Le gouvernement malien de transition a décrété trois jours de deuil national après le bilan macabre, plus de 130 civils tués, des attaques menées, les 18 et 19 juin dernier, par des groupes armés contre des populations dans le centre du pays. Cette tuerie, l’un des pires massacres connus, est attribuée aux djihadistes de la katiba Macina du prédicateur peul Amadou Kouffa, une organisation affiliée à El-Qaïda. Elle a été perpétrée à Diallassagou et dans deux localités environnantes du cercle de Bankass dans le centre du pays.

Par Anis Remane
Sorti lundi après-midi du silence alors que les informations alarmantes prolifèrent depuis le week-end sur les réseaux sociaux, le gouvernement fait état de 132 morts et date les événements de la nuit de samedi à dimanche. D’autres les font remonter à vendredi.
Dans une déclaration adoptée lundi à New York à l’unanimité de ses 15 membres, le Conseil de sécurité de l’ONU «a condamné dans les termes les plus forts» les tueries près de Gao et Bankass. Le débat sur la sécurité au Mali est relancé avec inquiétude alors que le contexte dominant depuis quelques semaines était marqué par la «montée en puissance», c’est le terme consacré à Bamako, des forces armées maliennes, les FAMA.
Dans leurs témoignages aux agences de presse, différents interlocuteurs ont indiqué qu’on continuait à compter les morts. Nouhoum Togo, président d’un parti ayant son assise à Bankass, principale localité du secteur, parle d’un nombre de victimes encore plus élevé. Il a indiqué à l’AFP que la zone avait été le théâtre, il y a deux semaines, d’opérations de l’armée qui avaient donné lieu à des accrochages avec les djihadistes. Ces derniers seraient revenus à plusieurs dizaines à motos, vendredi, selon lui, pour se venger contre les populations, a-t-il dit. «Ils sont arrivés et ont dit aux gens ‘vous n’êtes pas des musulmans’ en langue peule. Ils ont emmené les hommes, une centaine de personnes sont parties avec eux. A deux kilomètres de là, ils ont abattu les gens systématiquement», a-t-il affirmé. Aujourd’hui encore, on a continué à ramasser les corps dans les communes environnantes de Diallassagou», a-t-il ajouté. «On a perdu des proches, des grands frères, des tontons, du matériel a été détruit, des animaux emportés, des vêtements…», a dit un élu local s’exprimant à Bamako sous le couvert de l’anonymat pour des raisons de sécurité. «Il ne reste rien de Diallassagou, la commune la plus riche du cercle de Bankass…», a-t-il ajouté. Il s’est plaint que les alertes données par les populations aient été entendues trop tard. «On a tout dit mais les dispositions n’ont pas été prises. Les autorités étaient prévenues à 15H, 16H, 17H, mais elles ne sont arrivées que le lendemain matin à 10H», a-t-il indiqué à l’AFP sans préciser le jour.
Depuis l’apparition, en 2015, de la Katiba Macina dans le centre du Mali, la région est livrée aux exactions djihadistes, aux agissements des milices proclamées d’autodéfense et aux représailles intercommunautaires. Une grande partie de la zone échappe au contrôle de l’Etat central. Le 23 mars 2019, plus de 160 civils peuls avaient été massacrés dans le village d’Ogossagou. Mais c’est tout le Mali qui est plongé dans une profonde crise sécuritaire, politique et humanitaire depuis le déclenchement d’insurrections indépendantiste et djihadiste en 2012 dans le nord. La propagation djihadiste a gagné le centre et les pays voisins, Burkina Faso et Niger.
Les militaires qui ont pris le pouvoir par la force en août 2020 ont fait de la restauration de la sécurité leur priorité. Ils ont lancé en décembre dernier avec l’aide de la coopération militaire russe une grande opération dans le centre. Le Secrétaire général de l’ONU Antonio Guterres écrivait, dans un récent rapport remis au Conseil de sécurité, qu’avec l’intensification des opérations des soldats maliens soutenus par des éléments étrangers, «les civils ont été exposés à de violentes attaques et à des violations croissantes des droits de l’homme qui ont fait le plus grand nombre de victimes civiles enregistré à ce jour au Mali».
Les civils sont soumis aux représailles des djihadistes qui les accusent de pactiser avec l’ennemi. Ils se retrouvent aussi souvent pris entre deux feux dans les affrontements entre groupes armés rivaux, y compris entre ceux affiliés à El-Qaïda et à l’organisation Etat islamique, qui sévit également au Mali et au Sahel.

Des djihadistes ouest-africains sur la liste noire de l’UE

L’Union européenne a annoncé, lundi, l’ajout de trois commandants djihadistes liés à El-Qaïda en Afrique de l’Ouest à sa liste noire des personnes sanctionnées pour des attaques terroristes au Mali et au Burkina Faso. Les sanctions – gels des avoirs dans l’UE et interdictions de visa – visent Sedane Ag Hita, dit Abou Abdel Hakim al-Kidali, et Salem ould Breihmatt, commandants principaux de la Jama’at Nusrat al-Islam Wal-Muslimin (JNIM) au Mali, affiliée à El-Qaïda et figurant sur la liste de l’ONU, ainsi que sa branche burkinabè Ansarul Islam et son chef Jafar Dicko, précise l’UE dans un communiqué.
«Le groupe et les individus sanctionnés sont responsables de plusieurs attaques terroristes, notamment contre des civils, la mission de maintien de la paix des Nations unies au Mali (Minusma) et les forces de défense et de sécurité au Burkina Faso» accusent l’UE. «Leurs activités contribuent à l’expansion de la menace terroriste en Afrique occidentale et constituent donc une menace grave et permanente pour l’UE et la stabilité régionale et internationale», estime-t-elle. Après cet ajout, la liste noire de l’UE contre El-Qaïda et le groupe Etat islamique comporte désormais 13 personnes et quatre groupes.