Ce nouveau cabinet est chargé de négocier la formation d’un gouvernement national et de répondre aux attentes des Maliens exténués par une crise sécuritaire et économique chronique.

Lundi 27 juillet, le Conseil de sécurité de l’ONU a exprimé sa «profonde préoccupation» au sujet de la crise politique au Mali et appelé toutes les parties à suivre «sans délai» les recommandations de la Communauté économique des Etats d’Afrique de l’Ouest (Cédéao).
Dans un communiqué, «les membres du Conseil de sécurité ont exhorté les parties maliennes à suivre ces recommandations sans délai afin de surmonter les tensions, de donner la priorité au dialogue et de s’abstenir de tout acte susceptible d’alimenter les tensions et de menacer l’Etat de droit».
Leur réaction est expliquée par les observateurs comme l’accentuation de la pression exercée par les 15 chefs d’Etat de la Cédéao sur le pouvoir à Bamako pour régler la crise qui ébranle le Mali depuis juin dernier. Lundi, ces dirigeants régionaux, réunis en sommet extraordinaire, ont appelé les Maliens à «l’union sacrée» et menacé de «sanctions» les récalcitrants. Ils demandent de mettre «tout en œuvre» pour obtenir la «démission immédiate» du président du Parlement, Moussa Timbiné, et de la trentaine de députés dont l’élection aux dernières législatives de mars-avril, considérées comme le déclencheur des troubles que connaît le pays depuis des semaines, est contestée. En outre, ils ont insisté pour que les mesures prônées soient mises en œuvre «au plus tard» vendredi 31 juillet.
En réponse, le président malien Ibrahim Boubacar Keïta (IBK) a constitué durant la journée de lundi, autour du Premier ministre Boubou Cissé, un «cabinet restreint» chargé de négocier la formation d’un gouvernement d’union nationale. Cette équipe ministérielle est chargée de contribuer avant tout à l’«apaisement de la situation» et d’un climat de forte crise nourri par des années d’instabilité sécuritaire, d’asphyxie économique, de corruption endémique et par l’invalidation par la Cour constitutionnelle des résultats des dernières législatives, considérées comme l’élément déclencheur de la crise actuelle.
Dans la liste, plusieurs noms importants de la précédente équipe, qui avait démissionné après les législatives, conservent leurs postes : Tiébilé Dramé à la tête de la diplomatie, le général Ibrahima Dahirou Dembélé à la Défense, ou encore Boubacar Alpha Bah à l’Administration territoriale. L’avocat et homme politique Kassoum Tapo devient ministre de la Justice et le général de division M’Bemba Moussa Keïta, ministre de la Sécurité. Outre ces poids lourds, le pouvoir a fait un geste en direction de l’opposition en confiant le ministère de l’Economie et des Finances à un ex-banquier, Abdoulaye Daffé, considéré comme étant proche du chérif de Nioro, le mentor de la figure de proue de la contestation, l’imam Mahmoud Dicko.

Intransigeance de l’opposition
La constitution de la nouvelle équipe exécutive devrait ouvrir la voie à des législatives partielles. Mais les dirigeants de la contestation menée par le Mouvement du 5-juin ont, jusqu’à présent, refusé d’entrer dans un tel gouvernement, soulignant que les problèmes de mal-gouvernance dépassaient les simples questions électorales. Malgré ces réticences, la Cédéao «encourage» le Mouvement du 5-Juin à y «participer» et ce «dans un esprit de patriotisme». Le 10 juillet, la troisième grande manifestation contre le pouvoir avait dégénéré en trois jours de troubles meurtriers à Bamako, les pires dans la capitale depuis 2012, qui ont fait entre 11 et 23 morts. La Cédéao a demandé à cet égard qu’une «commission d’enquête» détermine «les responsabilités». «L’union sacrée» est indispensable pour éviter un effondrement de l’Etat aux conséquences imprévisibles jusque dans les pays voisins comme le Niger et le Burkina Faso, également théâtres d’attentats djihadistes meurtriers, «et même au-delà», selon le président nigérien Mamadou Issoufou.
Le mouvement de contestation avait annoncé le 21 juillet une «trêve» jusqu’après la grande fête de l’Aïd El-Adha, prévue le 31 juillet. Mais des jeunes du mouvement, fer de lance de la mobilisation, ont annoncé la reprise des manifestations après le 3 août, réclamant à nouveau la démission du chef de l’Etat. «Nous avons décidé du maintien du mot d’ordre du M5, c’est-à-dire la démission du président IBK», a déclaré samedi à l’AFP Ousmane Mamadou Traoré, un responsable des jeunes du M5. «Après la trêve, nos actions vont reprendre de façon harmonieuse et sans violence», a dit à l’agence de presse Abdourahmane Diallo, un autre responsable des jeunes. «Nous avons décidé aussi de reprendre la désobéissance civile le 3 août», a affirmé leur camarade Mariama Keïta. Le 19 juillet, la Cédéao a notamment proposé la formation d’un gouvernement d’union nationale et d’une nouvelle Cour constitutionnelle sur une «base consensuelle», chargée de résoudre le litige autour des résultats des législatives de mars-avril. <