L’envoyé spécial algérien pour le Sahel et l’Afrique, Boudjemaa Delmi, se trouve à Bamako depuis samedi, 2 octobre. L’ambassadeur séjournera dans la capitale malienne jusqu’à jeudi 7 octobre, selon un communiqué de la diplomatie algérienne. Durant ces cinq jours, une mission longue pour un ambassadeur itinérant mais qui s’explique par la complexité de la situation actuelle au Mali, M. Delmi présidera « les travaux de la 45e session du Comité de suivi de l’Accord de paix et de réconciliation au Mali, issu du Processus d’Alger (CSA) ». Un nouveau round dans un contexte malien et sahélien éprouvant pour toute recherche de stabilité et qui inquiète les acteurs régionaux et les Nations unies.

Par Kahina Terki
Selon le communiqué de la diplomatie algérienne, le séjour de l’ambassadeur Delmi « s’inscrit dans le cadre du suivi de la mise en œuvre des actions prévues par l’Accord pour la paix et la réconciliation au Mali, issu du Processus d’Alger- et en préparation à cette session du Comité de suivi de l’Accord ». Selon la même source, l’envoyé spécial du président de la République aura des entretiens avec les membres du Gouvernement malien de Transition, chargé de la coordination et de la mise en œuvre de l’Accord, le Haut-représentant du Président de la Transition, chargé du suivi de la mise en œuvre de l’Accord, les représentants des Mouvements signataires de l’Accord, ainsi que les membres de médiation internationale dont l’Algérie assure le rôle de Chef de file ».
Le communiqué des Affaires étrangères indique également que « la réunion du Comité de suivi de l’Accord sera précédée par (les) réunions des quatre sous-comités thématiques, à savoir le sous-comité chargé des questions politiques et institutionnelles, le sous-comité chargé des questions de Défense et de Sécurité, le sous-comité chargé des questions de Développement économique, social et culturel et le sous-comité chargé des questions de Réconciliation, de Justice et des Questions humanitaires ». « Les conclusions seront communiquées au président du Comité de suivi pour leur prise en compte dans le cadre des travaux du Comité qui se réunira le 06 octobre ».
La 44e session du comité de suivi de l’accord d’Algérie a eu lieu le 27 juillet dernier. A l’époque, la Médiation internationale, qui avait constaté « l’absence des progrès notables », a insisté, selon un communiqué de la mission onusienne au Mali (Minusma), sur « l’accélération du processus de désarmement démobilisation et réinsertion (DDR) dans un bref délai, ainsi que l’opérationnalisation des bataillons reconstitués », Elle a engagé les parties signataires à « prendre des mesures urgentes pour l’opérationnalisation des bataillons reconstitués et le parachèvement du DDR-accéléré pour atteindre l’objectif de 3 000 combattants entériné par le Conseil de Sécurité des Nations unies ».
En décrypté, la diplomatie algérienne a encore beaucoup d’efforts à faire pour aboutir au plein respect des dispositions contenues dans l’Accord d’Alger. En février 2021, lors de la 42e session qui s’est déroulée à Kidal sous la présidence de l’ancien chef de la diplomatie Sabri Boukadoum, qualifiée d’ «historique » par l’ONU, elle avait réussi à créer, selon la même organisation, un « nouveau départ ayant contribué au renforcement de la confiance » entre les parties signataires de l’accord » et au rétablissement de la paix dans le nord du Mali.
Depuis, les données ont cependant évolué vers davantage de complexité. A Bamako, le pouvoir de transition, qui a affirmé par la voix de son Premier ministre Choquel Maïga que l’Accord d’Alger sera respecté, suscite la méfiance d’une partie de l’opposition malienne depuis que l’idée d’un report des élections prévues en février 2022 fait son chemin. « Le délai de la transition, c’est 18 mois. Il faut le respecter », ont réagi, mercredi 29 septembre, les formations membres du « Cadre d’échanges des partis et mouvements politiques pour la réussite de la transition ».

L’inquiétude du secrétaire général de l’ONU
L’évolution du champ sécuritaire et l’annonce d’un probable contrat sécuritaire entre Bamako et le groupe privé russe Wagner ont brouillé davantage les cartes. Le 17 septembre dernier, la Coordination des mouvements de l’Azawad, ancien mouvement rebelle malien, a exprimé, jeudi, son rejet et sa condamnation de toute présence de mercenaires russes au Mali. Dans un communiqué, la CMA a déclaré s’opposer « fermement à tout usage des milices quels que soient leur nature et le motif qui les sous-tend et tient entièrement l’Etat malien responsable de ce qu’il adviendra s’il s’exécutait malgré tout ». La CMA estime que la priorité pour la stabilité du Mali est d’aller rapidement à la mise sur pied de l’armée reconstituée, conformément aux dispositions de l’Accord pour la paix et la réconciliation issues du processus d’Alger en investissant tous les moyens et les efforts à cet effet, seul gage d’une paix durable et d’une sécurité générale au profit de tous.
L’Etat gagnerait mieux en crédit et en sécurité en orientant exclusivement et diligemment ses actions dans la mise en œuvre des dispositions de l’Accord d’Alger qui est dans l’impasse, malgré les espoirs et les gages nés de la dernière feuille de route du 18 décembre 2020, « restée lettre morte depuis sa validation par les parties signataires ». La CMA prévient que si malgré tout, l’Etat s’entête à déployer ces mercenaires, « elle se verra dans l’obligation d’assumer pleinement et ouvertement sa responsabilité ».
Dans un rapport remis vendredi 1er octobre au Conseil de sécurité, le Secrétaire général de l’ONU, Antonio Guterres, se déclare très inquiet du retard pris dans l’organisation des élections au Mali, qui permettraient une « transition politique d’ici mars 2022 ». « Je note avec une vive inquiétude les retards dans les préparatifs de la tenue des élections générales et l’achèvement de la transition politique d’ici mars 2022 », a-t-il écrit, en rappelant que les militaires au pouvoir avaient promis il y a un an « d’appliquer l’Accord de paix, de tenir des élections transparentes et crédibles et de revenir à un ordre constitutionnel ».
« Les progrès ont été limités et la situation reste fragile, avec un besoin d’efforts plus déterminés pour relever les défis actuels.
Une action retardée alimentera l’instabilité politique et sociale et permettra aux groupes extrémistes de continuer à étendre leur contrôle sur des pans entiers du territoire malien », avertit-il. « J’exhorte le gouvernement du Mali et les autres parties prenantes nationales à parvenir à un compromis, par le dialogue, sur les réformes et les mesures nécessaires pour conclure la transition de manière opportune et constructive », ajoute-t-il.