Une quarantaine de manifestants parmi ceux arrêtés lors de la marche pour le changement du vendredi 14 mai ont été mis en détention provisoire, alors que d’autres ont été acquittés tard dans la soirée de dimanche.

PAR NAZIM BRAHIMI
Le Comité national pour la libération des détenus (CNLD) a fait état, hier, d’un total de 44 personnes placées sous mandat de dépôt durant la seule journée du 16 mai dans six wilayas. Un chiffre qui n’a pas manqué de susciter l’inquiétude et des interrogations dans le milieu politique et parmi les avocats.
Le CNLD a précisé qu’au niveau du Tribunal Sidi M’hamed (Alger), 6 manifestants arrêtés ont été mis en détention provisoire sur les 13 présentés, alors que la juridiction de Baïnem, à l’ouest de la capitale, a prononcé la même «sentence» pour 8 marcheurs sur les 35 présentés. Pour sa part, le Tribunal de Bordj Bou-Arréridj a retenu la même sanction contre 5 manifestants sur les 13 présentés devant le procureur, alors qu’à Sétif, le tribunal local a mis en détention provisoire 22 manifestants sur les 24 arrêtés. Le CNLD a ajouté qu’une condamnation à la détention provisoire a été décidée par les tribunaux de Biskra, Constantine et Chlef. Le même comité a indiqué que parmi les manifestants arrêtés et désormais en prison figurent des noms connus dans les milieux politique et universitaire. Le CNLD a cité, dans ce registre, le militant Ouahid Benhalla, membre de la direction du MDS désormais condamné par le Tribunal de Baïnem à 1 an de prison ferme avec mandat de dépôt.
«Ouahid Benhalla a été arrêté vendredi 14 mai 2021 à sa descente d’un bus !», souligne le CNLD, indigné par les poursuites enclenchées à l’encontre de Larbi Rabdi, Professeur de langue et littérature française à l’université Lamine-Debaghine de Sétif, par ailleurs ancien militant du Mouvement culturel berbère (MCB) et militant du FFS. «Le professeur Larbi Rabdi est également parmi «les 22 personnes condamnées, dimanche 16 mai 2021, à 1 an de prison ferme avec mandat de dépôt assorti d’une amende de 60 000 DA, par le Tribunal de Sétif», rapporte le CNLD sous les chefs d’inculpation «attroupement non armé et incitation à attroupement non armé».
Selon la Ligue algérienne pour la défense des droits de l’Homme (LADDH), 31 manifestants arrêtés vendredi ont été condamnés à des peines de prison ferme.
Cette succession de mises en détention provisoire et de condamnation traduit la mise à exécution de la note du ministère de l’Intérieur qui soumet depuis la semaine passée toute manifestation publique à une déclaration et une demande d’autorisation préalable. «Les organisateurs des marches sont tenus à la déclaration, auprès des services compétents, des noms des responsables de l’organisation de la marche, des heures de son début et de sa fin, de l’itinéraire et des slogans à lever, conformément à la loi», avait indiqué le département de l’Intérieur, le 9 mai dernier, dans une note synonyme d’une nouvelle donne pour la mobilisation populaire. La note a vite suscité la désapprobation des courants politiques et des acteurs engagés dans le mouvement populaire.
Le lendemain de la marche du vendredi 14 mai, le Parti socialiste des travailleurs (PST) a condamné «les arrestations massives de manifestants ainsi que celles de dizaines de journalistes et de dirigeants politiques connus tels Wahid Benhalla (MDS), Mohcine Belabbes (RCD), Ali Laskri (FFS)…», estimant que cela «constitue une grave escalade dans la répression qui doit cesser immédiatement».
Pour sa part, le dirigeant du Front des forces socialistes, Hakim Belahcel, a condamné «la violence policière qui a sévi vendredi passé pour faire face aux manifestations populaires marquée d’une rare puissance», en contradiction, soulignera-t-il, avec «le caractère pacifique de ces marches magistralement entretenu et jalousement défendu par des milliers de citoyens à l’échelle nationale». Le même responsable politique a pointé du doigt «cette descente punitive très musclée où plusieurs arrestations furent exécutées, ciblant militants politiques, étudiants, activistes et même des journalistes», affirmant avoir été «ahuris et consternés par la sévérité des verdicts prononcés et par l’exagération dans les griefs retenus contre ces prévenus». Pointant une «judiciarisation de l’action politique et journalistique qui culmine aujourd’hui comme mode de gestion», M. Belahcel a indiqué que «l’ère de la gestion méprisante et tyrannique devra céder place au compromis. C’est une urgence vitale !»