Finis les contrats gaziers de vingt ans, vingt-cinq ans ou trente ans. Il ne s’agit pas, en fait, d’une remise à plat des contrats gaziers qui lient Sonatrach à ses partenaires, notamment européens, dont une grande partie arrivera à expiration en 2018 ou en 2019. Mais d’une reconsidération.

L’Algérie va reconsidérer les contrats gaziers à long terme, en misant désormais sur des durées de dix à quinze ans, a déclaré le P-DG de Sonatrach, Amine Mazouzi, vendredi 24 février, en marge des cérémonies de la célébration du 46e anniversaire de la nationalisation des hydrocarbures.
Et d’ajouter : « Notre pays se positionnera désormais aussi bien sur le marché spot que sur le long terme, en fonction de ses intérêts et de l’évolution des prix du gaz ». Si Sonatrach a opté pour une telle approche, c’est que l’évolution du marché l’y a contraint.
L’Algérie compte parmi les rares pays qui ont constamment encouragé le maintien des contrats à long terme. Elle a fort bataillé, dans le cadre du forum des pays exportateurs de gaz, pour que soient préservés les intérêts des fournisseurs gaziers. Mais le contexte a changé et « le chacun pour soi » – signe des temps présents – fait figure d’évidence.
Ainsi, le pays fait face, sur la plupart des marchés gaziers, à une concurrence déloyale où certains pays, la Russie et le Qatar en tête, bradent leurs gaz, faisant le jeu de pays consommateurs qui veulent du gaz à la carte, préférant le marché spot aux contrats à long terme.
De fait, l’Algérie ne pouvait pas aller à contre-courant d’un nouvel ordre établi dans le marché international du gaz. Elle doit s’y adapter.
Mourad Preure, expert averti en matière énergétique, soulignait, lors d’un débat télévisé il y a quelques jours, que Sonatrach doit faire preuve de grande résilience et se débrouiller sur le Vieux Continent dans le but de se frayer une place en aval. Elle pourrait ainsi, dit-il, « accueillir » le gaz qatari et russe et ne pas le « subir ». En termes simples, elle doit se poser en acteur à part entière sur ce marché, monter des alliances avec d’autres partenaires, vendre et revendre du gaz. Pour lui, il faut s’inscrire dans cette démarche, se départir d’un dogme, celui des contrats à long terme, devenus « obsolètes ». L’Algérie peut le faire, parce qu’elle en a les moyens. Le pays est connu pour sa richesse gazière et pour sa fiabilité en matière d’approvisionnement, notamment sur le marché européen. Il fait partie des importants partenaires énergétiques de l’Union européenne, et le gaz algérien est « nécessaire » pour contribuer à la démarche européenne de transition énergétique, déclarait récemment le Commissaire européen chargé de l’action climatique et de l’énergie, Miguel Arias Canente. Celui-ci expliquait que le gaz algérien représente «un composant du mix énergétique » lequel devrait permettre à l’Europe de réduire de « 40% ses émissions de CO2 à l’horizon 2030 ». Le responsable européen sait de quoi il parle : l’Algérie assure, à elle seule, entre 13 et 15% des besoins européens en gaz. Elle fournit du gaz à l’Europe à travers trois gazoducs dont deux (Medgaz et Pedro Duran Farell) desservant l’Espagne, et un troisième (Enrico Mattei) débouchant jusqu’en Italie via la Tunisie. Une position enviable, disent certains. La préserver, c’est faire des efforts supplémentaires dans les domaines de la production et de l’investissement et de donner de la consistance au partenariat stratégique entre l’Algérie et l’UE. Naturellement, dans cette relation, l’UE préserve ses intérêts, l’Algérie les siens, sur le long terme. Une des priorités des pays européens reste la sécurité énergétique. Celle-ci est au cœur de la mission de l’UE qui veut avoir une plus large disponibilité d’énergie propre, fiable et à des prix raisonnables. Si les prix élevés persistent, cela constitue pour elle un grave sujet d’inquiétude, car elle freine l’activité économique et la croissance. Elle demeure résolument déterminée (elle est dans son rôle) à agir pour faire en sorte que les approvisionnements soient suffisants, en arrivant de manière continue.