La Banque d’Algérie aurait fait appel aux services du Fonds monétaire international (FMI) pour trouver une solution au marché parallèle des devises. Une telle décision, rapportée par certains médias, soutiendrait les efforts afin de mettre fin à la double parité du dinar et venir à bout, par la même, à un fléau économique aux conséquences dramatiques pour l’économie et l’image de marque du pays. Les experts du FMI, mobilisés à cet effet, auraient déjà entamé, à la demande de la Banque centrale, une étude approfondie sur le marché informel des monnaies étrangères en Algérie afin de proposer des solutions de nature à éradiquer cette pratique antiéconomique. La Banque d’Algérie aurait demandé aux experts de l’institution de Bretton Woods de suggérer des pistes pratiques dont le but étant de faire migrer les quantités de devises évoluant dans les circuits invisibles de l’économie vers le canal bancaire.
Ce marché a pris, ces dernières années, des proportions inquiétantes traduites essentiellement vers son niveau de sophistication et les ramifications dont il dispose à l’étranger. Ce n’est pas la première fois que la Banque centrale tente une réponse à ce phénomène, mais les initiatives entreprises jusqu’ici n’ont jamais abouti pour des raisons inexpliquées. La dernière initiative en date consiste à agréer des bureaux de change privés, lesquels n’ont jamais vu le jour, bien que des agréments aient été accordés, en raison de la faible offre de devises et d’une rémunération marginale, fixée à 1% seulement, voici déjà quelques années. Mais il ne faut pas aller par quatre chemins pour expliquer la frilosité des investisseurs pour les bureaux de change privés. Toute l’histoire est en relation directe avec la prime appliquée sur le marché parallèle, beaucoup plus importante par rapport au taux de change officiel. Des réformes à la loi de 1996 ont été introduites en 2016 sans que cette évolution réglementation ne puisse libéraliser l’activité de change. Une réponse sécuritaire a été également tentée à maintes reprises, matérialisée par des descentes policières sporadiques sur certains hauts lieux du change parallèle. Ces tentatives réglementaires et sécuritaires se sont avérées sans réelle efficacité, étant donné le niveau de sophistication du marché et ses ramifications avec l’étranger.

La nature a horreur du vide

Les cambistes n’ont même plus besoin de s’afficher pour effectuer de grosses opérations de change en Algérie ou avec d’autres cambistes et/ou clients établis à l’étranger. Le phénomène de thésaurisation et la crise financière des années précédentes l’ont accentué bien que la source délictuelle de l’offre en devise, représentée par la surfacturation des importations, a perdu peu à peu de son poids sur le marché. Il faut dire les choses crûment, le marché informel des monnaies étrangères est né à l’ombre d’un marché officiel ne contribuant que faiblement à l’offre en devises au profit des catégories hors business. Dit autrement, les petits clients des cambistes du square Port Saïd ou des autres plaques tournantes du change parallèle parmi les étudiants, les vacanciers et autres voyageurs sollicitant les services de la médecine française, tunisienne, turque… n’ont de choix que de s’approvisionner au marché noir des devises, faute d’une offre bancaire suffisante.
Mais que peut donc faire le Fonds monétaire international face à un phénomène en perpétuel changement et en constante évolution ? Dans son rapport sur l’économie algérienne daté de 2018, l’institution de Bretton Woods avait déjà sonné le tocsin, alertant sur un marché des changes parallèle et illégal qui «semble gagner en ampleur et en sophistication» et dont la prime appliquée s’élèverait à environ 50 % du taux de change officiel. L’institution de Bretton Woods avait déjà tenté de comprendre le fonctionnement de ce marché noir des monnaies étrangères, estimant que l’offre de devises sur ce marché provient probablement, pour la majeure partie, de diverses sources, dont le rapatriement des retraites d’anciens expatriés algériens, les envois de fonds d’expatriés algériens actuels, la surfacturation des importations et les recettes touristiques qui échappent au secteur bancaire. Quant à la demande, celle-ci, selon le FMI, semble être alimentée par les opérations de change en vue de l’achat d’importations faisant l’objet de restrictions ou d’autres achats pour lesquels le bien-fondé de l’opération ne peut être établi, la fuite de capitaux pour investir à l’étranger ou échapper à l’impôt, et/ou comme réserve de valeur ainsi que par la spéculation sur les fluctuations des taux de change officiel et parallèle.

Le FMI avait déjà suggéré des solutions

Quoi qu’il en soit, en 2018 déjà, le FMI avait donné l’alerte, pointant un phénomène qui «complique la gestion macroéconomique car il alimente les anticipations inflationnistes, fausse la formation des prix et affaiblit les canaux de transmission de la politique monétaire». «Le recours au financement monétaire, qui risque d’exacerber les tensions inflationnistes, pourrait accroître la demande sur le marché parallèle, augmenter les primes appliquées au taux de change et encourager des comportements favorisant l’inflation (la surfacturation des importations, par exemple)», avait estimé le FMI. En guise de réponse, l’Institution avait suggéré aux autorités algériennes de procéder à un ajustement progressif du taux de change officiel, le relèvement des plafonds indicatifs des montants de devises que les voyageurs peuvent emporter et l’assouplissement des restrictions aux importations. Ces pistes de travail pourraient réduire l’ampleur du marché parallèle, mais ne suffiraient pas à l’éliminer. Selon les experts du FMI, l’unification des deux marchés ne sera possible qu’en libéralisant progressivement les transactions en capital, une mesure qui ne pourra être envisagée qu’une fois les conditions macroéconomiques devenues plus favorables. Dit autrement, il s’agit de libéraliser les mouvements de capitaux à travers une convertibilité totale du dinar. C’est une solution à double tranchant car contribuant, certes, à l’élimination du marché informel des devises, mais pouvant accélérer le mouvement de capitaux vers l’étranger, ce qui serait préjudiciable pour l’économie algérienne. En tout cas, les réponses du FMI à cette problématique sont en partie connues étant donné que les experts de cette institution ont déjà travaillé sur cette problématique et suggéré des pistes de travail. La question qui mérite d’être posée est celle de savoir si cette décision de la Banque centrale traduit une quelconque volonté officielle d’en finir avec ce fléau. Si c’était le cas, l’expertise du FMI ne connaîtrait-elle pas le même sort que celle de la Banque mondiale autour des subventions ?