Situé à quelques kilomètres de Bamako, le camp militaire stratégique de Kati a été ciblé, jeudi et vendredi derniers, par deux attaques kamikazes. Ces assauts repoussés par l’armée malienne confirment la mauvaise situation sécuritaire au Mali et les menaces qui pèsent sur le processus de transition en cours et devant mener le pays à des élections qui devraient avoir lieu dans deux ans. Inquiète, l’Algérie exprime sa solidarité avec le Mali et appelle à la mise en œuvre de l’accord de paix signé à Alger en 2015.

Le Secrétaire général adjoint de l’ONU pour les opérations de la paix est attendu, aujourd’hui dimanche, à Bamako pour une évaluation de la prolongation du mandat de la mission onusienne, la Minusma, avec les autorités militaires de la Transition au Mali.
La visite de Jean-Pierre Lacroix intervient dans un contexte de regain de tension sécuritaire dans le pays et de mésentente entre l’autorité de transition et l’ONU après l’expulsion d’Olivier Salgado de la Minusma. Le diplomate a été prié de quitter le territoire malien pour avoir déclaré «sans aucune preuve que les Autorités maliennes auraient été préalablement informées de l’arrivée des 49 militaires ivoiriens par vol civil à l’aéroport international Président-Modibo-Keita, le 10 juillet 2022». Ces militaires sont aujourd’hui en prison et en attente de jugement dans un climat de forte crispation des relations entre le Mali et la Côte d’Ivoire.
M. Lacroix devra discuter des possibilités de reprise des rotations du contingent militaire et policier de la Minusma, suspendues par Bamako le 14 juillet dernier. Il devra également aborder la situation sécuritaire dans le pays qui a été marquée, jeudi 21 juillet et vendredi 22 juillet, par une attaque d’un groupe djihadiste dans la ville-garnison de Kati, coeur de l’appareil militaire et résidence du Président de transition, le colonel Assimi Goïta.
Dans un communiqué, la Minusma a «vigoureusement» condamné, vendredi 22 juillet dans la soirée, les attaques. Tout en réitérant sa «pleine solidarité» avec le gouvernement et le peuple maliens en ces «moments difficiles», la mission onusienne a assuré qu’elle va continuer dans le cadre de son mandat à «appuyer et à accompagner» les efforts des autorités de Bamako visant à «restaurer durablement la paix et la sécurité» au Mali.
Selon l’état-major des armées maliennes, ses forces ont contenu «des tentatives désespérées des terroristes de la Katiba Macina», affiliée au groupe Al-Qaïda, de mener des «actions kamikazes avec deux véhicules piégés bourrés d’explosifs contre une installation de la direction du matériel, des hydrocarbures et des transports des armées».
Le bilan provisoire de cette attaque est d’un soldat malien tué et six blessés, dont un civil, et de 7 assaillants «neutralisés», 8 interpellés et beaucoup de matériels récupérés, indique le communiqué de l’état-major. La veille, 3 soldats et 7 terroristes avaient été tués dans des attaques perpétrées dans le centre et l’ouest du pays. Les attaques contre la base stratégique de Kati, la première du genre, est intervenue au lendemain d’une série de raids quasi-simultanés attribués à des djihadistes dans six localités différentes du Mali, dans les régions de Koulikoro (proche de Bamako) ainsi que de Ségou et Mopti (centre). Trois militaires maliens ont été tués, selon l’armée.
Pour les observateurs de la scène sécuritaire malienne, c’est la première fois depuis 2012 que des attaques aussi coordonnées se déroulent si près de la capitale, en pleine saison des pluies. Mais la fréquence des attaques visant les régions du sud du Mali, auparavant épargnées, a augmenté depuis plusieurs mois.
Appel d’Alger à la mise en œuvre de l’accord de paix
Face à cette situation et à l’attentat repoussé du camp de Kati, l’Algérie a exprimé sa vive préoccupation, réaffirmant la nécessité d’une mobilisation accrue de toute la communauté internationale pour la prévention et l’élimination du terrorisme.» L’Algérie, qui condamne le terrorisme en tous lieux et en toutes circonstances, exprime sa vive préoccupation face aux attentats qui viennent d’avoir lieu à Bamako», a déclaré dans un communiqué le ministère des Affaires étrangères. Le document ajoute que «ce développement souligne une fois de plus la nécessité d’une mobilisation accrue de toute la communauté internationale pour la prévention et l’élimination du terrorisme». «L’Algérie tient à mettre en évidence l’importance stratégique de la mise en œuvre effective et diligente de l’Accord de paix et de réconciliation au Mali issu du processus d’Alger dans toutes ses composantes. Elle appelle les parties signataires à renouveler leur engagement à cet égard et à rester unies pour relever ensemble tous les défis», conclut le communiqué du MAE.
L’ambassade américaine a condamné «dans les termes les plus forts» ces multiples attaques armées. Moussa Faki Mahamat, président de la commission de l’Union africaine, a dit de son côté encourager «tous les efforts entrepris pour la restauration de la sécurité et la réussite de la transition dans l’intérêt du peuple malien». Le médiateur de la Cédéao, l’ancien président nigérian Goodluck Jonathan, était vendredi à Bamako où il a encouragé le chef de la transition militaire pour ses efforts contre le terrorisme. Il s’est aussi dit jusqu’ici «satisfait» du processus de transition en cours, selon un communiqué de la présidence malienne.
Entre le 24 juin et le 18 juillet 2022, les Forces armées maliennes (FAMa) ont abattu une cinquantaine de terroristes, à l’issue de plusieurs opérations militaires menées à travers le pays, révèle un communiqué de la Direction de l’information et des relations publiques des armées (Dirpa). Dans le détail, les FAMa ont tué, le 14 juillet, 6 éléments des groupes armés terroristes (GAT) dans la zone de Mondoro (Douentza, centre du pays) et ont récupéré des armes. Le même jour, 2 terroristes ont été tués dans le secteur de Sokolo (Niono, Ségou), toujours dans le centre du pays. Deux jours plus tard, 7 terroristes ont été tués par l’armée malienne dans la même zone avant que 18 autres terroristes ne connaissent le même sort, le 16 juillet, lors de la mission d’escorte des véhicules civils sur le tronçon Douentza-Gao. Le 18 juillet, des opérations des FAMa ont conduit à la neutralisation de 17 éléments des GAT dans différentes zones du centre du pays. Des terroristes ont été interpellés, des engins à deux roues et des armes récupérés ainsi que des mines artisanales neutralisées au cours de ces différentes opérations, a-t-on indiqué de même source.