Si l’histoire se répète, elle a tendance à le faire un peu trop souvent au Mali. En effet, après l’arrestation et la démission de l’ex-Président du Mali, hier, le Président et le Premier ministre actuels de transition de notre voisin du Sud ont démissionné après leur arrestation lundi par les militaires dans ce qui se rapproche inévitablement d’un second coup d’Etat en neuf mois.

Par Hamid Bellagha
Le président Bah Ndaw et son Premier ministre Moctar Ouane « ont démissionné devant l’arbitre », l’arbitre étant la mission de médiation internationale actuellement au Mali, d’après Baba Cissé, conseiller spécial du colonel Assimi Goïta, et actuel homme fort du Mali, ajoutant que des « négociations sont en cours pour leur libération et la formation d’un nouveau gouvernement ».
C’est la surprise qui a accueilli la délégation qui s’est déplacée mercredi matin au camp militaire de Kati pour rencontrer les deux dirigeants qui y sont retenus depuis leur arrestation par le colonel Goïta. Ce dernier a indiqué, mardi, avoir écarté les deux hommes les incriminant d’avoir cultivé un nouveau gouvernement sans le solliciter, lui, « vice-président chargé des questions de sécurité ». En termes plus clair, « le calife qui voulait être à la place du calife », dans un pays pris par la tornade de l’expansion djihadiste et des barbaries et trafics divers.
Escomptant ce scénario de démissions, les diplomates seront en opération mercredi, de Bamako à New York, en passant par Alger, pour contrecarrer ce qui s’apparente à un deuxième coup d’Etat en neuf mois, avec le même maître d’œuvre, le colonel Goita, en l’occurrence.
Si la médiation ouest-africaine initiée et espérée mardi n’est pas couronnée de succès, « nous prendrons des sanctions contre tous ceux qui empêchent le processus de transition de se développer », a averti le chef de la diplomatie française Jean-Yves Le Drian, dont le pays engage environ 5 000 soldats au Sahel dans l’opération Barkhane initiée par le prédécesseur de Macron, l’ex-président François Hollande. Des sanctions qui ne seront pas seulement l’apanage de la France, mais aussi des « Etats africains et de l’ensemble des acteurs », a-t-il ajouté sur une chaîne française.
En attendant, la délégation de la Communauté des Etats ouest-africains (Cédéao) dit avoir obtenu l’autorisation du colonel Assimi Goïta de constater l’état de santé du Président et de fait pourrait être l’occasion (l’unique ?) de s’inquiéter de leur disposition politique, démission ou pas.
Pour rappel, depuis le coup de tonnerre de leur arrestation, ils sont tenus au secret au camp militaire de Kati, à une quinzaine de kilomètres de Bamako, et aucun contact avec eux n’a été restitué. Un remake d’août 2020, lorsque le président élu Ibrahim Boubacar Keïta avait été renversé par le même Assimi Goïta et un groupe de colonels et avait informé la nuit même de sa démission.
C’est le colonel Goïta lui-même qui a indiqué mardi les avoir écartés avec comme argument d’avoir formé un nouveau gouvernement sans le consulter alors qu’il est le tout-puissant vice-président chargé des questions de sécurité, attribution, donc du maître véritable du pays. n