Le dinar commence la semaine avec une nouvelle chute face aux principales devises d’échange, enchainant une énième dépréciation, dans un contexte marqué par l’absence de réformes et d’ajustements budgétaire de nature à offrir au budget de meilleures perspectives. La valeur de l’euro a été fixée par la Banque d’Algérie à 168,88 dinars, alors que la valeur du dollar a été fixée 138,47 dinars ; les deux devises évoluant ainsi à des niveaux historiques par rapport à la monnaie nationale.

La dépréciation du dinar, amorcée depuis la mi-2014 conséquemment au choc pétrolier, s’est confirmée courant 2020 avec la rechute des prix du brut ; le Brent – pétrole de référence pour le Sahara Blend algérien – atteignant un plancher de 17 dollars en avril de l’année dernière. Les variations à la baisse de la valeur du dinar sont devenues de plus en plus apparentes et le taux de change s’érige désormais en principal levier d’ajustement, faute de réformes. Preuve en est que la parité dinar-euro est passée de 133 DA pour un euro au 31 janvier 2020 à 161 DA/euro au 31 janvier 2021 et à plus de 168 cette semaine. En revanche, la parité dinar-dollars est passée de 119 DA pour un dollar au 1er janvier 2020 à 132 DA/dollar au 1er janvier 2021 et à plus de 138 dinars cette semaine, confirmant ainsi une tendance de plus en plus soutenue vers la dépréciation. C’est de notoriété publique que de dire que depuis le choc pétrolier de la mi-2014, le taux de change a joué le rôle d’amortisseur pendant que les fondamentaux de l’économie subissaient de plein fouet les conséquences du revirement du marché pétrolier. La Banque d’Algérie assumait jusqu’ici ses multiples interventions sur le taux de change, assurant qu’il s’agissait d’une action stratégique aux fins de réduire l’impact du choc externe sur l’économie. «Afin de prévenir toute appréciation du taux de change effectif réel dommageable pour la stabilité macroéconomique à moyen terme, la relative flexibilité du cours du dinar sur le marché interbancaire des changes permet d’absorber, en partie, l’effet de la chute des prix du pétrole. Les interventions de la Banque d’Algérie sur ce marché s’inscrivent dans cet objectif stratégique». Cependant, depuis peu, la banque centrale avertissait contre l’usage excessif du levier monétaire, appelant, par la même, à lancer sans délais une série de réformes dans le but de rétablir la viabilité des comptes extérieurs. Comme pour dire que la dévaluation a ses limites et pourrait avoir des conséquences désastreuses sur le pouvoir d’achat des ménages et des entreprises. «Il faut rappeler que le dinar a connu des ajustements importants ces dernières années, en contexte de choc externe. Il est utile de souligner également que l’ajustement du taux de change ne doit pas constituer le principal, voire l’unique levier d’ajustement macroéconomique. Pour être efficace, il doit accompagner la mise en œuvre effective d’autres mesures et politiques d’ajustement macroéconomique, notamment budgétaire, aux fins de rétablir durablement les équilibres macroéconomiques, et de réformes structurelles aux fins d’asseoir une diversification effective de l’économie et in fine une hausse de l’offre domestique de biens et services», avait indiqué la Banque d’Algérie dans sa dernière note de conjoncture. Une chose est sûre, même si la dévaluation de la monnaie nationale s’annonce comme inévitable dans la conjoncture actuelle, ses effets sur le pouvoir d’achat des ménages et des entreprises sont pour le moins évidents. L’Office national des statistiques (ONS) a confirmé, vendredi, le retour de l’inflation après plusieurs mois de stabilisation avec, au tableau, un taux de 2,6% en janvier en moyenne annuelle. La dévaluation que subit la monnaie nationale est, en partie, à la source de cette fièvre, alors que les perspectives ne sont annonciatrices d’aucun répit sur le taux de change. n