De mémoire de patron de pêche, jamais la sardine ne s’est faite aussi rare sur les côtes algériennes au point où, ces derniers jours, les sardiniers reviennent pratiquement bredouilles de leur sortie en mer.

Selon quelques-uns, amarrés dans les ports de Béni Saf, Mostaganem et Kala, où la pêche de la sardine est la principale activité, contactée hier par Reporters, «cette fois ce n’est pas le mauvais temps qui est mis en cause, mais cette rareté s’explique vraisemblablement par la cassure de la chaîne de reproduction de la sardine. Et il ne faut plus s’étonner donc si la sardine coûte à quai 1 000 DA».
A titre d’exemple, selon Nabil Maamar, patron de pêche à Mostaganem, «les meilleurs volumes de pêche que rapportent ces dernières semaines l’ensemble des sardiniers, ancrés dans notre port, ne dépassent guère les 10 caisses. C’est dire que la sardine se fait de plus en plus rare. Et quand bien même nous changeons à chacune de nos sorties en mer de périmètres de pêche, réputés jusqu’ici par leur richesse en sardine, c’est le même résultat, nos filets remontent pratiquement vides». Poursuivant dans ce sens : «A notre retour avec des empilements de caisses vides, les marins auront très vite fait de débarquer la dizaine tout ou plus de caisses pleines sous l’œil déçu des rabatteurs et mandataires. Lesquels espéraient un déchargement plus important, synonyme de gain.»
Notre locuteur nous informe enfin qu’«à raison de 6 000 DA la caisse elle ne tarde pas à être adjugée». Du côté du célèbre port de pêche de Beni Saf, c’est le même constat ces derniers jours, nous révèle le patron de pêche Mohamed Boucif. «Les très maigres volumes de sardines pêchés ont fait flamber les prix. Les rares caisses cédées à près de 7 000 DA l’unité ont vite fait de trouver preneur. Je me demande d’ailleurs qu’elle est cette clientèle qui va se permettre d’acheter de la sardine» à tout au moins 1 200 DA le kilogramme si ce n’est plus. Ce sera certainement pas celle à moyen revenu, les faibles étant exclus depuis belle lurette. Il ne restera plus que les restaurateurs». Non sans lâcher enfin : «Les prix ne sont pas près de descendre tant que le cycle de reproduction de la sardine n’est pas protégé. Pour ce faire, il faudra que toutes les parties prenantes s’impliquent car chacune à sa part de responsabilité dans la rareté de la sardine».
Le président de la Commission nationale de la pêche, Hocine Bellout, contacté par nos soins, nous a éclairés sur la tendance à la baisse de la pêche de la sardine, disant en substance : «Cela rien d’étonnant que la sardine se fait rare. Il n’y a qu’à voir comment elle se pratique sans aucune règle de sauvegarde, non sans parler des pratiques illicites, notamment l’utilisation de filet strictement interdite à la pêche à la sardine. Et d’autres dérives.» Ajoutant : «A ce train et si on laisse faire, la sardine va devenir introuvable. Pour la consommer il faudra y mettre le prix. Nous en avons déjà un aperçu avec la sardine à 1 200 DA le kilogramme !» Il importe de savoir que le ministre de la Pêche et des Ressources halieutiques Sid-Ahmed Ferroukhi a livré son approche sur la question de la cherté actuelle de la sardine. C’était lors de son passage, hier, sur les ondes de la Radio nationale, Chaîne I.
Rappelant à l’entame de son intervention que le problème du prix de la sardine en Algérie reste posé depuis près de 10 ans, mais tout en signifiant que d’autres pays «enregistrent également des prix élevés de la sardine». Comme il a soutenu que la flambée actuelle du prix de la sardine sur les étals des poissonneries «est due essentiellement à des facteurs naturels et environnementaux visant à préserver les ressources halieutiques, qui sont à leur limite, notamment au niveau du littoral». Sur ce dernier point, le ministre a rappelé : «C’est un problème qui se pose même pendant le période de la pêche.»
A la question de savoir comment freiner cette hausse du prix de la sardine ou tout au moins faire en sorte qu’elle ne se répète pas, le premier responsable du secteur de la pêche préconise «de trouver des alternatives à la pêche sur le littoral en élargissant l’activité au large». Car, pour lui, «cela permettra également de fournir d’autres variétés de poissons notamment le poisson bleu errant».
Sid-Ahmed Ferroukhi a, en outre, indiqué concernant la cherté de la sardine que cette tendance à la hausse est perceptible même en période où la pêche de la sardine bat son plein, c’est-à-dire de mai à novembre. Devant ce constat, le ministre juge qu’il devient crucial de faire en sorte que la gestion de l’activité de la pêche devienne transparente. Dans cette perspective, le ministre a annoncé qu’un plan allait être proposé au gouvernement. «Il consistera en développement de l’industrie et la construction navale, permettant aux marins pêcheurs de pratiquer leurs activités en haute mer», a-t-il dit en fin d’émission. n