Le chef de la diplomatie française Jean-Yves Le Drian se rend dimanche et lundi au Mali afin d’apporter le soutien de la France aux autorités de transition après le putsch du 18 août et tenter de sortir le pays de sa spirale de violences jihadistes. Il s’agira de la première visite d’un ministre français à Bamako depuis le coup d’Etat et la mise en place d’une transition.

Par Valérie LEROUX
La France épaule militairement le Mali depuis 2013 face aux poussées jihahistes parties du nord du pays et qui ne cessent de s’étendre vers le centre et les Etats voisins. Jean-Yves Le Drian, attendu initialement jeudi dans la capitale malienne, a dû retarder sa visite en raison d’une panne d’avion. La ministre des Armées Florence Parly est aussi annoncée dans quelques jours. Le chef de la diplomatie française rencontrera le président de transition Bah Ndaw, un colonel à la retraite, le Premier ministre Moctar Ouane, ex-ministre des Affaires étrangères, et son homologue Zeïni Moulaye. Sous pression de la communauté internationale, les auteurs du putsch se sont engagés à rendre le pouvoir à des dirigeants civils élus au terme d’une période d’une durée maximale de 18 mois. Ils ont aussi accepté des civils à la tête de la transition au sein de laquelle ils conservent néanmoins un rôle prépondérant. Dans la foulée, la Communauté des Etats d’Afrique de l’Ouest (Cédéao) a levé les sanctions imposées au Mali après le putsch, conférant une reconnaissance internationale de fait à l’équipe en place. «Les nouvelles autorités ont 18 mois devant elles. Elles affichent une volonté de s’attaquer aux problèmes du pays», relève-t-on à Paris en pointant les violences jihadistes et intercommunautaires, la corruption et l’impunité qui minent le Mali et ont conduit au renversement du président Ibrahim Boubacar Keïta. «Il faut faire en sorte que ces 18 mois ne soient pas une parenthèse» et leur apporter un «soutien concret», ajoute-t-on de source diplomatique.
«Quelle confiance ?»
La France, qui compte plus de 5.000 soldats au Sahel, a réitéré après le coup d’Etat sa détermination à poursuivre le combat antijihadiste au Mali, et ce malgré des appels de plus en plus nombreux à engager des négociations avec les groupes armés radicaux.
Outre un soutien politique et militaire, la visite de Jean-Yves Le Drian donnera aussi lieu à la signature de conventions d’aide au développement à hauteur de 140 milllions d’euros, précise son ministère. Le ministre entend de son côté obtenir des engagements concrets des nouveaux dirigeants maliens alors que la récente libération de plusieurs otages, dont la Française Sophie Pétronin, en échange de 200 détenus réclamés par les groupes jihadistes, a fait grincer des dents à Paris. «J’observe – mais je préfèrerais qu’on me le dise – que les nouvelles autorités ont renouvelé leur engagement dans la force conjointe du G5 Sahel, leur soutien à la présence de (la force française) Barkhane et que l’armée malienne a continué les combats pendant cette période», a déclaré au Sénat M. Le Drian. L’homme fort de la junte, le colonel Assimi Goïta, désormais vice-président, a promis de gagner «la guerre» contre les jihadistes alors que les deux-tiers du pays échappent à l’autorité centrale. Sur le terrain, la situation reste toutefois très précaire. Douze civils et onze militaires ont encore été tués mi-octobre dans le centre du Mali. Le colonel Goïta, qui devait à l’origine recevoir Jean-Yves Le Drian, est lui-même parti au front à Farabougou, localité assiégée par des groupes armés, qui cristallise l’attention malienne. Les autorités de transition ont par ailleurs pris des «engagements significatifs» pour la mise en oeuvre des accords de paix d’Alger de 2015, restés lettre morte sous le président Keïta, relève le ministre français des Affaires étrangères. «Il importe qu’on aille au bout du processus dit d’Alger» entre pouvoir central et rebelles séparatistes touaregs du Nord, ajoute le ministre, qui rencontrera les mouvements signataires. Cela passe par des actions de «DDR» (désarmement, démilitarisation, réintégration) des groupes armés et des mesures de décentralisation et de développement dans le nord, souligne-t-il. La France et l’Algérie, à qui l’on prête une influence sur les groupes armés du nord et qui entend jouer un rôle majeur dans le règlement de la crise, s’efforcent dans ce cadre de coordonner leurs actions. (Source AFP)