Par Bouzid Chalabi
Cette année, la flambée des prix de la volaille est précoce. Alors que le Ramadhan n’est pas encore là, période propice aux abus, les tarifs affichés sur les étals connaissent, ces derniers jours, une hausse vertigineuse. De nombreux consommateurs ont ainsi lancé un appel au boycott de la viande blanche à travers les réseaux sociaux en signe de protestation.
Il faut dire que cette hausse vertigineuse des prix de la volaille actuellement a eu l’effet d’un choc. Le kilogramme du poulet vidé est passé de 300 à 400 DA, voire jusqu’à 450 DA dans certaines wilayas. Le blanc de poulet a atteint le chiffre astronomique de 700 DA le kilogramme dans les marchés populaires, une tendance qui s’est d’abord manifestée sur la viande rouge et la sardine, poisson du pauvre, devenue inaccessible même pour les moyennes bourses.
Pour rappel, l’Institut des techniques d’élevage (ITELV) avait prévu un taux de hausse des prix de l’ordre de 20 à 25% en mars 2021. Dans son rapport trimestriel, rendu public en janvier dernier, il avait prévu une hausse du prix de la viande blanche pour la fin du premier trimestre avec pour cause essentielle une baisse de l’offre du poulet vif sur les marchés entre février et mars 2021.
Toujours dans le cadre de ses prévisions, l’ITELV avait indiqué que le marché de la volaille allait enregistrer durant la période susmentionnée une hausse de l’ordre de 20 à 25 %, voire 30 %, au niveau de certaines régions du pays par rapport au mois de décembre 2020. Une tendance à la hausse générée «par une baisse des mises en place des bandes de poulets suite à la cherté de l’aliment spécifique à l’élevage avicole», entraînant une «baisse de la production et, par voie de conséquence, une légère hausse des prix dans les différents circuits de la production/commercialisation». La réalité, aujourd’hui, est que les niveaux de hausse prévus ont été largement dépassés.

Les explications du président de la filière avicole
Le président de la filière avicole, Moumène Kalli, justifie l’augmentation des prix de la volaille par «l’augmentation des prix des aliments sur les marchés internationaux touchés par la pandémie de la Covid-19. Les prix du maïs et du tourteau de soja, qui représentent 80 % de la composition de l’aliment pour la volaille, ont augmenté de manière significative en moins de six mois». Il ne s’agit pas d’une flambée des prix, mais simplement d’un ajustement du prix du poulet car le coût de revient à l’élevage a sensiblement augmenté», nuance-t-il, que le consommateur ne comprendra certainement pas. «La flambée des prix sur le marché local, qualifiée par certains de spectaculaire, est la conséquence directe de la crise qui avait frappé, au début de l’année, les marchés internationaux des aliments du bétail», renchérit-il. «Il y a six mois, le maïs était vendu entre 2 300 et 2 600 DA le quintal. Aujourd’hui, il avoisine 7 000 DA le quintal, soit le double de son prix. Idem pour le soja qui faisait 4 500 à 4 700 DA le quintal. Ainsi son prix a pratiquement triplé et oscille entre 11 000 et 12 000 DA le quintal», souligne-t-il. En somme, pour Moumène Kalli, «le marché de la volaille en Algérie subit les répercussions de la crise sanitaire liée à la propagation de la Covid-19».

Vers une prochaine stabilisation des prix
Pour sa part, Mohamed Kharroubi, Directeur général de l’Office national interprofessionnel des légumes et des viandes (Onilev) a rassuré que «le prix de la volaille au consommateur devrait se stabiliser dans les prochains jours, autour de 320 dinars le kilogramme». Mohamed Kharroubi ajoute dans son argumentaire : «Le ministère de l’Agriculture est en train de gérer cette période de hausse des prix car il faut de 45 à 50 jours pour la production de poulet. Quand bien même les prix vont se stabiliser d’ici une dizaine de jours, ils ne reviendront pas au niveau des 200 DA le kilogramme, comme constaté en 2020», a-t-il cependant prévenu dans une déclaration à la radio.

L’appel au boycott salué
Les associations de protection des consommateurs, elles, disent entendre les explications de l’augmentation importante des prix, mais affirment soutenir l’appel au boycott lancé sur les réseaux sociaux. L’Apoce et la FAD «encouragent» l’initiative. «Devant l’incapacité des pouvoirs publics à réguler le marché, le boycott devient tout à fait indiqué pour tenter de contrecarrer la surenchère excessive sur la volaille», lâche Mustapha Zebdi, président de l’Apoce. «Les consommateurs se sentent excédés par l’envolée du prix et par la dégradation du pouvoir d’achat qui n’a pas cessé d’être laminé, touchant jusqu’aux produits de large consommation.»