Profitant d’une conjoncture marquée par une forte demande européenne, Sonatrach va à l’offensive et entend investir davantage dans la production d’hydrocarbures, le gaz en particulier. Le groupe public entend s’appuyer sur son partenariat stratégique avec l’Italien ENI pour exploiter les opportunités du marché gazier international.

Par Hakim Ould Mohamed
Depuis Ouargla, où il a inauguré, jeudi, un laboratoire spécialisé dans l’énergie solaire et posé la première pierre d’une seconde centrale solaire photovoltaïque de 10 mégawatts, le PDG de la compagnie publique des hydrocarbures, Toufik Hakkar, a souligné que «les indicateurs du marché énergétique international constituent une opportunité en or pour les deux compagnies afin de produire davantage de gaz naturel et d’accompagner la transition énergétique en Europe et en Algérie». Dans ce sens, le PDG du groupe Sonatrach n’a pas manqué de rappeler le potentiel existant en hydrocarbures conventionnel et non conventionnels en Algérie, comme pour dire le rôle que pourra jouer l’Algérie sur l’échiquier gazier européen dans les années à venir, assurant qu’il s’agit, sans l’ombre d’un doute, d’un marché «très important en termes de demande de gaz sur les dix prochaines années».
Sonatrach compte ainsi sortir le grand jeu pour les prochaines années, en s’appuyant sur son partenariat stratégique avec ENI pour conquérir de nouvelles parts de marché à l’international, notamment sur le Vieux Continent. Toufik Hakkar a, d’ailleurs, salué «les décisions stratégiques d’ENI d’investir dans les hydrocarbures» et qui «ont donné leurs fruits», précisant que «l’investissement dans le pétrole et le gaz est stratégique, car la demande va augmenter». Les deux partenaires bénéficient de l’envolée des cours de l’énergie sur les marchés mondiaux, notamment en Europe, marché traditionnel de l’Algérie, où les parts de marché de l’Algérie en matière d’approvisionnement de gaz naturel ont atteint 10,7% au premier semestre de l’année en cours. Les ventes de gaz algériens à l’Italie ont bondi de 20% jusqu’ici et devraient atteindre 25,2 milliards de mètres cubes cette année, en hausse par rapport aux volumes expédiés l’an dernier et qui ont totalisé 20,9 milliards de m3.
En plus des volumes supplémentaires acheminés à destination de l’Italie, l’Algérie entend alimenter d’autres pays en s’appuyant sur le gazoduc transmed et son partenaire italien ENI. Les producteurs du gaz et du pétrole en Algérie, dont ENI, figurent parmi les gagnants de la crise énergétique actuelle. Dans ce contexte porteur, les deux partenaires, Sonatrach et ENI, ont, à nouveau, plaidé en faveur de la consolidation de leur partenariat afin de tirer profit d’une demande qui va crescendo et qui devrait croître davantage dans les dix prochaines années.

ENI investira 1,6 milliard de dollars en Algérie cette année
Le PDG du Groupe ENI, Claudio Descalzi, a mis en avant les «relations historiques» existant entre les compagnies des deux pays, rappelant, à la même occasion, la «collaboration stratégique» qui lie les deux pays en termes de livraisons de gaz naturel. Claudio Descalzi a souligné que «l’Algérie, à travers Sonatrach, représente un fournisseur fiable du gaz pour l’Italie depuis de nombreuses années, exprimant, à nouveau, la confiance de ENI dans le marché algérien et annonçant l’engagement de son groupe à investir 1,6 milliard de dollars cette année en Algérie. De quoi participer à l’effort de recherche, d’exploration et de développement de projets d’hydrocarbures en Algérie, tel qu’exigé par l’Algérie à la partie européenne en contrepartie d’une hausse des volumes de production et d’exportation à destination du Vieux Continent. ENI montre la voie. La nouvelle loi sur les hydrocarbures a été conçue dans le but d’élever le niveau d’investissement dans l’amont pétrolier et gazier à travers d’importants avantages concédés aux compagnies.
Le contenu et les objectifs de cette nouvelle loi sur les hydrocarbures pour la relance des activités de recherche et d’exploitation d’hydrocarbures en Algérie ont été présentés, jeudi, par le ministre de l’Energie et des Mines, Mohamed Arkab, à une délégation d’Equinor qui séjourne en Algérie. Conduite par le vice-président exécutif chargé de l’exploration et de la production internationales, Al Cook, la délégation du groupe norvégien a été reçue, jeudi, par le ministre de l’Energie et des Mines. Lors de cette audience, «les deux parties ont passé en revue l’état des relations de coopération bilatérales dans le domaine de l’énergie, notamment l’exploration et la production des hydrocarbures en Algérie et à l’internationale», lit-on dans un communiqué du département de Mohamed Arkab.
Les responsables d’Equinor, une compagnie présente dans des projets gaziers sis à In Salah et à In Amenas, ont réitéré l’engagement du groupe à renforcer sa coopération avec Sonatrach sur des projets autres qu’hydrocarbures en Algérie, à savoir des projets d’énergies nouvelles et renouvelables dont ceux de l’énergie solaire, le développement de l’hydrogène et la formation. De prime abord, le renforcement des liens existants suppose une présence plus importante des Norvégiens dans l’amont gazier, à travers une participation à l’effort de recherche, d’exploration et de développement de nouveaux projets gaziers en Algérie. Ce serait déjà acquis, ce qui permettrait à l’Algérie de renforcer sa force de frappe sur l’échiquier gazier européen, lequel devrait connaître dans quelques semaines des bouleversements majeurs si les Européens venaient à plafonner les prix du gaz acheté à la Russie. Ce contexte d’une forte volatilité du marché place l’Algérie au cœur des projets gaziers européens, d’autant plus qu’il s’agit d’un combustible idéal pour migrer vers la transition énergétique tant espérée. n