Par Feriel Nourine
Les prix du gaz ont connu une forte hausse durant le premier trimestre 2021. Ils ont carrément doublé par rapport à la même période de l’année dernière, indique le Centre d’information international sur le gaz naturel Cedigaz dans sa dernière analyse trimestrielle du marché gazier, justifiant cette tendance haussière par les gros stockages opérés face à une forte demande hivernale de ce produit énergétique.
«Au premier trimestre 2021, le marché du gaz a été relativement tendu et les prix du marché ont été en moyenne deux fois plus élevés qu’au premier trimestre de l’an passé, et cela dans un contexte de forte demande hivernale qui a nécessité un recours accru aux stockages», relève, en effet, Cedigaz.
Et de préciser qu’à la mi-janvier, les prix spot asiatiques se sont envolés à des niveaux historiques (30 $/MBtu) lors d’une vague de froid extrême, en particulier en Chine. Le prix spot européen TTF a, lui aussi, bondi en début d’année jusqu’à un pic de 9 $/MBtu le 12 janvier, son plus haut niveau depuis décembre 2019.
Ces prix se sont repliés par la suite avec la remontée des températures et au moment où les acheteurs commençaient à anticiper les livraisons pour le printemps prochain, une période qu’ils considèrent moins tendue, note encore le rapport. En février, poursuit-on, la vague de froid polaire historique qui a frappé les Etats-Unis a conduit à des niveaux record de prix. Un pic à 23 $/MBtu a été atteint le 17 février, Le Henry Hub s’est établi en moyenne à 5,4 $/MBtu en février, son plus haut niveau depuis février 2014.
Le prix spot européen TTF est resté à un niveau élevé en mars à plus de 6 $/MBtu, un niveau proche du prix spot asiatique. Durant la première quinzaine de mars, le TTF a même dépassé le prix spot asiatique pour la première fois depuis mai 2020. «Ceci a contribué à la robustesse des prix asiatiques, qui restent sous tension à la hausse du fait de la forte demande chinoise et de l’augmentation des prix du pétrole», souligne Cedigaz.
L’évolution à la hausse du marché gazier durant les trois premiers mois de 2021 devrait se poursuivre, prévoit-on. Les niveaux de prix seront «toujours élevés» dans les prochains mois, ce qui maintiendra les prix de marché européens et asiatiques «à des niveaux environ deux fois plus élevés» qu’en 2020, lit-on dans le rapport. Lequel table également sur une évolution dans la même tendance du prix américain Henry Hub, avec un taux de 53% «en raison de l’augmentation des exportations de GNL combinée à une production gazière domestique stable», explique-t-il.
Les prévisions de Cedigaz sont justifiées par les perspectives positives du côté de la demande. Celle-ci devrait augmenter grâce à la levée des restrictions sur l’industrie et l’activité économique attendue des taux de vaccination anti-coronavirus en hausse, explique le centre, avant de noter une évolution également haussière pour les prix des contrats long terme indexés aux prix du pétrole, et ce depuis octobre 2020.
Le rapport du centre d’informations spécialisé dans le marché gazier note, cependant, une baisse de l’offre mondiale de GNL durant le premier trimestre de l’année en cours. Laquelle est estimée à 3% par rapport à 2020. «C’est en janvier que la baisse a été la plus marquée (- 8 %). L’offre de GNL disponible a été limitée à cause notamment d’une interruption prolongée sur l’usine norvégienne de Hammerfest et des problèmes récurrents sur certaines unités australiennes (Gorgon, Wheatstone)», précise-t-on. S’en est suivie une reprise en février, puis en mars, avec un retour de la demande mondiale de GNL qui est revenue au niveau de l’année précédente pour la première fois depuis octobre avec des livraisons en hausse vers tous les grands marchés consommateurs, ajoute-t-on.
«Le commerce du GNL est amené à connaître un dynamisme croissant dans les mois à venir, l’offre de GNL étant fortement soutenue par les usines américaines. Ces perspectives haussières du côté des exportations américaines contribuent à limiter la hausse des prix du gaz envisagée cette année», prévoit, à ce propos, la même source, et les importations européennes de GNL, qui ont déjà fortement augmenté en mars, devraient donc rester élevées cet été, risquant même de créer une concurrence avec l’Asie», souligne le rapport. «L’évolution de l’approvisionnement européen et les tendances des prix dépendront fortement de la stratégie commerciale de Gazprom qui peut faire concurrence au GNL», conclut-il.