Dans un entretien accordé à la chaîne de radio française RFI, le Secrétaire général des Nations unies, Antonio Guterres, a plaidé pour le déploiement d’une force africaine au Mali avec un mandat onusien plus robuste. « La situation réelle, c’est que, sans la Minusma, le risque d’écroulement du pays serait énorme », a dit le chef de l’ONU.

Par Halim Midouni
Au sujet de l’expiration, en juin prochain, du mandat de la Minusma et de son renouvellement ou non par le Conseil de sécurité, M. Guterres a déclaré militer pour le prolongement de la mission onusienne sur le sol malien mais avec des moyens et des prérogatives plus importants sous un commandement africain. « Je ne vais pas proposer qu’on termine cette mission, parce que je crois que les conséquences seraient terribles. Mais elle se déroule dans des circonstances qui, vraiment, demanderaient, (non) pas une force de maintien de la paix mais une force robuste d’imposition de la paix et de la lutte antiterroriste ». « Il faut que cette force robuste soit une force africaine, de l’Union africaine, mais avec un mandat du Conseil de sécurité sous chapitre 7 (qui permet le recours à la force armée en cas de menace contre la paix, ndlr) et avec un financement obligatoire », a-t-il ajouté. La Minusma est opérationnelle au Mali depuis 2013, année de sa création. Elle déploie environ 13 000 soldats et des milliers de policiers et personnels civils. Depuis neuf ans, elle a perdu 170 de ses membres tués dans des attaques menées par des groupes armés djihadistes. Le débat sur son avenir, bien que le Premier ministre de la transition malienne, Choguel Maïga, s’est dit favorable au renouvellement d’une nouvelle année de son mandat, intervient dans un contexte de grande tension. Celui-ci est caractérisé par le retrait en cours de la force française Barkhane, conséquence de la dégradation des relations entre Paris et Bamako, et par l’arrivée de centaines d’instructeurs russes que la France et les pays occidentaux, concernés par la crise malienne, désignent comme des mercenaires de la milice privée Wagner, des chiens de guerre payés par le gouvernement militaire de transition au Mali dans le cadre de la lutte contre les groupes armés. Autre motif d’inquiétude, l’avenir de l’Accord de paix, signé à Alger en 2015 entre le gouvernement malien de l’époque et les groupes politico-militaires du Nord Mali, que des forces politiques de soutien au pouvoir militaire de transition à Bamako dénoncent comme une atteinte à la « souveraineté » et à « l’intégrité territoriale » du Mali. Parmi ces forces, l’Unité de réflexion et d’action pour le Mali (Urdac-Mali) qui, bien que ses leaders disent être écoutés par l’autorité militaire de transition, ne semble pas la convaincre par ses appels à « rejeter l’accord de division » du pays.
Jeudi, 5 mai, en visite à Bamako, la Fondation Carter a salué l’engagement des autorités de la transition maliennes à mettre en œuvre l’Accord, estimant que le texte est « un élément important de la réussite de la Transition » en cours dans le pays. A l’issue de son audience par le chef de la transition militaire, le colonel Assimi Goïta, le président du conseil d’administration de la Fondation Carter, Jason Carter, petit-fils de l’ancien président américain Jimmy Carter, a déclaré que « la Fondation est ravie d’avoir entendu une affirmation totale et sans condition à la mise en œuvre de l’Accord. Cela, a-t-il expliqué, permettra de soutenir un avenir en paix pour le peuple malien ». « Nous partons avec la forte impression de l’engagement ferme du gouvernement (malien) à mettre en œuvre l’Accord que nous croyons être un élément important de la réussite de la Transition », a-t-il soutenu. « Nous partons également encouragés par l’affirmation de cet engagement », s’est-il réjoui. La Fondation « attend avec beaucoup d’espoir les prochaines actions du gouvernement (malien) pour démontrer au monde, aux Maliens et aux parties prenantes que l’Accord pour la paix porte ses fruits », a-t-il ajouté. Depuis quatre ans, la Fondation Carter est un observateur indépendant de la mise en œuvre de l’Accord d’Alger. n