Le groupement d’opposants, de chefs religieux et de membres de la société civile malienne, qui a été à la tête de la mobilisation contre le chef d’Etat malien, qui a conduit à son renversement par un groupe de colonels, a rejeté la «charte de transition» adoptée samedi par des experts définis par la junte, fixant, en principe, les conditions du retour à un pouvoir civil, avec une transition de 18 mois.

Président depuis 2013, et sans doute à vie, le président renversé était affaibli par des mois de controverse face à la grave crise sécuritaire, économique et institutionnelle traversée par le pays, mais aussi, et surtout, la corruption, la marque de fabrique de toute la classe politique.
Le mouvement contestataire, dans une missive à l’AFP, désapprouve «la volonté d’accaparement et de confiscation du pouvoir au profit du CNSP», le Conseil national de salut du peuple, placé par les insurgés.
En tête de la contestation, le Mouvement du 5 Juin – Rassemblement des forces patriotiques (M5-RFP) atteste que «le document final lu lors de la cérémonie de clôture» de trois jours de concertation nationale sur la transition à Bamako ne reflète nullement l’aboutissement des délibérations.
Il mentionne particulièrement l’absence de reconnaissance de son rôle dans le renversement du Président et celui des «martyrs dans la lutte du peuple malien pour le changement», ainsi que du «choix majoritaire d’une transition dirigée par une personnalité civile», de même qu’il fustige «les intimidations, les pratiques antidémocratiques et déloyales dignes d’une autre époque» et «se démarque du document produit qui ne reflète pas les points de vue et les décisions du peuple malien».
Il faut savoir que la «charte de transition», adoptée samedi au bout de ces discussions réunissant personnalités politiques et de la société civile – dont des représentants du M5-RFP – ainsi que des militaires, n’a pas été rendue publique, d’où les suspicions affichées par la suite quant à une manipulation du document final.
Si le document en discussion samedi augurait une transition de 18 mois sous la conduite d’un président désigné par un comité issu de la junte, il ne renseigne pas, par contre, sur le «statut» de ce même président, voulu militaire par les uns, les militaires au pouvoir, et obligatoirement civil, pour les autres parties autour de la table des négociations.
Par contre, la question est tranchée par les partenaires internationaux du Mali, à commencer par la Communauté économique des Etats d’Afrique de l’Ouest, Cédéao, qui exige un retour des civils dans un an au plus tard, au bout d’une transition dirigée par des civils, aussi. La France, le nécessaire partenaire du Mali contre les djihadistes, avec plus de 5 000 hommes déployés au Sahel, ne cache pas de même à un rapide retour à un régime civil.
De son côté, voulant botter en touche, le nouveau chef militaire au pouvoir, le colonel Assimi Goïta, samedi à la clôture des travaux, a déclaré son espoir de «la compréhension, l’appui, et l’accompagnement de la communauté internationale dans cette mise en œuvre diligente et correcte de la charte et de la feuille de route de la transition». Pour rappel, la Cédéao, qui a infligé au Mali un embargo sur les flux commerciaux et financiers, a donné au nouveau pouvoir jusqu’à mardi pour désigner un président et un Premier ministre civils.
Des responsables militaires devraient faire partie de la réunion de chefs d’Etat et de gouvernement de la Cédéao qui se rassembleront mardi à Accra, la capitale ghanéenne, déclaration de l’ex-président nigérian Goodluck Jonathan, qui n’a pas ménagé ses efforts pour une sortie de crise.
En tout cas, entre partenaires et favorables à l’installation d’un régime militaire pour une période de 18 mois et ceux qui excluent toute ingérence militaire dans la gestion, toujours transitoire du Mali, le danger des islamistes qui pullulent au Sahel est toujours présent et ne se s’embarrassera pas de la couleur du futur pouvoir pour exercer encore des pressions sur le pouvoir malien, quel qu’il soit. <