Face au déséquilibre actuel entre l’offre et la demande que la production d’arrière-saison de pomme de terre n’est pas arrivée à résoudre, l’hypothèse du maintien d’un prix élevé sur les étals tient la route.

Par Bouzid Chalabi
De mémoire de citoyen, jamais le tubercule n’a atteint un tel prix à la consommation de 120 et 130 DA le kilogramme dans tout le Nord du pays et 200 DA/kg dans le Sud sur une durée aussi longue. Et pourtant, faut-il rappeler qu’il a été décidé, il y a plus d’une semaine, une grosse opération de déstockage sans parler de la mise à la vente au public de volumes importants de pommes de terre issus de saisies pour cause de spéculation. Dans le but majeur de réguler le marché de la pomme de terre. Résultat des courses, cela n’a pas produit les effets escomptés au grand détriment d’une très large frange de la population pour qui ce produit végétal constitue une denrée alimentaire essentielle au quotidien. Pis encore, ceux à faibles revenus craignent que les prix exorbitants se maintiennent pour encore longtemps.
De prime abord, d’aucuns n’auraient pensé arriver à une telle situation excessive sur les prix à la consommation de la pomme de terre partant du fait qu’autant le ministre de l’Agriculture et du Développement rural Abdelhamid Hamdani ou le président du Conseil interprofessionnel de la filière pomme de terre (CNIF/PT), Ahcène Guedmani, avaient affirmé conjointement à l’époque : «Au vu des pronostics sur la base des surfaces emblavées et des volumes importants de semences livrées aux agriculteurs, les récoltes seront très importantes en volume. Par voie de conséquence, le marché de la pomme de terre ne risquait pas cette année de connaître de tension. Autrement dit, un déséquilibre entre l’offre et la demande.
Pour l’heure, le constat du terrain est tout autre si ce n’est pire. «Car un facteur inattendu est intervenu tout au long de la campagne agricole, entamée en début d’année. Les producteurs de pomme de terre ont dû faire face à l’insuffisance criante des ressources hydriques et surtout de la mauvaise organisation s’agissant de l’utilisation des eaux souterraines pour l’irrigation agricole. Deux entraves qui ont grandement faussé les prévisions de récoltes», explique à Reporters Ahcène Guedmani, contacté hier par téléphone. Ainsi on peut déduire que les 35 millions de quintaux de récoltes réalisés durant la campagne s’étalant de janvier à juin 2021 se sont vite écoulés. «Ce qui a engendré un début de déficit de l’offre par rapport à la demande qui est allée en s’accentuant à partir de l’entame du mois d’octobre», soutient le président de la CNIF/PT. Comme il confie dans ce sillage : «L’arrivée tardive des récoltes dites de soudure, et de surcroît pas très importantes en volume pour les mêmes causes citées plus haut, insuffisance de ressources hydriques, a rendu l’équilibre entre l’offre et la demande impossible à atteindre contrairement aux années précédentes où les récoltes de produit de soudure arrivent à assurer la demande du marché à la consommation». A partir de cela, la tension va-t-elle persister ? Guedmani lâche : «La tendance à la baisse n’interviendra dans le meilleur des cas qu’à partir du mois de décembre prochain, période qui coïncide avec la fin des récoltes d’arrière-saison, notamment celles de la région d’El Oued.» Ce qui veut dire que sur les étals des détaillants les prix affichés ne vont pas accuser de régression par rapport aux prix actuels. Quant à l’hypothèse d’une pomme de terre cédée à moins de 60 DA à court terme, Guedmani l’exclut. Arguant dans ce sens : «Cela reste du domaine de l’impossible dès lors où le coût à la production revient au bas mot à pas moins de 40 DA le kilogramme. Ajouter la marge bénéficiaire inévitable des intermédiaires, à savoir collecteurs, mandataires et détaillants. Ce qui renvoie à dire qu’en moyenne, les prix à la consommation vont se situer dans la fourchette des 65 DA à 85 DA/kg à moins d’une récolte record, c’est-à-dire dépassant largement toutes les prévisions.
Ce faisant, du côté des associations de défense des consommateurs, on redoute que les prix actuels ne grimpent encore plus, «ce qui va pousser dans un premier temps les foyers à consommer moins de pomme de terre», soulève-t-on chez la Fédération nationale des consommateurs (FNC).
De toute évidence le prix auquel il est cédé, actuellement, et à la forte hypothèse qu’il va grimper, le tubercule indispensable sur la table de la quasi majorité des citoyens va à coup sûr occuper le devant de la scène nationale.