Le ministre de l’Industrie pharmaceutique, Djamel Lotfi Benbahmed, s’est montré satisfait de l’évolution qu’a connue le secteur en deux années, comme il a relevé les lacunes qui entravent la disponibilité de certains médicaments indispensables, notamment ceux importés.

PAR INES DALI
A propos de la perturbation et parfois même l’indisponibilité de certains médicaments essentiels comme ceux de l’oncologie notamment pour les enfants, il a déclaré que c’est «une problématique aiguë» qu’il a déjà soulevée. «A travers la direction de la veille stratégique et l’Observatoire sur la disponibilité, nous avons mis en place une plateforme numérique qui ne comprend actuellement que les médicaments hospitaliers et pas les médicaments de ville. Entretemps, il y a une problématique au niveau de l’importation des médicaments hospitaliers», a-t-il déclaré, hier sur les ondes de la Rdio nationale. Il a expliqué que «lorsqu’il y a des phénomènes exogènes, c’est-t-à dire un manque de production au niveau mondial, la PCH n’est pas approvisionnée et nous, nous n’avons aucun moyen de le savoir pour pouvoir les aider». C’est donc un problème de remontée de l’information que le ministre souhaite voir se régler, comme il espère que «la PCH, à travers les instructions du gouvernement, intègre le système de numérisation et de traçabilité des importations et de la production nationale, ce qui nous permet de d’agir», a-t-il dit.
Il poursuit ses explications en indiquant que la PCH devrait disposer de six mois de stock et lorsqu’elle est en-dessous de ce seuil, le ministère de tutelle devrait être informé pour pouvoir réagir et pallier des situations de manque de production dans le monde qui font que les fournisseurs n’aient pas répondu à temps aux bons de commande de la PCH. «Il n’est pas normal qu’en 2021 nous ayons encore des enfants qui souffrent de problématiques de prise en charge pour des maladies aussi graves, surtout que ce sont des produits pas chers», a-t-il admis. «C’est tout ce paradoxe qui existe dans les produits pharmaceutiques à travers le monde : ce sont souvent les produits pas chers qui sont indisponibles, car les laboratoires s’orientent vers les médicaments à forte valeur ajoutée». C’est ce qui poussé le ministère de l’Industrie pharmaceutique à investir sans ce domaine pour qu’à «l’horizon 2022-2023, Saidal et d’autres partenaires locaux vont se lancer dans la production des produits d’oncologie de première ligne pour n’avoir plus à vivre ces drames et cette dépendance des laboratoires internationaux».

Sous-traitance et taux d’intégration
D’autres médicaments sont également concernés par la production locale, comme l’insuline, et des partenariats se nouent entre des producteurs locaux et internationaux, notamment en termes de transfert technologique. «Cela passe, bien sûr, par un tissu de sous-traitance qui assure un taux d’intégration suffisant à nos laboratoires», a-t-il dit. Dans ce chapitre, il a noté qu’il y a maintenant «un dispositif réglementaire qui obligera, au fur et à mesure, les producteurs à aller vers un taux d’intégrations plus élevé et d’aller, pourquoi pas, à travers des coopérations que nous faisons avec d’autres ministères comme le celui des Microentreprises, vers la création d’un tissu de sous-traitance pour faire tout ce qui est emballage». Il a cité, à titre d’exemple, le partenariat envisagé avec l’entreprise publique ENASEL, pour utiliser sa production de sel comme intrant dans fabrication du sérum salé, dont l’importation coûte «plus de 3 millions d’euros».
En tout état de cause, pour éviter autant que faire se peut les éventuelles pénuries qui pourraient survenir, le département de Benbahmed semble avoir pris les devants. «Nous sommes en décembre 2021 et les programmes d’importation pour 2022 ont tous été signés», a-t-il affirmé.
Il a fait savoir, par ailleurs, que son département a récemment fermé un établissement et lui a retiré l’agrément car il s’est avéré être «un faux producteur qui a retiré toutes les machines après avoir obtenu son agrément», comme il a dénoncé la tension sur certains produits due à la spéculation de «certains pharmaciens et certains grossistes», la disponibilité de «stocks cachés dans structures secondaires», ainsi que «le comportement de certains laboratoires pour augmenter leur chiffres d’affaires». Ce sont autant de problèmes soulevés qui sont passés en revue avec l’ensemble des intervenants dans le secteur. C’est pourquoi lors des réunions qu’organise le ministère, tous les partenaires du secteur sont associés, «les producteurs et les partenaires sociaux, en passant par les prescripteurs et les associations des malades». Car le ministère est «non seulement responsable de la relance du secteur sur le plan économique, mais aussi de la disponibilité de médicaments et de la régulation».
Sur une question concernant le vaccin anti-Covid-19 produit en Algérie, il a révélé que «la production du Coronavac revient 70% moins cher que son importation», ajoutant que Saidal pourrait élargir sa production à d’autres vaccin comme l’antigrippal et qu’une délégation du fabricant Sinovac est attendue à la fin du mois. L’Algérie maintient également son projet d’exportation de l’anticoronavirus, a-t-il soutenu. Les producteurs nationaux de médicaments devront, également, se fixer des objectifs d’exportation, a-t-il insisté, avant d’annoncer une nouveauté : «Dès la semaine prochaine, nous allons homologuer le premier concentrateur made in Algérie, fruit d’une collaboration entre l’USTHB et l’Agence nationale des produits pharmaceutiques. Nous avons créé un système d’homologation pour les prototypes afin que la recherche et le développement se concrétise en production industrielle.»

Hausse de la valeur de la production nationale
L’autre motif de satisfaction du ministre de l’Industrie pharmaceutique est celui d’avoir réussi à augmenter la production nationale. « C’est une augmentation très importante», a-t-il estimé. «En deux ans, la production nationale a augmenté de près de 50% en valeur. C’est dire que la régulation des importations ne s’est pas faite au détriment des disponibilités», a-t-il commenté, annonçant que le pays a pu réduire la facture des importations grâce à la production nationale. «En deux ans, la facture des importations des produits pharmaceutiques est passée de 2 milliards de dollars à environ 1,2 milliard de dollars, soit 800 millions de dollars de moins, c’est concret en termes de valeur ajoutée», selon Benbahmed. Il a tenu à préciser qu’«il ne s’agit pas de diminuer la facture au détriment de la disponibilité, mais l’importation doit être un complément à la production nationale». Il affirmé, dans ce sens, qu’il faut préserver les devises et les consacrer uniquement aux produits inexistants sur le marché algérien. «Nos ressources en termes de devise étrangère, nous les consacrons aux produits que nous n’avons pas dans notre pays, en application des instructions du président de la République. L’importation est le complément de la production nationale. L’objectif c’est de développer une production nationale à forte valeur ajoutée, créatrice de ressources et d’emploi», a-t-il souligné. n