Neuf soldats maliens ont été tués hier mercredi dans une attaque imputée à des jihadistes contre leur poste dans le centre du pays, un des foyers de la violence qui ensanglante le Sahel, selon un nouveau bilan dressé par des responsables sécuritaires.

Fait rare dans ce genre d’attaque, les assaillants ont eu recours à un ou des véhicules blindés, selon un de ces responsables. Le poste de Boni, entre Douentza et Hombori, dans la région de Mopti, a été attaqué vers 06H00 (locales et GMT) «par des individus lourdement armés à bord de véhicules blindés», a dit un de ces responsables. L’attaque a par ailleurs fait plusieurs blessés et causé des dégâts importants dans le camp, a-t-il dit sous le couvert de l’anonymat suivant une pratique courante pour de telles informations. Un autre responsable sécuritaire et un élu local joints par l’AFP ont confirmé le bilan humain. On ignore quelle provenance pourrait avoir le ou les véhicules blindés. Comme ils l’ont à nouveau fait à Boni, les jihadistes, qui se déplacent à moto et en pick-up, emportent communément du matériel sur les lieux de leurs attaques. Les jihadistes ont pris au moins une douzaine de blindés aux forces maliennes, mais aussi du du Burkina Faso et du Niger voisins ces dernières années, indique Héni Nsaibia, chercheur au projet Acled, spécialisé dans la collecte des données relatives aux conflits. Ces blindés peuvent se retrouver d’un pays à l’autre. L’armée malienne a dit sur les réseaux sociaux avoir reçu l’appui aérien de Barkhane, la force antijihadiste française au Sahel. Un responsable militaire malien a indiqué que les jihadistes avaient subi «des pertes importantes», sans plus de précision. Le secteur a été le théâtre dernièrement d’intenses opérations, comme l’opération baptisée Eclipse et conjointe aux armées malienne et française contre les jihadistes. L’armée malienne avait rapporté le 26 janvier qu’Eclipse avait «neutralisé» une centaine de jihadistes. Le secteur a vu la mort de trois soldats français tués par une mine artisanale fin décembre, et celle de six soldats maliens tués dans deux attaques fin janvier. Le secteur est une zone de de forêts clairsemées et de brousses surplombées d’un massif rocheux où sont implantés des éléments du Groupe de soutien à l’islam et aux musulmans (GSIM, ou Jnim en arabe), une alliance jihadiste affiliée à Al-Qaïda. D’autres groupes, liés pour leur part à l’organisation Etat islamique (EI), sont également présents dans la région. Depuis 2012 et le déclenchement de rébellions indépendantiste puis jihadiste dans le Nord, le Mali s’enfonce dans une crise multiforme qui a fait des milliers de morts, civils et combattants, et des centaines de milliers de déplacés, malgré le soutien de la communauté internationale et l’intervention de forces de l’ONU, africaines et françaises. Les violences se sont propagées vers le centre du pays, qui en est devenu un des principaux foyers, et vers le Burkina Faso et le Niger voisins. Les groupes armés apparus en 2015 dans le centre du Mali ont prospéré sur les anciens antagonismes liés à la terre, entre éleveurs et agriculteurs et entre ethnies peul, bambara et dogon. Ils attaquent tout ce qui reste de représentation de l’Etat et fomentent ou attisent ces tensions. Des «groupes d’autodéfense» communautaires sont également accusés d’exactions. Un sommet doit réunir les pays du G5 Sahel (Mauritanie, Mali, Burkina Faso, Niger et Tchad) les 15 et 16 février à N’Djamena pour faire le point sur la situation sécuritaire dans la sous-région, avec à l’horizon un possible redimensionnement de Barkhane.