Pour ce énième mardi de mobilisation estudiantine, le moins que l’on puisse dire est que l’ambiance festive était bel et bien au rendez-vous. Arrivés sur place aux alentours de 9h, armés de banderoles, pancartes et beaucoup de détermination et d’enthousiasme, les manifestants ont commencé à se rassembler au niveau de la place Audin.

Le dispositif sécuritaire déployé est juste impressionnant, alors que l’accès au tunnel des facultés est toujours bloqué. Un important barrage est installé au niveau de la place de la Grande-Poste empêchant les étudiants d’accéder aux marches de la bâtisse, pourtant barricadée. Un autre barrage est installé au niveau du boulevard Zighout-Youcef pour empêcher l’accès à la place des Martyrs, l’autre lieu de prédilection des marcheurs.
En scandant « Makach intikhabat ya issabat» et «Djeïch chaâb, khawa khawa, Gaïd Salah maâ el khawana», les étudiants remontent l’avenue Pasteur. Se retrouvant face aux forces de l’ordre, ils redescendent vers Audin, en empruntant un passage par la fac centrale. Les marcheurs marquent une halte, bien animée par des chants patriotiques mais surtout des chants politiques tout droit sortis des stades. Après avoir chanté « la Casa d’El Mouradia », devenue l’hymne du Hirak, les manifestants s’appliqueront à répéter le dernier tube du groupe Ouled el Bahdja « Aam saïd » ou « bonne année ». Les youyous fusent de partout, tout le monde chante à tue-tête, tandis que les citoyens qui observent des balcons aspergent les manifestants d’eau pour les rafraîchir. « Maranech habssine, fi ramdhane, khardjine », «Tetnahaw gaâ», ces deux slogans ont été aussi très entendus lors de cet important rassemblement qui a drainé des foules d’étudiants et même des citoyens lambdas qui se sont transformés de spectateurs en manifestants. «Que Dieu vous bénisse mes enfants, vous allez les rendre fous… On les aura à l’usure », a lancé une vieille dame à un groupe de jeunes manifestants, avant de se mettre, elle aussi, à scander «daoula madania machi asskaria».
Encerclés par les forces de l’ordre, les étudiants n’ont nul autre choix que de mettre le feu sur place au niveau de la rue Khemisti. Nullement intimidés par les forces de l’ordre, les étudiants tenteront quand même une marche en direction de la place des Martyrs mais seront stoppés net au premier virage. « Ils peuvent fermer toutes les routes qu’ils veulent, mais ils ne pourront pas nous faire taire », lance une jeune étudiante à son camarade, qui réplique : « On va monter le ton, ils vont avoir mal à la tête ». De la motivation, les étudiants ont bien montré qu’ils en ont à revendre, et cela en maintenant leur mobilisation aussi intacte que le premier jour. « Il n’y aura pas de relâchement, cela je peux vous l’assurer.
On ne va pas lâcher prise, pas d’élection, pas de Bedoui, pas de Bensalah. Qu’ils nous laissent tranquilles construire notre avenir », a déclaré Sofia, étudiante en pharmacie. Sous les rythmes de la zorna et de la derbouka, un groupe d’étudiants, qui s’est improvisé meneur, fait le show sous les regards amusés des passants qui filment la scène via leurs portables. Malgré la chaleur étouffante, un léger parfum d’eau de rose plane dans les airs, des personnes ont mélangé de l’eau de rose à l’eau pour rafraîchir les manifestants. De leurs côtés, les secouristes se sont éparpillés un peu partout dans les rangs des manifestants pour leur porter secours en cas de malaise. « Je suis là à chaque rassemblement. Avec le jeûne, le risque de malaise est augmenté. Nous avons eu quelques cas d’évanouissement dus à des chutes de tension, mais rien de bien alarmant », nous confie une jeune secouriste avec sac au dos et une bouteille de vinaigre à la main.
Aux alentours de 13h, les manifestants entonnent l’hymne national signant ainsi la fin de la mobilisation, même si d’autres petits groupes ont préféré continuer en solo. Epuisés, les étudiants élisent domicile au jardin Khemisti, où ils s’allongent sous les arbres et se lavent le visage à la fontaine. Une autre journée de mobilisation bien réussie, en attendant l’arrivée de vendredi pour une marche qui s’annonce déjà grandiose. n