Synthèse Kahina Terki
Les Etats ouest-africains ont dépêché hier mardi leur émissaire à Bamako dans le cadre des contacts entre la Cédéo et le pouvoir de transition au Mali. Goodluck Jonathan arrive dans ce pays voisin au lendemain de la prestation de serment du colonel Assimi Goïta en tant que chef de l’Etat pendant une période transitoire censée ramener les civils à la direction de ce pays en 2022. Son déplacement dans la capitale malienne est effectué en perspective de la session ordinaire prévue par les Etats membres de la Cédéao le 19 juin prochain au Ghana. Pour rappel, l’organisation des Etats d’Afrique de l’Ouest, suivie par l’Union africaine et l’Organisation de la Francophonie, a suspendu le Mali de ses institutions. Ses dirigeants réunis en sommet extraordinaire le 30 mai ont exigé la nomination «immédiate d’un Premier ministre civil» et affirmé la nécessité que la période de transition reste limitée à 18 mois comme les militaires s’y étaient engagés de mauvaise grâce après le putsch d’août 2020.
Ils ont déclaré que la présidentielle devait être maintenue «à tout prix» au 27 février 2022. Le précédent déplacement de Goodluck Jonathan, le lendemain de l’arrestation des dirigeants civils de transition, avait pris mauvaise tournure. Les partenaires du Mali avaient préalablement rejeté «par avance tout acte imposé par la contrainte, y compris des démissions forcées». Mais quand la délégation de la Cédéao avait rencontré le président et le Premier ministre arrêtés, elle avait été confrontée au fait accompli de ce qui lui avait été présenté comme leur démission. L’envoyé de la Cédéao était reparti discrètement.
Le colonel Goïta s’est ensuite fait déclarer président par la Cour constitutionnelle et investir par la Cour suprême, un état de fait que la communauté internationale semble avoir acté après avoir tenté de l’empêcher à la suite du premier putsch. Lundi, le colonel Goïta a donné des gages, quant à la tenue des élections le 27 février 2022 comme prévu, mais aussi quant à la mise en oeuvre de l’important accord de paix signé en 2015 par le gouvernement, une coalition de groupes armés pro-Bamako et une alliance composée essentiellement d’anciens groupes armés indépendantistes touareg et nationalistes arabes entrés en rébellion en 2012. «Le Mali va honorer l’ensemble de ses engagements», a assuré le colonel Goïta. Sitôt investi, il a nommé, comme l’exigeaient les partenaires du Mali, un Premier ministre civil, en la personne de Choguel Kokalla Maïga, vétéran de la politique et figure du mouvement dit du 5-Juin (M5). Ce collectif avait mené la contestation contre le président Keïta en 2020. M. Maïga a mené lundi soir des consultations pour former un gouvernement. Les partenaires du Mali réclament qu’il soit «inclusif», préoccupés que les querelles intérieures, dans un climat tendu, ne sapent son action. Outre le M5, les principaux partis ont fait acte de soutien, comme l’Union pour la république et la démocratie, ou d’ouverture, comme le Rassemblement pour le Mali, de l’ancien président Keïta. La coordination des sympathisants de l’influent imam conservateur Mahmoud Dicko a «pris acte» des nouvelles réalités à Bamako. n