Par Halim Midouni
La Coordination des Mouvements de l’Azawad (CMA) a adressé, samedi 10 décembre, une correspondance au chef de la diplomatie, Ramtane Lamamra, à travers laquelle elle sollicite l’Algérie et les autres médiateurs internationaux, engagés pour l’application de l’accord d’Alger de 2015 pour la paix au Mali, à organiser une «réunion d’urgence» dans un «lieu neutre».
Le texte est signé par le président de la CMA Alghabass Ag Intalla et constitue la deuxième sortie d’alerte de l’ex-rébellion touarègue après le communiqué qu’elle a publié vendredi 9 décembre pour dénoncer la «déliquescence» de l’accord. La correspondance qu’elle a adressée au ministre algérien des Affaires étrangères comme le communiqué qu’elle a rendu public avant signalent de sa part un regain d’activisme qu’on peut comprendre de deux manières.
La première est que la CMA a cherché à profiter de l’opportunité de la tenue à Oran de la conférence de haut niveau sur la paix et la sécurité en Afrique pour se rendre davantage visible et se faire entendre, d’autant que cet évènement de retentissement africain et international qui a eu lieu en fin de semaine dernière a vu la participation d’importantes figures africaines et onusiennes, dont le secrétaire général adjoint de l’ONU pour les opérations de maintien de la paix Jean-Pierre Lacroix, qui a multiplié ces derniers temps les contacts avec Bamako au sujet de la Minusma.
La deuxième est que l’application de l’accord de paix d’Alger connait lui-même des difficultés d’application accentuées par la situation politique et sécuritaire au Mali, mais nourries aussi par la réticence de parties politiques et sécuritaires maliennes à accélérer sa mise en œuvre pour différentes raisons, dont celles de la transition qui ne permettrait pas au pouvoir militaire actuel de prendre avant la tenue d’élections des décisions engageant tous les Maliens. Dont, celles aussi, que défend ce courant d’opinion malien non officiel qui considère via les réseaux sociaux et lors de rencontres publiques à Bamako que l’accord en lui-même contient des dispositions mettant en danger la souveraineté du Mali sur son territoire.
Dans les deux cas, il s’agit d’une alerte à ne pas négliger et d’une pression que la CMA, sous couvert de discours diplomatique, veut exercer sur l’Algérie en tant que chef de file des médiateurs chargés de l’application de l’accord qu’elle estime déliquescent. A ce terme, il faut désormais lui ajouter celui de méfiance, puisque la CMA revendique un «lieu neutre», autrement dit ailleurs qu’au Mali et ailleurs qu’à Bamako où se tiennent depuis plus de sept ans les différentes grandes réunions destinées à la mise en œuvre de l’accord.
Cette demande «se justifie par le besoin d’un examen décisif de (la) viabilité» de l’accord signé en 2015, indique la CMA dans sa correspondance, après avoir estimé dans son communiqué du vendredi 9 décembre que l’accord de paix «pâtit incontestablement du manque évident d’engagements efficients (des) parties capitales pour sa mise en oeuvre, à savoir les gouvernements successifs du Mali, la médiation (algérienne) et la communauté internationale garante de son application intégrale», avait-elle dit dans ce texte. Pour l’instant, la diplomatie algérienne n’a pas réagi à ladite correspondance que la Coordination de l’Azawad a adressée à son chef, M. Lamamra, mais ce dernier a eu à Oran des propos suffisamment clairs pour qu’on arrive à la conclusion qu’un effort supplémentaire doit être fait pour redonner une nouvelle dynamique à l’accord d’Alger. Jeudi 9 décembre, à Oran, Ramtane Lamamra a estimé que la réintégration des combattants au Mali, dans le cadre de l’Accord d’Alger, est un défi.
Le ministre a souligné que la réintégration des 26.000 combattants maliens membres des mouvements signataires de l’Accord d’Alger, traitée en deux temps (concernant le désarmement, l’armement et la réintégration) «est un défi pour donner à chacun la possibilité de croire à une nouvelle vie au lieu de se battre entre frères. C’est un travail à long terme semé d’embûches».
M. Lamamra a ajouté : «Les choses n’évoluent pas de manière régulière. Il y a des avancées et des reculs. C’est la voie que nous devons emprunter, et il n’y a pas d’autres alternatives». Par ailleurs, le ministre a indiqué que «nous ne pouvons pas renforcer l’unité nationale si nous ne pouvons pas réaliser l’unité de l’armée nationale (Mali), et cela est essentiel. Par conséquent, le monopole des armes dans un pays fragile devrait revenir aux forces armées de la République et toutes les dispositions doivent être prises pour qu’il y ait une formation consensuelle des forces armées, que ce soit à un niveau inférieur ou supérieur de la hiérarchie du commandement militaire». n