Les mesures prises par le Premier ministre Abdelaziz Djerad vont de l’étalement pendant le mois du versement des salaires et retraites, à l’augmentation des liquidités détenues par les bureaux de poste jusqu’à l’implication des banques et de la société civile.

Le Gouvernement Djerad compte prendre à bras le corps le problème du manque de liquidités et des longues files d’attente des citoyens devant les bureaux de poste, observé dans plusieurs communes, pour retirer salaires et pensions ou ses économies. A l’issue d’une réunion interministérielle consacrée à l’examen de la situation de la disponibilité des liquidités dans le réseau postal face à la pression de la clientèle qui s’exerce à travers les titulaires de 22 millions de comptes de chèques postaux actifs, le Premier ministre Abdelaziz Djerad a instruit les départements et services concernés, lit-on dans le communiqué du Premier ministère, de mettre en oeuvre cinq facilitations pour régler le problème de liquidités et de rush sur les bureaux de poste pour retirer de l’argent. Première mesure, la nécessité d’étaler pendant le mois calendaire le versement des salaires, des retraites et des aides sociales et adapter les horaires de travail de bureau en fonction de la demande exprimée. Cette directive s’adresse à Algérie Poste. Elle se résume à prolonger la période d’étalement de versement des salaires et pensions de retraite dont le paiement pour ces dernières a été fixée à quatre jours à partir du 18 du mois. Cela veut dire que le nouvel étalement va aller au-delà de quatre jours. La Poste avait déjà rallongé de deux heures supplémentaires les horaires de travail des agents durant la période de forte demande de liquidité observée pendant les 10 derniers jours du mois de juillet. Ce genre de mesure sera appliqué en cas de forte demande d’argent exprimée par les citoyens au cours des prochains mois. La deuxième mesure s’adresse à Algérie Poste et aux banques. Elle consiste en l’élargissement de l’accès aux guichets automatiques des banques en mettant en oeuvre l’interopérabilité des systèmes monétiques d’Algérie Poste. En termes simples, avec l’application de cette mesure, le détenteur de la Carte de retrait et de paiement Edhabia d’Algérie Poste peut retirer son argent à travers n’importe quel distributeur automatique de billets des banques de la place. Troisième décision, l’accélération du processus permettant aux banques et établissements financiers de verser leurs excédents de trésorerie à la Poste. Cette mesure est destinée à augmenter les liquidités au niveau des guichets de la Poste. Quatrième mesure, la nécessaire implication des walis pour superviser et accompagner par des escortes les mouvements de fonds entre les agences excédentaires (en liquidités) et les agences en déficit de liquidité. Dernière et cinquième décision, l’encouragement de la société civile à apporter assistance à l’organisation des files d’attente à l’extérieur des bureaux de Poste et faire respecter les règles de distanciation physique avec l’aide des services de sécurité.

400 milliards de dinars de retraits par mois à la Poste
Le gouvernement, en outre, justifie le problème de manque de liquidité par la situation particulière que vit l’Algérie, à savoir les effets de la crise sanitaire Covid-19. «La situation actuelle (manque de liquidité) ne se pose pas en termes de disponibilité de liquidités, mais elle résulte plutôt d’une conjoncture tout à fait particulière liée aux impacts de la situation sanitaire qui a provoqué un ralentissement de l’économie avec ses conséquences sur la circulation et le recyclage de liquidités. La crise sanitaire liée au Coronavirus Covid-19 a engendré des contraintes supplémentaires induits par les nouvelles règles de gestion du travail, le respect de la distanciation physique et d’accès aux bureaux de poste. A cela s’ajoute l’indisponibilité d’une partie du personnel féminin ayant des enfants en bas âge et également de personnels victimes de contamination de la Covid-19», lit-on dans le communiqué. Le texte indique que le montant des retraits via la Poste atteint 400 milliards de dinars par mois.
Ce que le communiqué officiel ne nous dit pas, c’est que cette situation de pression sur les bureaux de Poste a été aggravée par le retard de la monétique en Algérie. La Carte de paiement et de retrait n’est pas encore systématisée. Une grande partie des citoyens ne recourent pas au Distributeur automatique de billets (DAB) pour retirer leur agent. La décision de la Poste durant cette crise de liquidité de n’autoriser que 30 000 dinars par retrait via le DAB ne va pas dans le sens d’un élargissement de l’accès à cette solution monétique mais plutôt vers la défiance à l’égard de ce moyen moderne de paiement. Il faudra un jour que la carte de paiement et de retrait soit obligatoire dans les services publics si on veut éviter les longues files d’attente devant les guichets de la Poste ou des banques. Il est clair également que l’Algérie vit un manque de liquidités dû à une baisse de liquidité bancaire suite à la chute des prix du pétrole (baisse des dépôts bancaires de Sonatrach) et au ralentissement économique mais également au phénomène de thésaurisation. Quant à la disponibilité de liquidités, il semble bien que cela ne peut pas poser problème contrairement aux rumeurs qui disent le contraire pour peu que l’Etat intervienne rapidement pour régler le genre de situation vécue dans les bureaux de Poste durant ce mois de juillet. L’Algérie a aujourd’hui des marges de manoeuvre face à ce manque de liquidités. La Banque d’Algérie, qui intervient en cas de crise de liquidité grave, n’a pas réagi. Ce qui veut dire qu’on n’est pas arrivé à une situation extrême. Mais si on reste passifs comme constaté aujourd’hui en termes de mobilisation de nouvelles ressources financières, il est clair que la situation va s’aggraver. Là, on sera en plein problème de disponibilité de liquidité, avec ses conséquences négatives sur les revenus des Algériens et les services aux citoyens. n