Par Hakim Ould Mohamed
Les cours des principales monnaies étrangères flambent au Square Port Said, plaque tournante du change parallèle à Alger. Le dollar américain s’échangeait, hier, à 220 dinars à l’achat, alors que l’euro a grimpé à 215 dinars, quelques jours seulement après l’annonce du retour à l’importation des voitures de moins de trois ans d’âge. Jamais le dollar n’avait atteint, auparavant, un tel niveau face au dinar. L’euro avait, en revanche, flirté avec les 220 dinars peu avant la pandémie du Covid-19 avant de connaitre un mouvement à la baisse, tout au long des deux années de crise sanitaire qui a vu la fermeture des frontières et la suspension des transports aérien et maritime. Toutes les devises ont suivi la même tendance à la baisse durant les deux années de Covid avant de se redresser progressivement au fur et à mesure que les restrictions sur les voyages ont été levées. Il est vrai que la flambée des cours des deux principales devises de ces dernières semaines s’explique par la reprise de l’activité touristique et des voyages, notamment à destination de la zone dollar, dont la Turquie et le Moyen-Orient, mais la forte poussée de ces derniers jours tire sa source de la décision de recourir à l’importation des véhicules de moins de trois années pour stabiliser le marché intérieur et répondre à une demande qui ne trouve pas d’offres. Les cambistes du Square Port Said se préparent à une ruée vers l’offre du marché parallèle suite à la décision d’autoriser les particuliers à importer des véhicules de moins de trois ans. La flambée du dollar s’explique aussi par une demande plus forte sur le billet vert, provenant essentiellement des voyageurs et des commerçants à destination de la zone dollar, dont la Turquie et Dubaï, mais aussi des Algériens voulant se rendre aux Lieux Saints de l’Islam. La saison des Oumras est ouverte et la demande pour ce créneau est essentiellement en dollar. Au-delà des facteurs conjoncturels, le retour à l’importation des véhicules de moins de trois ans galvanisent les cours. L’euro et le dollar renouent ainsi avec les pics de l’avant-Covid. Fait remarquable : les deux principales devises gagnent du terrain sur le marché parallèle pendant que le dinar grappille des gains non négligeables sur le marché interbancaire des changes. Le billet vert s’échange contre 140 dinars, tandis que la principale devise du Vieux Continent vaut 136 dinars sur le marché officiel des changes. L’écart des cours entre les deux marchés est pour le moins saisissant. C’est normal, étant donné que le dinar est une monnaie administrée dont le cours est fixé par la banque centrale en fonction d’un panier de devises et suivant l’orientation de sa politique monétaire. Or, les cours sur le marché parallèle obéissent au principe de l’offre et de la demande, mais aussi à des facteurs conjoncturels, aux rumeurs et, bien évidemment, au bon vouloir des cambistes qui, comme ce fut le cas pendant la pandémie, n’ont pas hésité à réduire drastiquement leur activité afin de se mettre à l’abri des pertes au change. En tout cas, l’élément nouveau est cette décision d’autoriser les particuliers à importer des véhicules de moins de trois ans afin d’alimenter le marché, en attendant l’aboutissement des négociations annoncées avec certains constructeurs automobiles et l’élaboration du cahier des charges relatif aux concessionnaires automobiles attendue à la prochaine réunion du Conseil des ministres. Cependant, avec cette flambée des cours des principales devises sur le marché parallèle, il est à craindre que les voitures de moins de trois ans soient inaccessibles pour les petites et les moyennes bourses parmi les ménages algériens. Exemple : sans la TVA de 19% et les droits de douanes de 15% ainsi que les coûts de fret, une voiture de 10.000 euros reviendrait près de 2,2 millions de dinars. Or, si les taxes et les droits de douanes venaient à être inclus, le coût de la même voiture pourrait grimper à près de 3 millions de dinars. Le marché parallèle risque ainsi de jouer les trouble-fêtes pendant qu’une fenêtre s’ouvre aux particuliers algériens après de longues années de blocage des importations de véhicules. n