Le ciel de crise malien pourrait connaître une éclaircie sur le plan politique et sécuritaire et à terme, peut-être, une promesse de règlement durable du conflit qui oppose le pouvoir central à Bamako et l’ex-rébellion au nord du pays. Le symbole de cette espérance est la ville de Kidal où s’est réuni jeudi dernier sous la présidence algérienne le comité de suivi de l’accord de paix et de réconciliation au Mali appelé également «Accord d’Alger».

En effet, c’est la première fois depuis 2015, date de la signature de l’accord de paix d’Alger, que ce comité s’est réuni dans cette ville du Nord-Mali, signe de la qualité des contacts établis entre la diplomatie algérienne, le pouvoir de transition à Bamako et les acteurs politico-sécuritaires du septentrion malien ; signe aussi que les choses peuvent évoluer positivement dans le septentrion malien après l’annulation de la rencontre prévue en septembre 2019.
En tout cas, l’ordre du jour des travaux et ses résultats encouragent à l’optimisme. Un de ses points importants concerne le Mécanisme opérationnel de coordination (MOC), l’embryon de la future armée malienne. Le ministre malien de la Réconciliation, Ismaël Wagué, a, en effet, annoncé un nouveau processus dit de DDR (Désarmement, Démobilisation, Réinsertion) et l’intégration à terme des groupes armés dans l’armée malienne.
Pour sa part, la représentante spéciale adjointe du Secrétaire général de l’ONU pour la Minusma (Mission multidimensionnelle intégrée des Nations unies pour la stabilisation au Mali), Mbaranga Gasarabwe a signalé, dans un tweet, que les participants à la réunion de Kidal ont abordé d’autres questions très concrètes, incluant le retour des services de l’Etat à Kidal, et les services sociaux de base. Attaye Ag Mohamed, un représentant de la Coordination des mouvements de l’Azawad (CMA), a déclaré que «pour la première fois à un (comité de suivi), il y a eu des propositions concrètes» dans les domaines de l’éducation, de l’eau, de la santé ou encore dans l’implication des femmes dans le suivi de l’accord.
Pour le chef de la diplomatie algérienne, Sabri Boukadoum qui a présidé les travaux, la rencontre de Kidal «constitue un évènement inédit et un indicateur important à même de donner une forte impulsion au processus de paix et de réconciliation parrainé par l’Algérie, en coopération avec la communauté internationale représentée par le Comité». Fait inédit depuis longtemps, selon les observateurs, le drapeau malien a été hissé dans la cour du gouvernorat de Kidal, où l’Etat malien n’avait quasiment plus mis les pieds entre mai 2014 et février 2020.

Le drapeau du Mali à Kidal
«C’est la première fois je vois un (comité de suivi) où toute la communauté internationale est représentée. C’est un symbole important et on le fait sous le drapeau du Mali», a déclaré le chef de la Mission multidimensionnelle intégrée des Nations unies pour la Stabilisation au Mali (MUNISMA), Salah Ennadif. Il a dit croire à «une dynamique», à une médiation internationale à laquelle l’Algérie contribue pesamment, mais aussi aux autorités de transition maliennes mises en place après août 2020 et l’installation d’un comité national de salut du peuple (CNSP).
Le chef de la mission de l’ONU a évoqué le déploiement, prochain selon lui à Kidal, du bataillon incorporant d’anciens rebelles, ainsi que la construction d’un barrage pour constituer des réserves d’eau. Pour le commissaire à la paix et à la sécurité de l’UA, Smail Chergui dont le mandat arrive à terme, la réunion «est une confirmation de l’attachement de l’ensemble des Maliens à la concrétisation de la paix». Le ministre français des Affaires étrangères Jean-Yves Le Drian, intervenant par visioconférence, a vu «tout un symbole» dans cette réunion à Kidal, celui d’une «dynamique positive» observée à ses yeux ces derniers mois.
L’accord de paix et de réconciliation au Mali paraphé le 1er mars 2015 à Alger a été obtenu après cinq rounds de dialogue, engagé en juillet 2014 sous la conduite de la médiation internationale, dont l’Algérie était le chef de file. Avant de présider les travaux du comité de suivi de l’accord de paix et de réconciliation, le ministre des Affaires étrangères Sabri Boukadoum a été reçu mercredi dernier par le président malien, Bah N’Daw. Il a également eu des entretiens avec le vice-président du Mali, le colonel Assimi Goïta, et le ministre de la Réconciliation nationale, le colonel Ismael Wagué, avec lesquels il a abordé les relations bilatérales et les voies de promotion du processus de paix et de réconciliation que l’Algérie accompagne et soutient. Il a été également reçu à Bamako par M. Zeyni Moulaye, son homologue malien des Affaires étrangères et de la Coopération internationale. Les deux ministres ont convenu de la poursuite des efforts «pour promouvoir les relations bilatérales et donner une forte impulsion au processus de paix et de réconciliation» au Mali.
La visite de M. Boukadoum est la troisième qu’il effectue depuis les changements politiques survenus au Mali en août 2020. L’avancée politique constatée à Kidal à l’issue de la session du comité de suivi de l’accord de paix d’Alger tranche avec le climat sécuritaire dans le pays et dont la détérioration récente a été accentuée par l’absence de perspective politique. Pour l’Algérie, la stabilité au Mali est un «appui» à sa sécurité stratégique et nationale, avait affirmé le chef de l’Etat Abdelmadjid Tebboune, qui avait déclaré que l’accord d’Alger est «la solution idoine et durable à même de mettre fin au conflit opposant les antagonistes maliens». A suivre.