rebond. Les quantités de pétrole russe trouvant des difficultés à être acheminées et à arriver chez leurs clients, les exportations du géant pétrolier s’en trouvent systématiquement affectées et réduites.
A cela s’ajoutent d’autres facteurs qui déstabilisent le marché du brut et l’offre mondiale en cette énergie, à l’exemple notamment des conflits ou encore des défaillances des infrastructures pétrolières.
Dans cette configuration inédite du marché pétrolier, les perturbations de l’approvisionnement mondial approchent les 5 à 6 millions de barils par jour (bpj), selon des calculs effectués par Reuters.
Pour sa part, l’Agence internationale de l’Energie avait déclaré que les sanctions occidentales contre Moscou et la réticence des acheteurs pourraient entraîner une baisse de l’offre de pétrole russe de 3 millions de bpj à partir d’avril, alors que le déficit d’approvisionnement atteindrait les 700 000 bpj au deuxième trimestre.
Le même scénario pessimiste se dégage de chez les traders. Ces derniers ont averti que les marchés de l’énergie auraient du mal à absorber la perte potentielle d’environ 2 millions de bpj de pétrole en provenance de Russie, car il y avait peu de capacité de réserve avant même que la Russie ne lance son invasion le 24 février, indique l’agence britannique.
Outre la Russie, la production pétrolière éprouve d’énormes difficultés à atteindre ses quotas dans d’autres pays, et ce, pour des facteurs différents. C’est le cas du Kazakhstan qui devra réduire sa production de pétrole de 320 000 bpj, soit un cinquième de sa production totale, après les dégâts causés par la tempête aux points d’amarrage utilisés pour exporter le brut du Consortium des pipelines de la mer Caspienne (CPC).
En Libye, la situation sécuritaire a fait descendre l’offre à 1,3 de bpj, alors qu’elle était de 1,6 de bpj avant le déclenchement de la guerre dans ce pays. En outre, une panne survenue au début du mois a entraîné une perte temporaire de plus de 300 000 bpj de production.
Considéré comme pays pouvant apporter des quantités supplémentaires au marché, l’Iran pompe actuellement 2,6 millions de bpj, soit quelque 1,2 million de bpj de moins qu’en 2018, lorsque l’ancien président américain Donald Trump a retiré les États-Unis de l’accord nucléaire de 2015 et réimposé des sanctions.
Les parties ont toutefois cherché à relancer l’accord qui pourrait conduire à une augmentation de la production iranienne.
Chez l’Opep+, plusieurs membres du groupe OPEP+, principalement des producteurs d’Afrique de l’Ouest, ont eu du mal à produire au niveau de leur quota car ils sont confrontés à une perte de capacité de production due au sabotage et au sous-investissement. Pour sa part, l’Arabie saoudite, premier exportateur mondial de brut, a vu sa production déclinée il y a quelques jours, suite à des dégâts causés à ses infrastructures pétrolières par les Houtis.
Face à un marché déjà très perturbé, et un déséquilibre manifeste entre l’offre et la demande, l’Union européenne ne lâche pas ses menaces de rupture avec les livraisons d’énergies produites en Russie.
Hier, les 27 pays de l’UE discutaient encore des sanctions sur les importations de charbon et pétrole russes, après la découverte d’un grand nombre de corps dans la région de Kiev.
« Il y a des discussions sur ce qui peut être fait dans le secteur de l’énergie, comme le charbon et le pétrole », a déclaré le commissaire européen au Commerce, Valdis Dombrovskis, avant une réunion des ministres des Finances de l’UE à Luxembourg pour débattre du contenu d’un cinquième paquet de sanctions européennes.
« Pour la Commission européenne, c’est définitivement une option. Mais nous avons besoin de trouver un consensus parmi les Etats membres », a-t-il reconnu, en référence aux divisions qui existent au sein de l’Union concernant ce dossier.
Ces discussions ont relancé les prix de l’or noir, leur permettant d’enregistrer des gains considérables durant la matinée.
Vers 11h30, le baril de la mer du Nord pour livraison en juin gagnait 1,47% à 109,11 dollars, alors que le baril de West Texas Intermediate (WTI) pour livraison en mai grimpait quant à lui de 1,53% à 104,86 dollars.
« Le prix du pétrole augmente à mesure que les sanctions énergétiques explicites se rapprochent », commentaient des analystes.

Pressions sur Gazprom en Europe : Poutine dénonce et menace de représailles
Le président russe Vladimir Poutine a dénoncé hier la « pression » exercée contre Gazprom en Europe, soulignant que nationaliser des actifs russes était « une arme à double tranchant ». « La situation dans le domaine énergétique s’aggrave à cause de mesures grossières, qui ne sont pas liées au marché, notamment la pression administrative sur notre société Gazprom dans plusieurs pays européens », a-t-il dit à la télévision, après que l’Allemagne a annoncé la veille prendre le contrôle temporaire d’une filiale allemande du géant gazier.

Le prix moyen du brut de l’Opep à plus de 106 dollars
Le panier de l’OPEP, constitué de prix de référence de 13 pétroles bruts, dont le Sahara Blend algérien, s’est établi à plus de 106 dollars en début de la semaine en cours. « Le prix du panier de treize bruts de l’Opep (ORB) s’élevait à 106,23 dollars le baril lundi, contre 104,9 vendredi dernier », selon les données de l’Organisation des pays exportateurs de pétrole, publiées mardi sur son site web. Le brut de l’Opep s’évoluait entre 100 et 128 dollars durant le mois de mars dernier. Ce maintien d’un niveau élevé intervient dans un contexte de la hausse des prix sur le marché mondial, soutenus notamment par les efforts de l’Opep et ses alliés pour assurer un équilibre du marché pétrolier mondial et les craintes d’une perturbation des approvisionnements. Depuis le mois d’août dernier, les 23 pays signataires de la Déclaration de coopération optent pour le maintien de leur plan d’augmentation mensuelle de la production de 400.000 barils/jour, décidé en juillet 2021. A l’issue de la 27e réunion ministérielle de l’Opep, tenue fin mars dernier, il a été décidé d’augmenter la production globale mensuelle de l’alliance de 432.000 barils par jour, pour le mois de mai 2022, ce qui est légèrement supérieur à l’augmentation mensuelle convenue depuis juillet 2021.