Le ministre du Commerce a estimé que « le dinar est probablement surcoté sur la place officielle et son véritable niveau est probablement plus proche de celui du marché parallèle ».

Sur le marché interbancaire des changes, la valeur de l’euro est fixée cette semaine à 147,79 dinars à la vente. Du jamais vu. La monnaie nationale s’effondre face à l’euro. Il est vrai que dans les bourses mondiales, l’euro signe une progression spectaculaire face à un dollar en détresse, mais cette fulgurante ascension de la monnaie unique, à son plus haut niveau en trois années contre le billet vert, ne peut expliquer, à elle seule, l’agonie du dinar. La Banque d’Algérie serait en partie aux manœuvres, étant donné que cette dévaluation participe à une tentative d’amortir l’effet du contrechoc pétrolier sur l’économie. Hier, sur le marché officiel des changes, la Banque centrale levait le voile sur une nouvelle dépréciation de la monnaie nationale face à la principale devise du Vieux Continent. Dans ses cotations hebdomadaires des billets de banque et des chèques de voyage, valables du 28 janvier au 3 février 2018, la Banque d’Algérie crée la surprise : la valeur de l’euro est de 139,27 dinars à l’achat et de 147,79 dinars à la vente. Ainsi, la monnaie unique signe un bond spectaculaire face au dinar, sur le marché interbancaire des changes, à un moment où, sur les places boursières internationales, elle se perche sur un sommet de trois ans face à sa contrepartie américaine. Durant la semaine dernière (allant du 21 au 27 janvier 2018), la valeur de l’euro était de 137,80 dinars à l’achat et de 146,27 dinars à la vente. Depuis le début de l’année dernière, l’euro a repris sa marche en avant, laissant derrière lui un dinar en forte dépréciation depuis la mi-2014. Son ampleur est d’autant plus grande que le taux de change est passé de un (01) euro pour 107 dinars en juin 2014 à un euro pour 147,79 dinars aujourd’hui. En variation mensuelle, l’euro a fortement évolué également, passant d’un taux de change d’un (01) euro pour 135,40 dinars à l’achat et de 143,70 dinars à la vente (cotations du 31 décembre 2017 au 6 janvier 2018). Sur une année, la dépréciation du dinar est encore plus perceptible, puisque la monnaie unique s’échangeait contre 115,42 dinars à l’achat et contre 122,51 dinars à la vente durant la semaine allant du 29 janvier au 4 février 2017. A l’inverse, le dinar grappillait quelques gains cette semaine face au dollar américain qui n’a jamais été en si mauvaise posture sur le marché de cotation mondial. La valeur du dollar est fixée à 111,61 dinars à l’achat et à 118,42 dinars à la vente. La semaine dernière, la valeur du dollar était fixée à 112,37 dinars à l’achat et à 119,23 dinars à la vente. Il y a un mois, la valeur du dollar était fixée à 113,20 dinars à l`achat et à 120,11 dinars à la vente, tandis qu’en variation annuelle la valeur du dollar est passée de 114,76 dinars en moyenne à 118,42 dinars aujourd’hui. Durant les deux années ayant suivi le contrechoc pétrolier de juin 2014, le dinar se dépréciait continuellement, passant d’un taux de change d’un (01) dollar pour 78 dinars en moyenne en juin 2014 à 87 dinars en décembre de la même année à 118 dinars cette semaine. La monnaie nationale est pénalisée par certaines mesures monétaires qui sont de nature à amortir les effets du contrechoc sur l’économie. Autrement dit, une surévaluation du dinar en ces temps de tensions financières est nuisible à l’économie du pays puisqu’elle subventionne les importations au détriment de la production nationale et de fait diminue les recettes en dinar de la fiscalité pétrolière. Le ministre du Commerce, Mohamed Benmeradi, a tenté, hier, d’expliquer à sa manière qu’il était peu judicieux de continuer à lutter contre la hausse effrénée de la facture des importations avec un dinar surcoté. Le ministre a estimé que « le dinar est probablement surcoté sur la place officielle et son véritable niveau est probablement plus proche de celui du marché parallèle». Son point de vue laisse beaucoup de questions en suspens sur l’issue de cette dévaluation à laquelle s’adonne la Banque centrale depuis 2014. Le ministre du Commerce exprime probablement l’avis de tout le gouvernement qui trouvait que le dinar est encore surévalué et souhaitait le voir baisser davantage. Sur le marché informel des devises, déclaré officiellement illégal mais toléré par les autorités publiques par le fait qu’il soit une offre complémentaire aux ressources du marché officiel, un euro s’échangeait, hier, contre 204 dinars, tandis qu’un dollar s’échangeait contre 171 dinars.