Face aux réseaux sociaux qui distillent pour certains des rumeurs sur l’indisponibilité du cash
en Algérie, semant la panique au sein de la population, la communication officielle reste peu agressive, parvenant difficilement à convaincre par les faits qu’il en est tout autre.

Une enquête a été ordonnée au plus haut niveau de l’Etat et du gouvernement sur le manque de liquidités au cours des dix derniers jours de juillet, en particulier à la veille des fêtes religieuses de l’Aïd. Avant que les conclusions de cette enquête ne soient rendues, ce phénomène qui a provoqué une grosse tension sociale ne résulte pas d’un strict problème de disponibilité d’argent liquide. Du cash il y en avait, puisque Algérie Poste a indiqué que la Banque d’Algérie avait injecté dans le réseau postal 1 700 milliards de dinars depuis le début de l’année, mais la trop forte affluence constatée sur les guichets à cette période a eu un effet d’assèchement dans les grandes agglomérations.
En effet, 400 milliards de dinars ont été retirés des bureaux de poste en juillet contre 288 milliards de dinars en juin. Ce rush qui a créé des « problèmes d’indisponibilité », selon une déclaration récente de l’argentier du pays, Aymen Benabderrahmane, a été amplifié par la crainte de la difficulté de retirer du cash au prétexte largement amplifié par les réseaux sociaux qu’il n’y avait plus d’argent dans les bureaux de poste. L’absence d’une communication suffisante, organisée et efficace à ce sujet a incité un grand nombre de particuliers à thésauriser, ce qui a rendu plus difficile de faire face à une diminution des liquidités bancaires. Une réalité que des observateurs expliquent par la baisse des dépôts de Sonatrach à la BEA en raison de la chute de ses recettes et par le ralentissement de l’activité économique sous l’effet de la pandémie de la Covid-19.
Contacté à ce sujet par Reporters, l’expert financier Mohamed Kessel, citant des sources bancaires, pointe également du doigt l’inégale répartition de la liquidité existante en raison de la crise sanitaire. « Des agents de la Banque d’Algérie dans certaines wilayas ont été contaminés par le virus, ce qui a entraîné un ralentissement dans l’injection des liquidités dans les bureaux de Poste. A cela s’ajoute l’absence de fluidité dans les décaissements et encaissements en raison de l’interdiction de déplacement entre de nombreuses wilayas et du confinement instauré dans les régions classées comme clusters ». M. Kessel cite l’exemple d’un opérateur qui a son unité à Aïn Mlila qui ne peut verser son argent tiré de son activité à Constantine où se trouve le siège de son entreprise en raison de l’interdiction des déplacements interwilayas.
Citant toujours des sources bancaires, ce spécialiste soutient qu’il existe des dysfonctionnements à lever, car la liquidité existe et qu’elle a été tout simplement rendue indisponible par le ralentissement économique que connaît le pays depuis mars dernier. En effet, explique-t-il, nombre d’opérateurs, voire de particuliers, gardent leur argent dans les banques faute de pouvoir les investir en raison de la Covid-19. Quant à l’une des mesures préconisées par Premier ministre Abdelaziz Djerad pour régler ce manque de liquidité, à savoir l’accélération du processus permettant aux banques et établissements financiers de verser leurs excédents de trésorerie dans les bureaux de postes, notre expert soutient que « ce n’est pas aux banques commerciales de le faire, mais à la Banque d’Algérie qui gère les échanges interbancaires et qui dégagent des excédents de les injecter à la Poste ». En d’autres termes, « la banque commerciale dépose l’excédent de liquidité à la Banque centrale et quand cette dernière a un besoin de liquidité, elle recourt à l’argent de la Banque d’Algérie. De ces opérations de crédit et débit opérées par toutes les banques de la place, la Banque des banques réalise des excédents. » Ainsi, le Premier ministre demande à ce que ces excédents ou une partie de ces excédents de la Banque d’Algérie soient injectés à la Poste si cette dernière en exprime le besoin. En attendant les résultats de l’enquête, le gouvernement Djerad restera confronté durant ce mois d’août à cette épreuve de la liquidité. Il s’agira de savoir si ses instructions seront appliquées et si de surcroît elles porteront leurs fruits. Elles se résument en cinq mesures : le renforcement des liquidités de la Poste par les excédents de liquidités de la Banque d’Algérie, l’étalement de la période de versement des pensions de retraites, des salaires et des aides sociales, la possibilité de retirer son argent à travers tous les distributeurs automatiques de billets (DAB) à travers la carte de retrait et de paiement Eddahabia de la Poste afin d’éviter les longues files d’attente, ainsi que l’implication de la société civile et des services d’ordre dans l’organisation des files d’attente et dans le respect du port du masque et des règles de distanciation. La situation appelle également à une communication officielle plus musclée, plus précise, plus pertinente et plus proche des citoyens. n