L’Algérie devrait se doter d’un fichier national sur les besoins du marché du travail. Ce document servira à identifier les demandes de chaque secteur en termes d’emploi et d’ériger un pont, inexistant pour l’instant, entre l’entreprise, l’université et les centres de formation, d’où sortent chaque année des milliers de diplômés sans garantie de recrutement.

L’annonce de ce fichier national a été faite, jeudi dernier à Aïn Témouchent, par le ministre de l’Emploi, du Travail et de la Sécurité sociale, Mourad Zemali. En tournée dans cette wilaya de l’Ouest algérien, le ministre a indiqué que la Caisse nationale d’assurance-chômage (Cnac) et l’Ansej, et autres agences locales de l’emploi, vont participer à l’élaboration de cette base de données.
L’objectif, a affirmé M. Zemali, est de recenser les besoins du marché économique en matière d’emplois au niveau de toutes les communes, des villages et des zones éloignées. A ce titre, il a appelé à dynamiser les activités des comités de wilaya de promotion de l’emploi, qui, selon lui, «doivent jouer un grand rôle dans la coordination du travail entre différents secteurs».
«Il s’agit de rendre l’action des différents dispositifs de soutien plus efficiente par une meilleure adaptation aux spécificités de chaque région et à ses besoins économiques, comme il s’agit d’éviter des activités en situation de saturation», a soutenu le ministre. L’annonce de la mise en place de ce fichier national n’est pas sans rappeler le «projet P3A» géré par le ministère du Commerce et financé par l’Union européenne et dédié à la délocalisation de la veille économique au niveau des wilayas. L’idée d’avoir un système d’information efficient sur les besoins des entreprises en matière de compétences et d’emploi n’est pas nouvelle, en tout cas. La dernière déclaration en date se rapportant au sujet est d’Abdelmajid Messaoudi, Directeur général de la veille stratégique, des études et des systèmes d’information au ministère de l’Industrie et des Mines. En novembre dernier, il a assuré que son département accordait «la priorité absolue» à la mise en place, au niveau de chaque wilaya, de dispositifs de collecte et d’information économique. «Dans ce cadre, le ministère ne vise pas seulement à récolter l’information auprès des collectivités locales mais surtout à impliquer les acteurs du marché avec les autorités locales pour partager mais aussi pour participer à la prise en charge locale des programmes nationaux de soutien à l’entreprise». Reconnaissant que «l’infrastructure de base d’information économique fait cruellement défaut en Algérie».
Il y a une semaine, le débat sur l’employabilité des jeunes diplômés des universités et des centres de formation s’est de nouveau invité à l’occasion de la publication du rapport de l’Organisation internationale du travail (OIT) sur le chômage des jeunes dans le monde et à l’occasion d’une rencontre organisée par le département de Mourad Zemali sur le programme «Tawdif», financé par le Royaume-Uni, pour l’insertion des jeunes algériens dans le marché de l’emploi. Selon le ministre du Travail, les jeunes Algériens diplômés sont parmi les plus impactés par le chômage, 17,6% alors que la moyenne nationale s’établit à 12%. C’est dans ce cadre qu’il a annoncé le projet de rencontre sur «l’université et le monde du travail» sous la forme d’une «tripartite sur la relation entreprise-université». Abdelmadjid Sidi-Saïd avait indiqué que cette tripartite «sera organisée prochainement» pour «débattre des mesures à prendre dans ce domaine». Il s’agit, avait-il expliqué, de «créer une passerelle» entre l’université et l’entreprise pour renforcer l’insertion professionnelle des jeunes universitaires diplômés, en relevant que «75% des demandes d’emploi reçues par la cellule de l’emploi au niveau de l’UGTA, émanent des jeunes universitaires de différentes filières».