La Mission de l’ONU au Mali (Minusma) dénonce les violences contre les civils dans la région de Menaka, près de la frontière nigérienne, après de récentes attaques qui ont fait plus de 40 morts.

La Minusma affirme être «très préoccupée par la montée de la violence dans la région de Menaka (nord-est) et ses conséquences sur la protection des civils », dans un communiqué, publié avant-hier lundi. «Entre le 26 et le 27 avril 2018, deux attaques armées ont été rapportées contre les campements d’Aklaz et d’Awakassa, dans la région de Menaka. Au moins 47 personnes auraient été tuées et 2 auraient été blessées», affirme-t-elle. Les circonstances de ces attaques ne sont «pas encore déterminées», mais des informations «indiquent qu’au moins dans le campement d’Awakassa, les personnes auraient été tuées en dehors d’une situation de combat », poursuit la Minusma dans son communiqué. «Les attaques délibérées contre des civils qui ne prennent pas directement part aux hostilités peuvent être considérés comme crimes de guerre», a déclaré Mahamat Saleh Annadif, chef de la Minusma.
La Minusma avait, par ailleurs, indiqué le 12 avril avoir reçu des informations faisant état notamment « d’exécutions sommaires d’au moins 95 personnes » lors d’opérations antidjihadistes menées dans la région de Menaka depuis février « par une coalition de groupes armés », dont le Gatia et le MSA. Les deux groupes, déjà accusés auparavant d’exactions envers les Peuls, souvent opposés par le passé aux Touareg pour des questions de pâturages et de points d’eau, avaient rejeté « des allégations scandaleuses et honteuses ». Depuis le début en 2013 de l’intervention militaire française, les groupes djihadistes ont été dispersés et en grande partie chassés du nord du Mali, dont ils avaient pris le contrôle en mars-avril 2012. Mais des zones entières du pays échappent au contrôle des forces maliennes, françaises de l’opération Barkhane et de l’ONU, régulièrement visées par des attaques, malgré la signature en 2015 d’un accord de paix, censé isoler définitivement les djihadistes, dont l’application accumule les retards.
Selon la force française Barkhane, les auteurs des «exactions» commises «à l’encontre de familles civiles» dans les campements d’Aklaz et d’Awakassa appartiennent «vraisemblablement à l’Etat islamique dans le Grand Sahara (EIGS) ». Le groupe EIGS, basé à la frontière entre le Mali et le Burkina Faso, est dirigé par Adnane Abou Walid Sahraoui, un transfuge d’Al-Qaïda au Maghreb islamique (Aqmi), qui a aussi codirigé le Mouvement pour l’unicité du Djihad en Afrique de l’ouest (Mujao), un groupe islamiste malien. Selon les observateurs, ces tueries se sont produites dans une zone où des djihadistes ayant prêté allégeance au groupe Etat islamique (EI) ont récemment subi de lourdes pertes face à la force française Barkhane et à l’armée malienne, souvent appuyées par deux groupes armés principalement touareg, le Groupe d’autodéfense touareg Imghad et alliés (Gatia, pro-Bamako), et le Mouvement pour le salut de l’Azawad (MSA, issu de l’ex-rébellion).

La présidentielle en juillet prochain
C’est dans ce contexte d’insécurité et d’incertitude que le Mali se prépare à l’élection présidentielle de juillet prochain. Dimanche dernier, une soixantaine de partis politiques et associations de l’opposition malienne ont formé à Bamako une coalition pour réaliser «l’alternance et le changement » lors de la présidentielle du 29 juillet, après cinq ans de mandat d’Ibrahim Boubacar Keïta.
Quelque 3 000 personnes ont assisté à la cérémonie de signature du manifeste de cette coalition affirmant que «l’alternance est un impératif de survie et de sécurité nationale», au Palais de la culture Amadou Hampâté Bâ, selon un correspondant de l’AFP. Les signataires, parmi lesquels Soumaïla Cissé, chef du principal parti d’opposition, l’opposant Tiébilé Dramé, ainsi que plusieurs candidats déclarés à l’élection présidentielle, s’engagent à « mettre fin à l’immense gâchis qu’a été le quinquennat finissant». L’un des objectifs est d’avoir « le moins de candidats possibles de la coalition au premier tour de la présidentielle », a expliqué M. Cissé.
« Le bilan du président IBK (initiales de M. Keïta, NDLR) est caractérisé par l’absence de vision, le pilotage à vue et une improvisation dans tous les domaines de la vie nationale», a-t-il estimé. Bien que le président sortant ne se soit pas déclaré, une centaine d’associations de la majorité ont apporté leur soutien à sa candidature en mars. Près d’une dizaine de candidats se sont déjà lancés dans la course.
Parmi eux figurent un ex-Premier ministre de M. Keïta, Moussa Mara, un de ses anciens ministres, Mohamed Ali Bathily, le maire de Sikasso (sud), Kalifa Sanogo, le richissime homme d’affaires Aliou Boubacar Diallo, l’ancien ministre et militaire Moussa Sinko Coulibaly, ainsi que deux hauts fonctionnaires internationaux, Modibo Koné et Hamadoun Touré.
Le gouvernement assure depuis des mois que le vote se déroulera à la date prévue, malgré les reports successifs enregistrés pour les précédentes élections programmées depuis 2013, en raison notamment de la menace djihadiste.
Le nord du Mali était tombé en mars-avril 2012 sous la coupe de groupes jihadistes liés à Al-Qaïda.
Ces groupes ont été en grande partie chassés et dispersés par une opération militaire lancée en janvier 2013, à l’initiative de la France, qui se poursuit actuellement. Mais des zones entières du pays échappent encore au contrôle des forces maliennes, françaises et de l’ONU (Minusma), régulièrement visées par des attaques, malgré la signature en mai-juin 2015 d’un accord de paix censé isoler définitivement les djihadistes.