Synthèse Anis Remane
Samedi soir, l’armée malienne a annoncé avoir éliminé «une douzaine de terroristes», dont un «cadre» jihadiste franco-tunisien lors de deux frappes aériennes menées jeudi dans le centre duMali. Les FAMa (Forces armées maliennes) «viennent par deux opérations de frappes aériennes le 14 avril 2022 de neutraliser une douzaine de terroristes dans la forêt de Ganguel à environ 10 km» de la localité de Moura, indique un communiqué de l’état-major général.
«Ces frappes ont permis de neutraliser quelques cadres du GSIM» (Groupe desoutien à l’islam et aux musulmans), principale alliance jihadiste au Sahel, liée à Al-Qaïda et dirigée par le chef touareg malien Iyad Ag Ghaly, «dont Samir Al-Bourhan, un cadre terroriste franco-tunisien», ajoute le texte.
L’armée dit avoir agi «sur la base de renseignements techniques bien précis faisant état d’un regroupement de terroristes», venus selon elle «pour remonter le moral des combattants» du GSIM et leur «apporter les soutiens financiers et logistiques tant attendus» après leur «cuisant revers de Moura». L’armée malienne dit avoir «neutralisé» fin mars 203 jihadistes à Moura, où l’ONG de défense des droits de l’Homme américaine Human Rights Watch (HRW)l ‘accuse au contraire d’avoir exécuté sommairement 300 civils avec l’aide de combattants étrangers. Aucune photo ou vidéo permettant d’accréditer la version des autorités maliennes ou celle de HRW n’a émergé de Moura depuis lors. La mission des Nations unies au Mali (Minusma) demande en vain depuis plusieurs jours à Bamako de lui permettre d’envoyer sur place une équipe d’enquêteurs.
Au moins trois soldats maliens ont été tués et deux autres blessés samedi, dans une attaque à l’engin explosif improvisé contre une patrouille de proximité, à environ 1 kilomètre de Nouh Peulh dans la région de Mopti, au centre du pays, a annoncé dimanche l’armée malienne.
«Ce samedi 16 avril 2022 vers 11h00 dans le cadre d’une patrouille de proximité à environ 1 kilomètre de Nouh Peulh, un véhicule d’une section FAMa (Forces Armées Maliennes) a heurté un EEI (engin explosif improvisé)», a indiqué la même source. Selon l’armée «le bilan provisoire de cet incident fait état de 3 morts et 2 blessés», alors que «le véhicule a subi d’importants dégâts matériels». «Une QRF (force de réaction rapide) a été déployée en renfort et l’aviation en appui dans la zone», ajoute la même source.
Dans son rapport présenté fin mars au Conseil des droits de l’Homme des Nations unies à Genève, l’expert indépendant, le Sénégalais Alioune, s’est inquiété de la situation sécuritaire au Mali. Les groupes armés constituent «un cancer pour le Mali et une menace pour les pays côtiers», notamment le Bénin, le Togo, le Ghana et le Sénégal», a-t-il déclaré en marge de ce rapport. Ces hommes multiplient les viols, ont recours à des enfants soldats et se livrent à une série d’exactions contre les populations civiles (exécutions sommaires, tortures, intimidations, imposition de taxes illégales), a-t-il dénoncé. «Le grand problème aujourd’hui, c’est l’impunité», affirme l’expert indépendant, qui a souligné le manque d’enquêtes, la lenteur des procédures judiciaires et l’absence de juges d’instruction. Une perspective partagée par la Haute-Commissaire aux droits de l’homme, Michelle Bachelet, qui avait déjà estimé en juin 2021 que ce système constituait «un risque grave pour la protection des civils». n