L’euro et le dollar, à un degré moindre, se renforcent davantage face au dinar au marché informel des changes ; la dégringolade de la monnaie nationale devant s’accélérer dans les semaines à venir, suivant la courbe du change officiel qui, elle, est annonciatrice d’une politique de dévaluation, décidément, clairement assumée par le gouvernement.

Les incertitudes macroéconomiques ont renforcé la politique monétaire mise en place au lendemain du choc pétrolier de 2014. Hier, sur le marché parallèle des changes, interdit par la loi mais toléré par les autorités, l’euro s’échangeait contre 211 dinars, un plancher jamais vu depuis janvier 2020, alors que le dollar valait 173 dinars, confirmant une tendance en faveur de la stabilisation de la parité dinar-dollar. Les deux principales devises sont soutenues essentiellement par l’espoir d’une réouverture des frontières suite aux campagnes de vaccination lancées un peu partout à travers le monde. La dépréciation du dinar aurait pu être bien plus soutenue si le rythme des vaccinations était plus accéléré en Europe. «Il est clair que cette hausse des cours de l’euro et du dollar d’un degré moindre aurait pu être plus soutenu, mais l’espoir d’une réouverture des frontières d’ici l’été est là», nous explique un cambiste du square Port-Saïd, joint par téléphone. La dépréciation carbure, bien que la vitesse de croisière ne soit pas encore atteinte. «Le cours du dinar par rapport à l’euro pourrait atteindre facilement les 250 dinars-1 dollar. C’est une prévision réaliste. Sur le marché officiel des changes, la tendance vers la dépréciation s’accélère aussi et rien ne semble l’arrêter. Le marché parallèle réagit, certes, au principe de l’offre et la demande ainsi qu’à l’effet psychologique de certains évènements et décisions, à l’image de l’institution d’une loi autorisant l’importation de véhicules de moins de trois ans, mais il suit aussi les tendances sur le marché interbancaire», estime un autre cambiste. La valeur des deux principales devises, l’euro et le dollar en l’occurrence, a repris du poil de la bête depuis quelques semaines déjà suite à l’espoir ressuscité par le vaccin anti-covid. Les échanges au square Port-Saïd ont retrouvé un niveau proche de celui d’avant la crise sanitaire, lorsque la monnaie unique valait 210 dinars, alors que le billet vert évoluait de 175 à 179 dinars. Sur le marché officiel des changes, les dernières cotations publiées par la Banque centrale levaient le voile sur une dévaluation franche et sans ambiguïté, fixant la valeur de l’euro à 168 dinars et celle du dollar à 136 dinars. Le cadrage macroéconomique de cette période anticipe d’importants mouvements baissiers du dinar dès 2021, à raison de 142,20 DA pour un dollar en moyenne l’an prochain, 149,31 DA/dollar en 2022 et 156,78 DA/dollar en 2023. Cette tendance pour la dévaluation était pour le moins prévisible en l’absence de réformes structurelles et d’ajustements budgétaires. Les institutions de Bretton Woods avaient appelé ouvertement à une dépréciation du taux de change du dinar, laquelle «pourrait apporter une nouvelle bouffée d’oxygène», estiment les experts de la Banque mondiale, alors que son institution jumelle, le Fonds monétaire international (FMI), relève dans sa dernière note sur l’évolution des perspectives économiques de l’Algérie qu’une «dépréciation progressive du taux de change, accompagnée de mesures visant à éliminer le marché des changes parallèle, favoriserait les mesures d’ajustement».