Les dernières tendances du marché du travail local poussent à l’inquiétude car, non seulement l’offre continue d’être en deçà pour les primo demandeurs d’emplois, mais aussi la formation qualifiante reste en totale déconnexion avec les réalités des besoins du pays.

Par Bouzid Chalabi
C’est le constat de spécialistes dans le secteur de l’emploi et du recrutement par la voie de la plateforme numérique. Lesquels étaient invités à se prononcer sur l’état des lieux du marché local de l’emploi à l’occasion de la tenue, hier à Alger, de la 8e édition du forum « Rakmana» organisé par le Groupement algérien des acteurs du numérique (GAAN) sous le thème «Emploi et formation au temps du digitale».
C’est le président du Gaan, Taj Eddine Bachir, qui a pris le premier la parole pour faire remarquer au riche parterre de participants, citant le professeur Ahmed Chitour, que « nos universités forment actuellement 2 000 ingénieurs par an alors que durant la décennie précédente on en comptait 8 000. Un déclin si important qui ne peut laisser indifférent comme il suscite des interrogations», a-t-il lâché tout en espérant que ses invités auront leur mot à dire sur cette tendance à la baisse de la formation d’ingénieur au sein des universités.
Pour Benali Hachemi, directeur général consulting dans le domaine de la numérisation : « Le déclin est dû essentiellement au fait que nos étudiants boudent cette formation car n’assurant pas d’opportunités d’emplois». Ce dernier a par ailleurs rapporté ce constat de terrain : « il n’y a pas d’adéquation entre les besoins du secteur économique du pays et les métiers d’ingénieurs dans une très large gamme de spécialités.» Autrement dit, pour le conférencier, « il y a très peu de rapport entre les besoins du marché du travail et les jeunes diplômés». Et de déplorer enfin « l’inexistence totale de convergence stricte afin de fédérer les besoins du tissu économique du pays». Toujours dans ce même ordre d’idées, le Directeur des relations extérieures et enseignant chercheur au sein de l’Ecole supérieure en informatique (ESI) Fouad Dahak , a pour sa part révélé que «sur les 150 ingénieurs que forme chaque année l’ESI, 91 % vont en France où la chance de décrocher un poste d’emploi est plus importante et de surcroît bien rémunérée en comparaison avec ce qu’il pourrait recevoir comme salaire en Algérie ». Sur ce dernier point, le Directeur juge que «l’entreprise algérienne se manifeste très peu dans le marché du travail».
Autre intervenant, le patron de la société Emploitic. Ce dernier a fait remarquer d’emblée que les profils les plus recherchés dans le marché du travail algérien sont dans les métiers du secteur du numérique. A partir de cette donne, il devient utile que nos universités accordent plus d’importance aux formations dans les domaines de la digitalisation, c’est la solution idoine si l’on veut booster le recrutement au sein de nos entreprises de plus en plus à la recherche de profils plus adaptés à la modernisation de leurs outils de production sur la base d’un management entièrement informatisé». Ce dernier estime enfin qu’il est temps que l’algorithme des formations qualifiantes au sein de nos universités et grandes écoles fasse sa mue. Et c’est donc à cette condition que l’on pourra créer des opportunités de challenge dans les métiers à forte valeur ajoutée notamment dans ceux du digitale». A ce propos, un intervenant lors des débats dira : « la formation dans les métiers du numérique ne pourra se multiplier sans une politique de soutien car jusqu’ici son absence a rendu caduque toute tentative de booster le marché du travail» . Abondant dans ce sens, un autre intervenant a confié que «la formation doit répondre aux besoins de la stratégie économique que les pouvoirs désirent mettre en œuvre . Concernant l’écosystème dans lequel évolue le marché du travail du pays, de nombreux intervenants se rejoignent à dire que « son attractivité reste toujours faible». Une tendance qu’il faudra changer , si l’on veut que notre marché du travail devienne dynamique», c’est l’une des recommandations émises à l’unanimité par les conférenciers à la clôture du Forum. <