Ce rendez-vous exceptionnel pourrait être l’occasion d’une négociation entre les Etats membres de la Communauté économique d’Afrique de l’Ouest (Cedeao) et le pouvoir militaire à Bamako sur un nouveau calendrier électoral après les recommandations des «Assises nationales» maliennes de prolonger le délai de la transition de 6 mois à cinq ans

Par Anis Remane
Un sommet extraordinaire des Etats membres de la Cedeao est annoncé sur le Mali. Il aura lieu le 9 janvier prochain à Accra au Ghana. Dans un communiqué, la Cedeao indique qu’elle prend note du projet de chronogramme sur les élections, transmis par la délégation malienne conduite par le ministre chargé des Affaires étrangères au Président ghanéen. Abdoulaye Diop a expliqué à la télévision d’Etat qu’il avait présenté à Nana Akufo Addo une prolongation de cinq ans de la transition vue, selon lui, comme un «maximum». Le chef de la diplomatie malienne a, par ailleurs, invité le médiateur de la Cedeao pour le Mali à se rendre à Bamako mercredi prochain Jeudi 30 décembre, les «Assises nationales de la refondation», présentées comme des consultations préalables à des élections et à un retour des civils au pouvoir au Mali, ont proposé à Bamako de prolonger l’actuelle transition de la junte militaire de «six mois à cinq ans». Tout indique, cependant, que des élections n’auront pas lieu dans ce pays dans un délai d’un semestre, les conditions n’y sont pas réunies pour un tel calendrier de fin de transition, à commencer par celles qui concernent le climat sécuritaire qui reste marqué par des attentats fréquents contre les forces maliennes. A la fin de l’année 2021, mercredi 29 décembre, l’attaque contre une unité de l’armée malienne près de Nara, dans le nord-ouest du pays, a fait 15 soldats tués alors que 38 terroristes ont été abattus, a indiqué hier la Direction de l’information et des relations publiques des armées (Dirpa) dans un communiqué. Un précédent bilan faisait état de 8 soldats tués et 31 terroristes neutralisés. Le climat politique n’est pas au consensus, non plus, et des organisations de l’opposition aux chefs de la transition militaire n’ont pas participé aux travaux des «Assises» et demandent la tenue rapide d’élections. Le 11 décembre 2021, le Cadre d’échange, réunion de plusieurs partis et regroupements de partis, avait jugé, dans un communiqué, que ces Assises n’étaient qu’une «manœuvre dilatoire» destinée à prolonger la transition de la part d’un gouvernement «sans repère ni boussole». Un jour auparavant, d’autres acteurs importants, au sein d’un Cadre stratégique permanent (CSP), avaient, eux aussi, prévenu que les conclusions des Assises ne les engageaient «nullement».
Les discussions entre le gouvernement malien de transition et le médiateur de la Cedeao, mercredi 5 janvier 2022, ont tout l’air d’être un test avant le sommet du 9 janvier à Accra, qui se présente déjà comme un rendez-vous de possible négociation sur le délai de fin de transition annoncé à l’issue des «Assises». La période de cinq ans paraît trop longue pour être facilement acceptée par les Etats de la Communauté économique des Etats d’Afrique de l’Ouest. Un compromis avec Bamako pourrait conduire à la raccourcir d’autant que le pouvoir militaire au Mali demeure sous la menace de sanctions économiques importantes à l’échelle de la Cedeao mais internationale également. Samedi, 1er janvier 2022, l’administration de Joe Biden a annoncé avoir exclu le Mali (ainsi que et la Guinée) d’un accord commercial liant les Etats-Unis à l’Afrique, jugeant que les actions prises par ces trois gouvernements en violent les principes «en raison d’actions prises (…) en violation des statuts» de cet accord.
L’Agoa (African Growth and Opportunity Act, loi sur la croissance et les opportunités de développement en Afrique) est un accord commercial mis en place, en 2000, sous l’administration Clinton pour faciliter et réguler les échanges commerciaux entre les Etats-Unis et l’Afrique.
Dans le rapport publié jeudi 31 décembre 2021, les participants aux «Assises nationales» ont également conclu à la nécessité d’une nouvelle Constitution, à la limitation du nombre de partis politiques, ou encore au développement de nouveaux partenariats militaires.