Bien qu’Ibrahim Boubacar Keïta, dit « IBK », 73 ans, ait été proclamé vainqueur du second tour de la présidentielle malienne, jugée cruciale pour l’avenir du Sahel, l’opposition, conduite par le candidat malheureux Soumaïla Cissé, n’accepte pas sa défaite, 48 heures après l’annonce de la réélection.

D’ores et déjà, ce dernier a introduit des recours devant la Cour constitutionnelle, qui annoncera lundi à 10h les résultats définitifs, même si l’opposition doute de l’impartialité de cette haute juridiction qui avait balayé ses plaintes après le premier tour. IBK, qui a rempoté 77 % des suffrages exprimés, aura en priorité la lourde tâche de relancer l’accord de paix conclu en 2015 avec l’ex-rébellion à dominante touareg et paraphé à Alger avant d’être entériné à Bamako. Sa mise en œuvre accumule les contretemps et n’a pas empêché les violences de se propager du nord vers le centre du pays et vers le Burkina Faso et le Niger voisins. Depuis l’annonce de sa victoire, M. Keïta s’est contenté de « remercier du fond du cœur » les Maliens sur sa page Facebook. Mais le président réélu malien sait qu’il devra sans doute se tourner vers l’Algérie, promoteur d’un accord de paix obtenu à l’arrachée après plusieurs mois de négociations menées par Alger, sous les auspices des Nations unies, afin de l’accompagner dans la mise en œuvre de cet accord de paix. C’est d’ailleurs ce que lui rappelle le président Bouteflika dans son message de félicitations qu’il lui a adressé hier et dans lequel il a affirmé que l’Algérie « poursuivra l’accompagnement et le soutien » des démarches visant « la réussite de la réconciliation nationale, la préservation de l’intégrité territoriale du Mali et son développement économique ». « Votre réélection se veut une reconnaissance, claire et sage, par le peuple malien des efforts constants que vous ne cessez de consentir et du progrès palpable que vous avez réalisé sur la voie de la paix, de la stabilité et du développement de votre pays […] Votre engagement ferme en faveur de l’unité et de la prospérité du Mali ainsi que vos qualités humaines permettront, et j’en suis convaincu, de relever les nouveaux défis et de consolider les nombreux acquis réalisés, sous votre direction éclairé », a écrit le chef de l’Etat. Et d’ajouter : « Soyez confiant que l’Algérie poursuivra l’accompagnement et le soutien de vos actions réfléchies et judicieuses visant la réussite de la réconciliation nationale et la préservation de l’intégrité territoriale du Mali frère et son développement économique ». Mais l’adversaire d’IBK, ancien ministre des Finances de 68 ans, a été crédité de moins d’un tiers des votes (32,83%), selon les chiffres du ministère de l’Administration territoriale rendus publics jeudi dernier, et si lors de la présidentielle de 2013 il avait très rapidement reconnu sa défaite, il a cette fois rejeté « catégoriquement » ce résultat, le qualifiant de « mascarade », « fruit pourri d’une fraude honteuse ». Selon ses propres calculs, il a « remporté cette élection avec 51,75% des suffrages ». Hier matin, à l’appel du leader de l’opposition, un bon millier de ses partisans se sont réunis face à la mairie de Bamako, encadrés par des dizaines de policiers en tenues antiémeute. Un cortège s’est même formé et a parcouru le centre-ville jusqu’aux environ de la place de l’Indépendance, toujours sous la surveillance des forces de l’ordre, avec à sa tête l’activiste et homme de radio Ras Bath, très populaire auprès de la jeunesse malienne. « Le pouvoir est illégal. Cette fois-ci c’est notre tour, nous avons gagné, nous continuerons nos marches jusqu’à la démission du gouvernement », assurait Fatoumata Konaté, membre du bureau politique de l’URD, le parti de M. Cissé. « Nous ne pensons pas qu’il y a défaite. Nous n’allons pas reconnaître le vol », a abondé l’un des porte-parole de l’opposition, Nouhoum Togo, en fustigeant les dirigeants étrangers qui, comme le président français Emmanuel Macron, ont congratulé IBK avant même le verdict de la Cour constitutionnelle.