Par Sihem Bounabi
Le professeur Rachid Belhadj, Directeur des activités médicales et paramédicales au CHU Mustapha-Pacha d’Alger, a appelé, hier, «à l’instauration de l’état d’urgence sanitaire dans un contexte d’une situation épidémique catastrophique, qui nécessite une stratégie de situation de crise urgente».
S’exprimant sur les ondes de la Chaîne I de la Radio nationale, le professeur Rachid Belhadj tire la sonnette d’alarme, en affirmant qu’«il ne s’agit plus d’une troisième vague, mais d’une véritable tempête qui touche plusieurs wilayas sur tout le territoire national». Il affirme d’emblée que le nombre de décès et de contaminations est beaucoup plus important que les chiffres officiels annoncés dans le bilan quotidien du ministère de la Santé. Il alerte ainsi sur le nombre massif de contaminations par le coronavirus parmi les Algériens mais également parmi le personnel médical. Cela se traduit concrètement par une saturation des hôpitaux, dans un contexte marqué par la propagation du nouveau variant et où la demande sur l’oxygène est en constante augmentation avec de malades Covid qui souffrent de complications. Il précise à ce sujet qu’actuellement, «nous avons 314 malades Covid qui sont tous placés sous oxygène et, malheureusement, dans la seule journée d’hier nous avons déploré le décès de 18 malades».
Il ajoute que la situation catastrophique, en plus de l’afflux important de malades, se traduit également par le nombre important du personnel de la santé contaminés par la Covid-19. Il précise à ce sujet qu’«en moyenne, 20 à 25 personnes du personnel de la santé de l’hôpital sont contaminées quotidiennement, ce qui rend encore plus difficile la prise en charge des malades». Ajoutant que «sincèrement, si ce rythme des contaminations se poursuit nous serons obligés de faire appel aux étudiants et aux retraités du corps de la santé pour pouvoir faire face à cette avalanche qui nous submerge malgré les efforts surhumains qui sont déployés pour y faire face».
Le Directeur des activités médicales et paramédicales au CHU Mustapha-Pacha ajoute que «bien que l’hôpital possède des cuves de stockage d’une capacité de 20 000 litres d’oxygène liquide quotidiennement, en ce moment, on est renfloué avec 8 000 litres quotidiennement. Il y a des jours où on est sur le qui-vive en attendant le camion transportant l’oxygène, car il ne reste plus qu’une seule heure de capacité».
Il précise toutefois que «pour éviter la situation effarante de l’épuisement de l’oxygène, nous avons toujours en réserve de grandes bouteilles d’oxygène pour tenir au moins une heure avant l’arrivée du camion d’oxygène».
Dans ce contexte anxiogène, le Pr Belhadj lance un nouvel appel à la conscience des citoyens pour le respect strict des mesures barrières et surtout celui de la distanciation sociale, en évitant les rassemblements d’autant plus que «la plupart des foyers de contamination sont des clusters familiaux ou de voisinage lors des célébrations de fête ou d’ enterrement».
Pour le Pr Belhadj, l’aggravation de la situation épidémique est causée, d’une part, par le relâchement inconscient des Algériens dans le respect des gestes de prévention mais, également, sur le fait d’avoir raté le coche de la vaccination au mois de mars dernier suite à la réticence des personnes à se faire vacciner. Martelant «il faut que les Algériens soient logiques avec eux-mêmes, l’humanité entière a réussi à dépasser des maladies endémiques grâce à la vaccination. C’est révoltant qu’en 2021, il y ait encore des personnes qui doutent encore de l’efficacité du vaccin mettant ainsi en danger non seulement leur vie mais également la vie de leur famille et de leurs proches, c’est révoltant».
Le Pr Rachid Belhaj a mis en relief le fait que si la première période de l’épidémie touchait les malades chroniques et les personnes âgées qui développent des formes graves de la contamination au coronavirus, cette troisième vague n’épargne personne, y compris les nourrissons, les adolescents et les jeunes adultes en bonne santé, c’est ce qui complique encore plus la situation épidémiologique.
Le Pr Rachid Belhadj a encore une fois lancé un appel à l’adoption d’une stratégie de «médecine d’urgence» et déclaré «l’état d’urgence sanitaire» afin d’éviter les conséquences désastreuses de cette épidémie et de permettre une bonne gestion de la situation épidémiologique. Il affirme à ce sujet que vendredi prochain sera une date charnière dans l’évolution de la situation. Si le nombre de contagion se stabilise et diminue, la situation dans les hôpitaux sera gérable mais si les chiffres continuent d’augmenter, alors il serait crucial du retour à un confinement strict pour juguler la propagation du virus et éviter l’hécatombe dans les hôpitaux.