La force française Barkhane au Mali a rendu mardi 14 décembre le camp de Tombouctou à l’armée malienne après presque neuf ans de présence ininterrompue. Le drapeau français a été ramené et le drapeau malien hissé à sa place sur la base, devant un petit comité de soldats français et maliens et d’autorités locales et onusiennes.

Par Anis Remane
Environ 150 soldats français restaient présents à Tombouctou depuis un début de retrait français en avril 2013. « Pour nous, c’est une page qui se tourne. Mais la mission continue. Mes soldats et moi allons continuer notre mission au Mali », a déclaré à la presse le capitaine Florian, qui commandait la base avant la passation. La France « sera présente autrement », a affirmé le général du Peyroux, ajoutant que « c’est finalement le but de l’opération Barkhane: de permettre au Mali de prendre son destin en main (…) mais toujours avec du partenariat ». Le nouveau commandant malien n’a pas pris la parole.
Après Kidal et Tessalit, Barkhane achève son désengagement d’une partie du nord du Mali, conformément à la réorganisation du dispositif annoncée en juin, qui va de pair avec une réduction graduelle des effectifs au Sahel. C’est aussi à Tombouctou, cité sainte de l’islam inscrite au patrimoine mondial de l’Unesco, que le président François Hollande avait officialisé le début de l’intervention française le 2 février 2013. Presque neuf ans plus tard, les groupes jihadistes se sont propagés et regroupés sous la coupe des nébuleuses mondiales Al-Qaïda et l’organisation du groupe Etat islamique. Ils ont étendu leur influence aux Niger et Burkina Faso voisins. Leur présence, selon un rapport du think-thank International Crisis Group, est « hégémonique » dans de larges territoires du nord et du centre du Mali. Entre Tombouctou, Kidal et Tessalit, ce sont 425 soldats français qui ont été désengagés des trois bases. Les effectifs français au Sahel vont passer « d’environ 5.000 militaires à l’été 2021 » à « environ 3.000 à l’été 2022 », selon le général Laurent Michon, commandant de Barkhane. De nouvelles réductions auront lieu d’ici 2023.
La France tente de réinventer son engagement dans la région dans un contexte politique tendu: les relations entre Paris et Bamako se sont crispées depuis le double coup d’Etat au Mali (août 2020 puis mai 2021) et Barkhane fait face à une hostilité grandissante dans la zone. Lundi, 20 décembre, le président Emmanuel Macron se rendra à Bamako pour rencontrer le président de transition malienne, le colonel Assimi Goïta, avant de célébrer Noël avec des soldats français stationnés à Gao, a annoncé l’Elysée mercredi. Cette visite intervient alors que les relations entre Paris et Bamako se sont tendues ces derniers mois sur fond de rumeurs sur le déploiement du groupe paramilitaire russe Wagner, un scénario « inacceptable » pour Paris. L’Union européenne a sanctionné lundi ce groupe ainsi que huit personnes et trois sociétés qui lui sont liées pour les « actions de déstabilisation » menées dans plusieurs pays d’Afrique, dont le Mali, et en Ukraine.
Emmanuel Macron devrait en outre évoquer avec le colonel Goïta le calendrier électoral, alors que les dirigeants ouest-africains, réunis dimanche 12 décembre en sommet à Abuja au Nigeria, ont de nouveau exigé des élections en février et annoncé qu’ils imposeraient des sanctions supplémentaires dès le 1er janvier sans engagement des autorités maliennes en ce sens.
Mais, pour l’autorité de transition malienne, la marge de manœuvre, concernant le report des élections présidentielles prévues pour février 2022, demeure importante. Le président sénégalais, Macky Sall, se faisant porte-voix des Etats de la Cédéao, a laissé entrevoir pour une possible prolongation de la Transition. « Si les autorités maliennes nous donnent des arguments qui tiennent la route sur le report des élections, nous allons l’accepter. Dans le cas échéant, ils en tireront les conséquences », a déclaré le Président Sall aux médias.
Dans sa communication officielle, adressée à la CEDEAO, le 9 décembre dernier, les autorités maliennes ont informé que le chronogramme des élections sera transmis au plus tard le 31 janvier 2022, et pourrait être discuté avec une mission de la CEDEAO. « Il est également indiqué dans ladite communication que la loi électorale pour l’organe unique de gestion des élections a été adoptée par le Gouvernement et transmise au CNT », souligne le communiqué final du sommet d’Abuja.