Selon le programme annoncé par les Nations unies, la délégation du Conseil de sécurité en visite au Mali depuis samedi 23 octobre, s’est entretenu hier dimanche avec plusieurs des acteurs
de la transition dans le pays.

Par Anis Remane
La rencontre entre les deux parties s’est déroulée dans un hôtel de Bamako et a concerné, outre des représentants d’agences onusiennes sur place, des délégués des groupes politico-armés signataires de l’Accord d’Alger de 2015. Elle reste placée sous le signe d’un bras de fer entre les partenaires internationaux du Mali, les Nations unies et le pouvoir militaire en place sur l’avenir et la durée de la transition. Les premiers sont pour le respect du calendrier obligeant les militaires à organiser des élections le 27 février 2022, les seconds ne cachent pas leur intention de déborder ce délai et reporter ce scrutin à la fin de l’année prochaine. Il s’agit, selon le Premier ministre Choguel Maïga, de l’organiser dans les meilleures conditions politiques et sécuritaires possibles afin d’éviter que le Mali ne retombe plus dans les mêmes erreurs qu’auparavant. Faire des élections pour des élections, a-t-il développé en substance lors de son passage à l’émission « l’histoire en marche », jeudi dernier à la radio chaine III, ne résoudrait pas les problèmes auxquels est confronté son pays.
Des deux logiques sur le terrain, qui sera victorieuse ? Tout dépendra du rapport qu’aura à établir la délégation du Conseil de sécurité après son déplacement à Bamako puis à Niamey au Niger aujourd’hui. Tout dépendra de l’issue des discussions qu’auront les membres influents du Conseil de sécurité à l’exemple des Etats-Unis dont l’ambassadrice, Linda Thomas-Greenfield, fait partie de la délégation qui a rencontré hier le Premier ministre Choguel Maïga et le chef de file du pouvoir militaire de transition, le président Assimi Goïta. « Nous sommes ici pour écouter les autorités de la transition et déterminer la meilleure manière de les soutenir dans leurs efforts pour réaliser cette transition », a déclaré samedi 23 octobre à la presse l’ambassadeur kényan, le chef de la délégation Martin Kimani, dont le pays assure la présidence du Conseil de sécurité. « Nous sommes aussi venus avec un message clair sur la nécessité d’organiser les élections, d’appliquer l’accord de paix et de stabiliser le centre du Mali », principal foyer de violences, a-t-il ajouté. S’il ne semble pas avoir insisté sur la date du 27 février 2022, c’est qu’il ouvre probablement la voie à l’hypothèse d’un accord pour une révision du calendrier électoral. « Les ambassadeurs du Conseil de sécurité vont « dans la région soutenir les organisations régionales comme la Cédéao, insister sur le respect des délais électoraux et, si ce n’est pas possible, avoir au moins un calendrier réaliste », avait déjà prédit un diplomate à l’ONU. Il s’était exprimé anonymement à l’AFP avant la visite. Samedi, 23 octobre, environ un millier de femmes membres de partis politiques opposés à une prorogation de la transition ont manifesté à Bamako. Il reste que le pouvoir militaire de transition ne manque pas d’arguments pour défendre l’option d’un report des élections. Les discussions avec les mouvements maliens signataires de l’Accord d’Alger (Coordination des mouvements de l’Azawad), dit aussi accord de paix et de réconciliation issu processus d’Alger, se poursuivent encore pour rattraper le retard important accusé pour la mise en œuvre de cet accord. Ils semblent progresser, a déclaré à l’APS un représentant de ces mouvements sous le couvert de l’anonymat. « L’ensemble des parties se sont dites préoccupées quant au retard accusé dans la mise en œuvre de l’Accord et affirment leur entière disponibilité à l’appliquer eu égard aux défis encore plus forts et plus difficiles qu’avant », a-t-il dit au terme des consultations que ces mouvements ont eues samedi à Alger avec des représentants du pouvoir de transition à Bamako sous la médiation diplomatique de l’Algérie.
La délégation malienne composée de différentes parties signataires a « débattu des éventuels mécanismes et meilleurs moyens à même d’accélérer l’application de l’Accord de paix et de réconciliation signé en 2015 à Bamako, a indiqué le représentant cité par l’APS, qualifiant les concertations de « fructueuses et positives ». « Les parties maliennes sont disposées à accomplir un rôle positif pour aplanir les obstacles, de manière à faire de l’utopie de la paix et la stabilité une réalité pour les populations de la région », a-t-il conclu. De quoi donner du souffle à l’option d’un report des élections prévues pour février prochain pour qu’elles se tiennent dans le Nord Mali comme partout dans le pays dans le meilleur climat politique et sécuritaire possible même si des attaques djihadistes notamment ne sont jamais à exclure dans ce pays gangrené par la violence. n