Synthèse de Salim Benour
Le Premier ministre malien de transition Moctar Ouane a appelé, vendredi 19 mars, dans le centre du pays à y renforcer la sécurité des populations civiles pour «sortir de la logique» conduisant à la formation de milices communautaires dites «d’autodéfense». «Nous devons impérativement sortir de cette logique», a déclaré M. Ouane, lors d’une réunion à Mopti du cadre de gestion de la crise dans le centre du Mali, réunissant plusieurs ministres et acteurs étatiques. Le centre du Mali est pris dans un tourbillon de violences depuis l’apparition, en 2015, d’un groupe djihadiste mené par le prédicateur peul Amadou Koufa, affilié à Al-Qaïda au Maghreb islamique (Aqmi), qui a largement recruté dans cette communauté.
Les affrontements se sont multipliés entre ces djihadistes et des milices autoproclamées d’autodéfense, créées en réaction par des membres des ethnies bambara et dogon, notamment en s’appuyant sur les chasseurs traditionnels «dozos», souvent accusés d’exactions envers les civils, notamment peuls. «L’efficacité des actions de nos forces de défense et de sécurité ne doit plus uniquement être évaluée à l’aune du nombre de ‘terroristes neutralisés’ mais aussi et surtout du nombre de villages secourus ou défendus», a dit M. Ouane. Cela permettra, selon lui, «d’atténuer le sentiment pour les communautés locales d’être livrées à elles-mêmes, ce qui (les) amène à mettre en place des groupes dits d’autodéfense». La déclaration du responsable malien fait suite à une rencontre, au début du mois entre le colonel-major Ismaël Wagué, ministre de la Réconciliation nationale dans le gouvernement de transition, dominé par les militaires, et Youssouf Toloba, chef militaire du groupe de chasseurs dogon Dan Nan Ambassagou, la plus connue de ces milices. Il s’agissait de la première rencontre connue de ce genre depuis le renversement, en août 2020, du président Ibrahim Boubacar Keïta par des militaires, qui ont installé un gouvernement de transition.
Dans un récent rapport transmis fin 2020 au Conseil de sécurité, la Commission d’enquête internationale de l’ONU sur le Mali accuse Dan Nan Ambassagou et des groupes djihadistes, de «crimes contre l’humanité». Dan Nan Ambassagou, toujours active malgré sa dissolution officielle en mars 2019, au lendemain du massacre de plus de 160 Peuls dans le village d’Ogossagou (centre), près de la frontière avec le Burkina Faso, réfute ces accusations.
L’enjeu, aujourd’hui, pour le Mali, est de voir appliqué sur le terrain l’ensemble des dispositions de l’Accord d’Alger, qui a connu récemment des avancées positives notamment après la réunion du Comité de suivi de l’accord, une première depuis 2015, à Kidal, sous les auspices de la diplomatie algérienne. L’Accord d’Alger a été au cœur des discussions lors de la visite récente à Alger, le 13 mars dernier, du chef de la Transition au Mali, le président Bah N’daw. <