Lundi, 25 octobre, le Mali a déclaré «persona non grata» le représentant spécial de la Communauté économique des Etats de l’Afrique de l’Ouest (Cédéao) Hamidou Boly. Le pouvoir de transition à Bamako lui reproche des «agissements incompatibles avec son statut». Le diplomate, de nationalité burkinabè, «a 72 heures pour quitter le territoire national», selon le communiqué du ministère malien des Affaires étrangères.

Par Anis Remane
Le chef de la diplomatie, Abdoulaye Diop, a expliqué cette décision par le fait que Hamidou Boly «est engagé avec des groupes, des individus, de la société civile comme du monde politique et même du monde de la presse qui entreprennent des activités hostiles à la transition et qui ne cadrent pas du tout avec sa mission». Des paroles qui confirment le climat d’hostilité sourde entre Bamako et la Cédéao qui exerce une pression incessante sur le pouvoir de transition pour maintenir le calendrier électoral convenu avec l’ONU notamment. M. Boly «a outrepassé sa mission» de diplomate, a encore déclaré le ministre malien des Affaires étrangères lundi soir à la télévision. Abdoulaye Diop a toutefois précisé qu’avec la Cédéao Bamako souhaite «continuer à avoir les relations de coopération» et demandé à l’organisation régionale» des Etats d’Afrique de l’ouest de «désigner une autre personne qui a conscience des limites de son mandat». Cette décision d’expulsion intervient «après plusieurs mises en garde adressées à l’intéressé à travers sa hiérarchie», indique simplement le ministère malien des Affaires étrangères qui «réitère la disponibilité du gouvernement (malien) à maintenir le dialogue avec la Cédéao et à oeuvrer ensemble pour la réussite de la transition». Une transition que le pouvoir à Bamako veut diriger selon sa vision des réalités et des enjeux actuels au Mali avec la détermination de reporter le calendrier électoral et de décaler la date du 27 février 2022 prévue jusqu’ici pour les élections présidentielle et législatives. A ce sujet, le Premier ministre de la transition Choguel Maïga a déclaré à l’issue de son entretien avec la délégation du Conseil de sécurité en visite à Bamako que «les forces patriotiques qui sont à la tête de l’Etat aujourd’hui n’ont d’autres agendas que celui de redresser le Mali, de faire les réformes nécessaires dans un contexte stabilisé et d’aller aux élections avant de mettre en place des institutions stables». Le Premier ministre malien a précisé que «ce changement résulte de la volonté du peuple qui s’est soulevé des mois durant en laissant sur le terrain des morts et des blessés. C’est cette lutte qui a abouti au changement du régime. L’aile patriote de l’armée a parachevé cette lutte». Choguel Maïga a ajouté que «la légitimité du gouvernement de transition réside essentiellement dans la mise en œuvre des revendications que le peuple a portées pendant l’insurrection, à savoir la lutte contre la corruption et l’impunité, la mise en place d’un organe indépendant pour surveiller les élections et la refondation de l’Etat». Il a affirmé, à ce sujet, que désormais «il est acté que les assises nationales doivent se tenir, il est acté qu’on doit mettre un organe unique et indépendant (de surveillance des élections), il est acté qu’il faut faire les réformes nécessaires, il est acté qu’il faut travailler à améliorer la sécurité des personnes et des biens avant d’aller aux élections».
Le Premier ministre a indiqué «que les élections ne sont pas une fin en soi» à la lumière de la situation que traverse le Mali. «Ces élections doivent se tenir sur la base des conclusions des assises nationales de la refondation», a-t-il soutenu notant que ces assises permettront aux autorités de définir la durée exacte de la transition. «Nous reviendrons donc vers la communauté internationale avec un agenda précis, argumenté, documenté pour dire combien la transition va durer, et ce, quelques semaines ou quelques mois après février 2022», a-t-il souligné. Il a déploré que la dégradation des conditions sécuritaires au Mali après l’intervention de la Minusma (Mission des Nations unies pour le maintien de la paix au Mali) et de la communauté internationale. «Nous avons rappelé au Conseil de sécurité qu’en 2013 avec l’intervention de la Minusma et de la communauté internationale, nous avions une (situation d’) insécurité résiduelle dans l’extrême nord. Aujourd’hui, l’insécurité liée au terrorisme occupe 60 à 80 % du territoire», a-t-il souligné. «Nous sommes un Etat souverain.
La sécurité des citoyens d’un pays est le principal élément de légitimation d’un pouvoir et notre objectif est de nous donner les moyens de sécuriser notre population auprès de plusieurs partenaires parmi lesquels la Fédération de Russie avec laquelle le Mali a coopéré depuis les années 1960», a-t-il noté. Il a rappelé, à ce sujet, que «plus de 80% des militaires maliens ont eu des formations en Russie (Union soviétique et ensuite la Russie). Plus de 80 % du matériel que nous utilisons a été acheté en Russie». Il a précisé que les autorités maliennes étaient libres de coopérer avec les pays de leur choix.
«Tous les pays qui sont disposés à coopérer avec le Mali sont les bienvenus», a-t-il dit en signalant que «la sécurité du Mali prime sur toute autre considération». n