Alors que les prix du gaz naturel en Europe ont augmenté de près de 400% depuis le début de l’année après cinq années de relative stabilité, les prix pratiqués dans les contrats de long terme sont remis en cause par la flambée des cours mondiaux. Ce pourquoi, les principaux fournisseurs du Vieux Continent, dont l’Algérie, estiment qu’il y a un juste milieu à quêter et à négocier avec les clients. Ces derniers brandissent, quant à eux, la carte de la sécurité énergétique et celle de l’impératif de ne pas gripper le moteur de l’économie mondiale, en rémission des conséquences de la crise sanitaire.

Par Hakim Ould Mohamed
C’est le sens à donner, justement, aux deux interventions, lundi, du ministre de l’Energie et des Mines et d’une source autorisée du secteur à travers un communiqué. Le ministre de l’Energie et des Mines était le premier à avoir ouvert le débat sur les prix du gaz pratiqués, actuellement, sur le marché européen et ceux prévus par les contrats de long terme conclus par l’Algérie avec ses clients européens. Selon Mohamed Arkab, l’Algérie, à travers l’entreprise nationale des hydrocarbures Sonatrach, discute avec ses clients des moyens de s’adapter aux changements actuels que connaît le marché gazier. «Nous sommes en discussion avec nos clients sur la façon de s’adapter aux changements du marché. Il faut savoir que dans ce cadre, l’Algérie reste fidèle à ses engagements en termes de fourniture de gaz.» Le ministre s’est contenté de parler de l’importance des contrats de long terme pour garantir la sécurité énergétique, laissant ainsi le soin à une source autorisée du secteur d’évoquer la nécessité d’ouvrir des négociations avec les pays clients autour de la question de la tarification du gaz vendu à l’Europe. «Il y a un grand changement dans le marché pétrolier et surtout gazier, qui a poussé Sonatrach à ouvrir des discussions avec ses clients, mais je vous assure que l’Algérie, via Sonatrach, est toujours fidèle à ses engagements contractuels», a indiqué le ministre de l’Energie, jeudi, en marge d’une rencontre régionale tripartite entre la Commission de régulation de l’électricité et du gaz (CREG), les associations de protection des consommateurs et les directions de l’énergie. Plus tard dans la journée, un communiqué citant une source du secteur de l’énergie est allé jusqu’à évoquer la tarification actuelle du gaz qui doit être révisée de façon à ce que les fournisseurs et les clients puissent trouver un juste équilibre nécessaire à pérenniser les investissements dans l’amont pétrolier et gazier.

Quêter un point d’équilibre juste et acceptable
En effet, de l’avis de cette source autorisée du secteur, les contrats à long terme de livraisons gazières, conclus par Sonatrach avec la majorité de ses clients, garantissent un «mécanisme de concertation continu» entre l’acheteur et le vendeur. Ce mécanisme permet aussi de rechercher «un point d’équilibre juste et acceptable» qui est, selon la même source, essentiel pour pérenniser les investissements dans l’amont gazier, lesquels sont vitaux pour assurer la sécurité de l’approvisionnement futur. Les contrats à long terme, explique la même source, ont constitué «un cadre ayant permis d’offrir des assurances nécessaires aux producteurs pour consentir les investissements requis aussi bien en amont qu’en aval». Ils ont «permis aussi aux clients de s’assurer une source d’approvisionnement sûre et fiable d’une énergie conforme aux exigences en contrepartie d’un prix confortable au consommateur final des clients de Sonatrach», a-t-on observé. Moralité : les entreprises de production et leurs clients en charge de la distribution sur le marché européen doivent ouvrir des discussions sur la tarification à pratiquer dans une situation de tension sur l’offre et d’une hausse fulgurante des prix. Au vu de la situation actuelle du marché gazier, Sonatrach a engagé des discussions avec ses clients dans le but de «dégager des actions devant permettre de garantir aux clients un approvisionnement sûr et stable et au producteur une visibilité devant lui permettre de consentir les investissements nécessaires», a indiqué la même source. Dit autrement, la forte volatilité que connaît actuellement le marché gazier européen n’est ni dans l’intérêt des consommateurs ni dans celui des producteurs. Plusieurs facteurs sont à l’origine de la forte hausse des prix sur le marché européen, dont le rebond rapide de la demande de gaz dans une économie européenne post-Covid en amélioration, une forte hausse des taxes carbone en Europe et l’incertitude sur l’approvisionnement. Cependant, quelle qu’en soit la cause, cette hausse soudaine des prix de l’énergie de cette ampleur représente une source d’instabilité qui pourrait lézarder la reprise économique mondiale et précipiter les producteurs et les consommateurs dans un déficit de perspectives. n