Par Feriel Nourine
Alors qu’ils espéraient faire entendre leur voix et sensibiliser les autorités concernées, après l’impressionnante marche organisée dimanche à Alger et le rassemblement qui s’en est suivi au niveau du siège de la Direction générale de la Protection civile (DGPC), voici que les agents de la Protection civile font face à une riposte dosée de vives critiques en provenance de leur tutelle.
En effet, le ministère de l’Intérieur a annoncé hier lundi la suspension de 230 agents de la Protection Civile ayant participé à la marche et des poursuites judiciaires contre eux « en vertu de l’article 173 » de la loi sur la fonction publique. Le ministère a également appelé ce corps à ne pas « s’aligner aux appels désirant porter atteinte à la stabilité de cette institution.
Dimanche dernier, la DGPC a réagi à la manifestation organisée par les pompiers en reconduisant les promesses faites au lendemain de leur sit-in observé une semaine auparavant, et en réaffirmant que « toutes les revendications de ses agents, inscrites dans le Statut particulier et exprimées lors de sit-in de protestation, seront satisfaites dès l’examen des statuts ».
En revanche, le ministère de l’Intérieur a, quant à lui, opté pour une riposte qui condamne systématiquement l’option choisie par les Tuniques rouges d’exprimer dans la rue leurs revendications socioprofessionnelles. Une décision sévère qu’il vient de confirmer en sanctionnant les 230 pompiers et en les poursuivant en justice.
Avec quelles conséquences ? Pour la réponse à cette question, il faut attendre l’évolution du terrain et les médiations certainement entamées par la direction du corps pour calmer les esprits et détendre le climat. Tout dépendra également de l’effet qu’aura la réaction de l’Intérieur sur la mobilisation chez les pompiers. Autrement, les lignes sont claires car pour le département de Kamel Beldjoud, les sit-in de protestation organisés les 18 et 25 avril dernier par les agents de la Protection civile, tout comme la marche et le rassemblement auxquels ils ont eu recours, constituent « une violation inadmissible en leur qualité de corps constitué particulier », indique un communiqué du même ministère publié dimanche en soirée. A cet effet, les centaines de contestataires ayant choisi cette démarche pour arracher « leurs droits » sont appelés à « renoncer au mouvement », souligne la même source, avant de les mettre en garde en indiquant que « la tutelle observe le droit de prendre les mesures légales à cet effet ». En ce sens, le ministère de l’Intérieur soutient que ce mouvement de protestation est « contraire à la loi 02-90 relative à la prévention et au règlement des conflits collectifs de travail et à l’exercice du droit de grève, notamment l’article 43, ainsi qu’à l’article 23 du statut particulier des fonctionnaires relevant des corps de la Protection civile ».
Il estime que le mouvement de protestation des pompiers est « nourri par des parties servant des agendas hostiles à l’égard de l’Algérie » sans, toutefois, désigner les parties incriminées. Et si ce mouvement est accusé de la sorte par le ministère de l’Intérieur, c’est parce qu’« il intervient au moment où la tutelle a procédé à l’examen des préoccupations socioprofessionnelles des affiliés de ce corps et à la prise en charge des revendications soulevées dans le cadre de la loi, comme affirmé par le Syndicat national des agents de la Protection civile publié le 29 avril 2021 », lit-on encore dans le communiqué. Or, le syndicat auquel il est fait référence se trouve, justement, rejeté par les agents protestataires. Ces derniers l’ont d’ailleurs clairement exprimé dimanche en scandant, entre autres slogans « Naqaba dialkoum, jamais tmetalna ! » (votre syndicat ne nous représentera jamais), « dégage naqaba !».
De son côté, la DGPC rappelle ses engagements, mais n’hésite pas à inscrire ses appels dans le même ordre de discours développé par sa hiérarchie ministérielle. Prônant « la discipline et le sens élevé de responsabilité, reconnus aux enfants du secteur », la Direction générale de ce corps en grogne ne manque pas de partager la thèse développée par la tutelle, en ce sens qu’elle appelle les agents protestataires à « ne pas céder aux publications subversives visant à semer la confusion et le chaos et à attenter à la stabilité de la patrie ». Le DGPC insiste, néanmoins, sur la prise en charge des revendications exprimées en assurant qu’elles « ont été soumises aux autorités concernées et qu’une commission se penche sur leur examen ».
Des revendications socioprofessionnelles qui ont fait sortir de leurs casernes les Tuniques rouges et leur ont fait choisir la protestation comme mode opératoire. Après deux sit-in organisés les 18 et 25 avril dernier, ils sont passés à la contestation par une marche dans la capitale, dimanche, à travers laquelle ils ont tenté de rejoindre la Présidence de la République. Face aux cordons de sécurité dressés sur leur chemin par les forces anti-émeutes, dont certains n’ont pas hésité à user de gaz lacrymogènes, ils ont fini par changer de destination et se diriger vers le siège de la DGCP.
Les doléances des pompiers portent notamment sur le relèvement du salaire de base de 15 660 à 24 000 DA, de la valeur du point indiciaire de 45 à 90 DA avec l’annulation de l’impôt sur le revenu et l’augmentation de la prime de rendement à 40%, l’octroi de la prime de contagion au vu des « dangers et des diverses maladies infectieuses » auxquels est exposée la corporation dans l’accomplissement de ses missions, le versement de la prime Covid-19 promise par le président de la République, l’ajustement des heures de travail supplémentaires » ou encore la mise en place d’un système de promotion en passant par le concours professionnel, « tel que défini dans les statuts». n