Les militaires français ont achevé hier lundi 15 août leur retrait du Mali. « Ce jour, à 13H00 (heure de Paris), le dernier détachement de la force Barkhane présent sur le sol malien a franchi la frontière entre le Mali et le Niger. Il provenait de la plateforme opérationnelle désert de Gao, transférée aux forces armées maliennes depuis ce matin », a annoncé hier l’état-major des armées françaises, se félicitant que ce « défi militaire logistique majeur » ait été « relevé en bon ordre et en sécurité ».

Synthèse Salim Benour
Ce retrait, ordonné le 17 février par le président Emmanuel Macron, met un terme à près d’une décennie d’intervention militaire française au Mali. Le chef de l’Etat français a salué dans un communiqué l’engagement des militaires français « qui, depuis neuf années, ont combattu les groupes armés terroristes sur la terre malienne » et dont 59 ont « payé le prix de leur vie ». Le retrait français solde près d’un an de relations de plus en plus acerbes entre Paris et le pouvoir militaire de transition au Mali depuis le putsch contre le président Ibrahim Boubacar Keïta en août 2020. Il intervient dans un contexte de rapprochement remarqué entre Bamako et Moscou, devenu un partenaire important dans la coopération militaire et sécuritaire. Les forces armées maliennes, engagées dans un dur combat contre les groupes armés, ont récemment reçu de nouveaux équipements de guerre dont des aéronefs d’attaque et de surveillance.
Sur le plan politique, les regards sont braqués sur le processus en cours de la transition et les paris sont ouverts sur le respect ou non du chronogramme défendu par le pouvoir militaire de transition, qui s’est donné un délai de 24 mois pour organiser des élections et remettre le pouvoir aux civils. Un scénario qui suscite le doute jusque chez les Maliens qui soutiennent les militaires. Certains d’entre eux avancent comme argument les retards pris pour la mise en place de l’Autorité Indépendante de Gestion des Elections, AIGE, pour le remembrement du Conseil National de Transition, CNT, et pour la constitution d’un gouvernement ouvert sur l’ensemble des forces politiques maliennes avec un nouveau Premier ministre. Tous ces points ne sont pas sans inquiéter une partie de la classe politique malienne mais également les pays voisins – dont l’Algérie qui déploie des efforts diplomatiques considérables pour aider au respect du délai de la transition sans ajouter aux difficultés multidimensionnelles auxquels fait face le président Assimi Goïta et les colonels au pouvoir. C’est là l’une des motivations de la visite de quelques heures effectuée hier à Bamako par le chef de l’Etat sénégalais. Le président Macky Sall s’y est rendu en tant que voisin qui a joué un rôle au sein de la Cédéao pour qu’elle lève les sanctions qu’elle avait prises contre les militaires au pouvoir au Mali mais aussi en tant que président en exercice de l’Union Africaine. L’organisation panafricaine pousse à la réussite de la transition en cours depuis le 18 août 2020, au respect du délai qui lui est imparti et au soutien du pouvoir en place à Bamako à lutter contre l’insécurité et le terrorisme. Elle devrait également jouer de sa médiation dans l’affaire des 49 militaires ivoiriens inculpés et écroués pour « atteinte à la sûreté de l’Etat ». Un verdit inattendu en raison des efforts de médiation entrepris notamment par le Togo et des initiatives d’apaisement dont l’appel de la diaspora malienne de Côte d’Ivoire a appelé, lundi 8 août, « à tout mettre en œuvre pour le règlement pacifique par voie Diplomatique » de l’affaire. A son arrivée à Bamako, le président Macky Sall a déclaré que sa visite « vise à échanger et à travailler ensemble avec les autorités maliennes pour une issue heureuse à cette transition mais aussi pour que le Mali retrouve sa place dans le concert des Nations africaines et internationales ». n